Histoire et Esotérisme

De l'histoire certe, mais on va essayer de sortir des sentiers "rebattus" et de l'Esotérisme.

23 novembre 2009

Jean-Baptiste CLEMENT - 1836/1903

Partisan de la Commune de Paris, il consacra la plus grande partie de sa vie à la propagande socialiste révolutionnaire et fit, dans les Ardennes et à Paris, figure de tribun.
"Le temps des Cerises", fut composé en 1866 et édité à Bruxelles, en 1867, avec la musique de Renard.
En 1885, il publia un premier recueil de chansons : "Chansons du morceau de pain", puis un second recueil en 1898.
Jean-Baptiste Clément est en outre l'auteur de : "Dansons la Capucine", "La Marjolaine", "Bonjour Printemps", etc.

A la vaillante citoyenne Louise, l'ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871.

Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
     Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises,cl_ment
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
     Des pendants d'oreilles,
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants corail qu'on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour
     Évitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps-là que je garde au coeur
     Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.

Puisque cette chanson a couru les rues, j'ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage !
Le fait suivant est de ceux que l'on oublie jamais :
Le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de dix-huit à vingt ans et des barbes grises qui avaient déjà échappé aux fusillades de 48 et aux massacres du coup d'Etat.
Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main.
Nous lui demandâmes d'où elle venait, ce qu'elle venait faire et pourquoi elle s'exposait ainsi ?
Elle nous répondit avec la plus grande simplicité, qu'elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n'avions pas besoin de ses services.
Un vieux de 48, qui n'a pas survécu à 71, la prit par le cou et l'embrassa.
C'était en effet un admirable dévouement !
Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter.
Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile.
Deux de nos camarades tombaient frappés l'un, d'une balle dans l'épaule, l'autre au milieu du front.
J'en passe !!...
Quand nous décidâmes de nous retirer, s'il en était temps encore, il fallut supplier la vaillante fille pour qu'elle consentit à quitter la place.
Nous sûmes seulement qu'elle s'appelait Louise et qu'elle était ouvrière.
Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre.
Qu'est-elle devenue ?
A-t-elle été, avec tant d'autres, fusillée par les Versaillais.
N'était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier ma chanson la plus populaire ?

13 novembre 2009

L'affaire Calas

Un jour, le fils du protestant Calas, de Toulouse, fut trouvé pendu. Aussitôt la rumeur publique accusa le père d'avoir assassiné son propre fils parce qu'il voulait se faire catholique. Calas fut condamné, sans preuves, au supplice de la roue et exécuté (1762). Voltaire qui voyait là l'odieux résultat de l'intolérance religieuse entreprit de faire éclater l'innocence de Calas et, après bien des démarches, il obtint sa réhabilitation en 1768.

Ferney, le 27 mars 1762.

marcantoinecalasMonsieur le Comte d'Argental(1)

Vous me demanderez peut-être pourquoi je m'intéresse si fort à ce Calas qu'on a roué ; c'est que je suis homme, c'est que je vois tous les étrangers indignés, c'est que tous vos officiers suisses(2) protestants disent qu'ils ne combattront pas de grand coeur pour une nation qui fait rouer leurs frères sans aucune preuve.
Je me suis trompé sur le nombre des juges, dans ma lettre à M. de La Marche(3). Ils étaient treize, cinq ont constamment déclaré Calas innocent. S'il y avait eu une voix de plus en sa faveur, il était absous. A quoi tient donc la vie des hommes ? A quoi tiennent les plus horribles supplices ? Quoi ! parce qu'il ne s'est pas trouvé un sixième juge raisonnable, on aura fait rouer un père de famille ! On l'aura accusé d'avoir pendu son propre fils, tandis que ces quatre autres enfants crient qu'il était le meilleur des pères ! Le témoignage de la conscience de cet infortuné ne prévaut-il pas sur l'illusion de huit juges, animés par une confrérie de Pénitents blancs qui a soulevé les esprits de Toulouse contre un calviniste ? Ce pauvre homme criait sur la roue qu'il était innocent ; il pardonnait à ses juges, il pleurait son fils auquel on prétendait qu'il avait donné la mort. Un dominicain, qui l'assistait d'office sur l'échafaud, dit qu'il voudrait mourir aussi saintement qu'il est mort. Il ne m'appartient pas de condamner le Parlement de Toulouse ; mais enfin il n'y a eu aucun témoin oculaire ; le fanatisme du peuple a pu passer jusqu'à des juges prévenus. Plusieurs d'entre eux étaient Pénitents blancs ; ils peuvent s'être trompés. N'est-il pas de la justice du roi et de sa prudence de se faire au moins représenter les motifs de l'arrêt ? Cette seule démarche consolerait tous les protestants de l'Europe, et apaiserait leurs clameurs. Avons-nous besoin de nous rendre odieux ? Ne pourriez-vous pas engager M. le comte de Choiseul à s'informer de cette horrible aventure qui déshonore la nature humaine, soit que Calas soit coupable, soit qu'il soit innocent ? Il y a certainement, d'un côté ou de l'autre, un fanatisme horrible, et il est utile d'approfondir la vérité...

VOLTAIRE

(1) Un grand ami de Voltaire
(2) Au XVIIIe siècle de nombreux Suisses servaient encore dans l'armée royale
(3) Ancien président du parlement de Dijon

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20 octobre 2009

Pâquette-Marie

Num_riser0005Ah ! qu'elle était dure pour les Toulousains, cette année 1218 ! Depuis neuf mois, ils étaient assiégés par leur implacable ennemi, par ce comte Simon de Montfort qui, autrefois déjà, leur avait fait tant de mal. A présent, il méditait la ruine complète de la ville ; il avait juré de s'en rendre maître, et de n'y laisser ni une pierre debout, ni un citoyen vivant. En attendant cette destruction et ce massacre, il ravageait la banlieue, coupant les ponts, brûlants les granges, saccageant forêts et vignobles. Les habitants de la place, qui savaient n'avoir aucune merci à espérer, se défendaient avec une énergie furieuse, car ils aimaient mieux mourir sue le rempart, l'épée au poing, que par la main du bourreau, la corde au cou.
Les femmes même aidaient à la résistance. Elles tressaient du chanvre pour les machines, réparaient les brèches des murs, portaient de la terre et des pieux. On voyait de nobles dames monter aux créneaux, une corbeille de maçon sur l'épaule. Personne ne restait oisif, personne... excepté Pâquerette-MariePâquerette-Marie.
La pauvre vieille ! Comment aurait-elle pu se joindre au peuple des travailleurs ? N'avait-elle pas plus de soixante ans ? N'était-elle pas accablée d'infirmités ? Paralysée du bras gauche et boîteuse, elle se traînait lamentablement. On ne lui connaissait point d'amis, point de parents, sauf un neveu qui la conduisait par les rues. Il s'appelait Aymeri. C'était un garçonnet de treize ans, pâle, maigre, débile, à la voix triste comme il convient à un orphelin.
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Cet enfant, Pâquerette-Marie l'adorait ; elle ne respirait que pour lui ; elle aurait, pour qu'il fût heureux, souffert avec joie la torture... Hélas ! c'est à peine si elle pouvait lui donner du pain. Avant le siège, elle vivait des produits hors les murs. Maintenant les soldats de Simon campaient sur ce domaine, et leur chevaux y avaient brouté jusqu'au plus humble brin d'herbe. C'est pourquoi Aymeri souffrait souvent de la faim ; c'est pourquoi, dans son misérable logis, la pauvre infirme ne cessait de pleurer, assise les coudes sur les genoux, ses longs doigts osseux en ses cheveux blancs.
Un matin (on était à la fin de juin, le ciel était éclatant, limpide, d'un bleu profond), Pâquerette sortit de chez elle, la main droite appuyée sur l'épaule de son neveu.
"Où faut-il vous conduire, ma bonne tante ?
- Au rempart près de Saint-SerninSaint-Sernin.
- Hé ! douce Vierge ! qu'irions-nous chercher là ? Nous ne saurions, ni vous ni moi (cela fut dit d'un ton douloureux, amer) servir à quelque chose contre l'ennemi.
- Qu'as-tu mangé pendant la journée d'hier ?
- Et vous ?
- Oh ! moi !...s'il me suffisait de jeûner pour que rien de te manquât !...
- Chère mère !
- Voici : je ne veux plus, tu entends, je ne veux plus que tu souffres de la faim. Les magistrats de la ville, les consuls, les capitouls, vont, je le sais, se rendre aujourd'hui sur les fortifications, afin d'encourager le
Num_riser0007peuple par leur présence. Je veux m'approcher d'eux, leur parler et implorer leur pitié.
- Ils ont vraiment bien le temps de s'occuper d'une femme débile, d'un enfant qui meurt !
- On garde, à la maison commune, du blé pour les gens misérables : j'en demanderai ma part."
En échangeant ces sombres propos, les deux infortunés étaient arrivés à l'enceinte de la cité. Autour de la basilique de Saint-Sernin, dont le soleil éclairait magnifiquement la masse puissante, le long toit de tuiles et le svelte et rouge clocher, piqué, au faîte, d'une croix d'or, grouillait une multitude de citoyens en armes qui s'équipaient pour repousser un assaut imminent. On entendait partout cliqueter lances et glaives. Des chevaux piaffaient et s'ébrouaient. Les ordres se croisaient. Des appels de trompettes déchiraient l'air. Des bourgeoises et des femmes d'artisans unissaient leurs forces pour rouler d'épais moellons qu'elles plaçaient ensuite sur les balistes, dont les cordes et les ressorts étaient tendus, prêts à servir.
Malgré cette agitation, cette fièvre, la présence de l'infirme et de son guide ne passa pas inaperçue.
"Tiens ! cria un mauvais plaisant, Pâquerette-Marie qui vient combattre. Amenez-lui un cheval !
- Elle aurait dû, ajouta quelqu'un, apporter un manche à balai. Avec quoi frappera-t-elle ?
- Tiens, prends ça !" dit en riant un soldat de stature gigantesque, et il tendait à la vieille femme une hache plus haute qu'elle et d'un poids énorme. Alors Aymeri se fâcha, et, indigné, il s'écria :
"Au lieu de vous moquer de ceux qui souffrent, vous feriez mieux de songer à vos âmes, vous qui peut-être avant une heure...
- Silence, enfant ! " commanda Pâquerette. Puis, s'adressant aux guerriers : "Plût à Dieu qu'il me fût possible, comme à vous, de me dévouer au salut commun ! Est-ce ma faute si mon bras est perclus, si... ?"
Tandis qu'elle parlait ainsi, triste et gémissante, les capitouls vinrent à passer, entourant le Juge-Maire. C'était un homme austère et rude, admirable pour sa bravoure, mais redoutable pour sa sévérité. La malheureuse se plaça devant lui, et lui exposa, en tremblant, sa requête.
"Le grain que j'ai en réserve, répondit-il, je le destine à ceux qui risquent leur vie, à ceux qui travaillent. Rends des services, et l'on te nourrira, toi et ce garçon qui t'accompagne.
- Ainsi vous nous condamnez à périr ?
- Ne m'accuse pas ; accuse Simon de Montfort. Lui seul nous ruine et nous affame. Certes, celui qui nous délivrera d'un tel adversaire, je le proclamerai le bienfaiteur de Toulouse !
- Monseigneur, cria un écuyer qui accourait, essoufflé et rouge, voici l'ennemi ! Il approche avec des échelles. Simon conduit la troupe en personne, et il n'est guère qu'à une portée d'arc."
Résolus et frémissants, les assiègés prirent chacun leur poste, et attendirent l'assaut. Un silence régna, lourd et terrible. On n'entendait que le cri des hirondelles qui tournoyaient, paisibles, autour de la flèche de Saint-Sernin, et le bruit sourd des bataillons qui se hâtaient vers la place.
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Par les embrasures des créneaux, les Toulousains contemplaient, avec une colère mêlée d'inquiétude, Simon qui chevauchait, formidable. Sa tête était couverte d'un casque à panache, et il tenait sa bannière où était brodé, sur un fond rouge, un lion à crinière noire, debout et gueule béante.
Bien que l'on fût à portée du trait, ni les pierres ni les flèches ne volaient encore. On s'observait.
Pâquerette-Marie était debout à l'angle d'u terre-plein, auprés d'un angin à lancer les pierres qu'on avait dissimulé sous le feuillage d'un sorbier. Elle regardait Simon qui caracolait, tranquille et superbe. Que se passa-t-il dans l'âme de la pauvre vieille femme ? A quelle inspiration céda-t-elle ? On ne saurait le dire. Ce qui est certain, c'est que soudain, au milieu du grand silence des deux armée, elle se mit à crier d'une voix terrible, en désignant l'étendard ennemi :
"Lion de Montfort, je te casserai les dents !"
Puis, gauchement, fébrilement, sans viser, en aveugle, elle mit en mouvement le ressort de la baliste contre laquelle elle s'appuyait. Un lourd moellon traversa l'air en ronflant, et s'abattit, par un hasard stupéfiant, sur Simon de Montfort. Son armure éclata comme une coque de noix ; la housse de la selle se teignit de sang ; il oscilla deux ou trois fois sur lui-même, lâcha les rênes, tomba lourdement. Il était mort. Poussant un affreux cri de douleur, les soldats de ce farouche capitaine se retirèrent en désordre, et ne tardèrent pas à lever le siège.
Pendant ce temps, les citoyens de Toulouse se répandaient dans les rues, chantant, s'embrassant, pleurant de joie. Les cloches de toutes les églises sonnaient le carillon des grandes fêtes. On pavoisait les maisons de riches tapisseries ; on les garnissait de feuillage... Des jeunes gens avaient assis sur un chariot Pâquerette-Marie ; ils la traînaient en triomphe à travers la ville, et le peuple lui jetait des fleurs, l'acclamait, la bénissait. Les capitouls suivaient le cortège, et ils annonçaient à qui voulait l'entendre qu'ils se chargeraient désormais de faire vivre dans l'abondance la libératrice de Toulouse et Aymeri, son neveu.

IVAN D'URGEL - Septembre 1898

08 octobre 2009

On a besoin de votre aide

poneyUrgent : un cheval à sauver, vous pouvez y contribuer en cliquant sur le lien ci-dessous, on ne vous demande qu'un clic de souris, alors SVP un petit geste d'amour. Merci.

PS : n'hésitez pas à transmettre à vos connaissances.

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Un clic de souris par jour pour sauver des animaux, défendre des causes animales, comme la corrida par exemple. Alors mettez ce lien dans vos favoris.

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02 octobre 2009

Henri II. Conquête des Trois-Evêchés

Henri II, héritier du caractère et des défauts de son père, n'avait ni son intelligence, ni son énergie. Il se laissa dominer par son entourage, surtout par Montmorency et les Guises. Ces derniers, que leurs ennemis affectaient d'appeler les princes lorrains, descendaient de René II duc de Lorraine, le vainqueur de Charles le Téméraire, à Nancy. François de Guise et son frère, le cardinal de Lorraine, acquirent bientôt à la cour, par leurs talents et leur énergie, une influence prépondérante. Leur nièce, Marie Stuart, reine d'Ecosse, fut marié au Dauphin, plus tard François II.
La lutte ne tarda pas à reprendre contre Charles-Quint. L'Italie cessa d'être le principal théâtre des hostilités, et Henri II inaugura la sage politique de reculer vers le Rhin les frontières de son royaume. En 1552, il s'empara des villes impériales Metz, Toul et Verdun, qu'on appela les Trois-Evéchês. Cette conquête offrait beaucoup plus d'avantages à la France que celle du Milanais ou du royaume de Naples. François de Guise en fut nommé gouverneur.
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Siège de Metz : Charles Quint, effrayé par les progrès rapides de Henri II, se hâta de signer la paix avec les protestants d'Allemagne. Puis, à la tête d'une armée formidable cent mille hommes, il vint assiéger Metz.
Les murailles de la ville n'étaient pas en état de résister. François de Guise accourut et fit élever des remparts. La garnison, d'abord très faible, se grossit rapidement de volontaires. Charles-Quint fit attaquer la place avec vigueur. On dit qu'en un jour son armée tira quatorze mille coups de canon. Mais le duc de Guise veillait à tout avec une étonnante activité. Quand les ennemis renversaient une muraille, ils étaient surpris d'en voir une nouvelle, derrière la brèche qu'ils venaient d'ouvrir. Après soixante-cinq jours de siège, Charles-Quint avait perdu quarante mille hommes ; il se retira, abandonnant ses malades et ses blessés (1553). Le duc de Guise les fit soigner comme s'ils eussent été des Français. Cet acte d'humanité fut appelé la courtoisie de Metz.
En 1554, Henri II remporta la victoire de Renty, près de Saint-Omer. Puis une trêve fut conclue en 1556, à l'abbaye de Vaucelles, non loin de Cambrai. La France conservait les Trois-Evéchês.
Désabusé des grandeurs, fatigué de guerres sans cesse renaissantes, mécontent surtout des revers de sa dernière lutte contre la France, Charles-Quint disait tristement : La fortune n'aime pas les vieillards.
Après la trêve de Vaucelles, il se décida à abdiquer toutes ses couronnes. Il laissa à son frère Ferdinand, l'Autriche et l'empire d'Allemagne ; son fils Philippe II, époux de la reine d'Angleterre Marie Tudor, reçut l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Franche-Comté et les riches colonies d'Amérique (1556). Le viel empereur se retira au couvent Saint-Just, dans l'Estramadure(1) ; il y mourut deux ans après.

(1) - Estradamure : province au sud-ouest de l'Espagne.

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30 août 2009

Eschyle et la tortue et Les raisins de la colère

En 456 avant J.-C., Eschyle, le père de la tragédie grecque, est âgé de 69 ans. Il vit à Gela, en Sicile. Un jour,Eschyle se promenant dans les environs, il voit un aigle planer au-dessus de sa tête, à la recherche d'un rocher pour briser la carapace de la tortue qu'il tient entre ses serres. Mais prenant apparemment la tête chauve d'Eschyle pour une pierre, il lâche la tortue dessus. Le poète est tué instantanément. Ses amis se souviennent alors qu'un oracle avait prédit qu'Eschyle serait tué d'un coup venant du ciel.

CalchasLes raisins de la colère
Calchas fut, dit-on, l'un des plus grands devins de la Grèce antique. Les récits sur sa mort racontent qu'un autre devin, le voyant en train de planter des vignes, lui prédit qu'il ne boirait jamais son vin. Une fois les vignes mûres, Calchas fabrique son vin. Puis il invite son rival à une fête pour démentir la prédiction, que son hôte répète pourtant encore au moment où Calchas porte la coupe à ses lèvres. Trouvant la plaisanterie très drôle, Calchas est saisi d'un fou rire, et meurt d'étouffement.

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18 août 2009

Le droit du Chevalier

Être de naissance aristocratique peut comporter de bien curieux privilèges. Si un lord anglais est condamné à mort, il a le droit d'être pendu avec une corde de soie.
Jadis, les nobles français ne payaient pas l'impôt, malgré leur grande fortune. Et dans toute l'Europe médiévale, les seigneurs jouissaient du jus primae noctis, ou "droit de cuissage", droit de passer la nuit de noces avec la mariée.
Vers 875 après J.-C., le roi Ewan III d'Ecosse décrète que "les seigneurs du lieu auront la virginité de toutes les vierges y habitant". Et la loi reste en vigueur jusqu'à son abolition par le roi Malcolm III au XIe siècle.
En Espagne, cette pratique n'est abolie qu'en 1486. Ailleurs, elle fleurit. Même les moines qui possèdent des domaines aussi vastes et puissants que ceux des nobles ont, dit-on, l'impunité pour ce droit singulier.
Dans le Sud-Tyrol et en Suisse, la coutume est officiellement illégale, et certains nobles sont exilés pour avoir tenté de la maintenir.
Le "droit de la première nuit" est tombé en désuétude dans la plus part des pays dès l'affranchissement des serfs. Mais un vague écho de l'ancien ordre féodal demeura : par tradition, le seigneur du manoir enjambait la mariée étendue sur son lit de noces pour attendre son mari.

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16 août 2009

Perdu au change !

Le roi Louis XI accueillait très favorablement les personnes, de quelque rang qu'elles fussent, qui étaient en mesure de lui fournir d'utiles renseignements sur le commerce, l'industrie ou les finances de la France. Il recevait à sa table les étrangers, ainsi que les négociants et bourgeois de son royaume, pour peu qu'ils eussent à lui raconter quelques détails pratiques intéressants, et la liberté du repas et les bons vins lui servaient à délier la langue de ses convives et à gagner leur confiance.
Séduit par le gracieux accueil et les bienveillantes paroles de son souverain, un marchand, nomme Maître-Jean, s'avisa de lui demander des lettres de noblesse.
Louis XI les lui accorda.
Quelque temps après, le nouveau noble s'étant présenté à la cour, le roi, loin de lui témoigner les mêmes faveurs et la même familiarité qu'autrefois, affecta de ne pas le regarder.
"Qu'ai-je donc pu faire ? se dit Maître-Jean tout consterné. En quoi ai-je pu démériter ?"
Il résolut de s'en ouvrir au roi et de le prier de lui apprendre le motif de sa disgrâce.
"Comment ! Monsieur le gentilhomme, vous ne devinez pas ? Vous ne comprenez pas ?
- Non, Sire : j'ai beau chercher...
- Quand je vous faisais asseoir à ma table, je vous considérais comme le premier de votre condition, le premier de mes bourgeois. Aujourd'hui que vous êtes le dernier des nobles, je vous traite en conséquence. Je croirais faire injure aux seigneurs de ma cour, en vous recevant mieux que je ne reçois le moindre d'entre eux. Je crains bien que vous n'ayez perdu au change, Monsieur de Maître-Jean !"

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14 août 2009

Bravoure

En 1627, au siège de la Rochelle, pendant que les Rochelois, bravant impudemment Louis XIII et Richelieu, s'unissaient aux Anglais, des faits d'une audace étonnante s'accomplirent du côté des assiégés et des assiégeants.
On cite entre autres celui-ci.
Un jeune officier des troupes royales laissa emporter par le vent jusqu'auprès du camp ennemi, une écharpe de soie qu'il tenait à la main.
Une fusillade presque incessante éclatait des deux côtés, et tout le long des remparts.
Cet officier, jeune homme dénué de protections qui eussent pu le faire monter en grade, demanda à ses supérieurs l'autorisation d'aller chercher l'écharpe à laquelle il tenait d'une façon particulière.
La_Rochelle_1
"Vous n'y pensez pas ! lui répondit son chef presque irrité de recevoir une demande aussi absurde ; aller ramasser cette bagatelle sous ce feu roulant, c'est exposer cent fois votre vie.
- Je le sais bien, insista le jeune homme, mais cette bagatelle m'est précieuse : elle me vient de ma mère, et ne m'avait jamais quitté.
- Allez donc, Monsieur, je suis curieux de voir si vous persisterez jusqu'au bout dans votre folie.
- Je persisterai, Monsieur.
- Adieu donc, jeune homme téméraire !
- Au revoir, Monsieur."
Et il descendit tranquillement au bas des remparts pour aller ramasser son écharpe qu'il releva en effet à une petite distance de l'ennemi, et au milieu des balles de mousquets qui lui sifflaient aux oreilles.
L'un de ces projectiles l'atteignit même au bras, mais n'y fit qu'une éraflure légère.
Et le courageux officier revint saluer son chef au milieu de l'étonnement général.
Instruit de ce trait de vaillance, le cardinal Richelieu se fit présenter le jeune homme auquel il confia un poste important et fort envié.
"J'avais bien raison de dire que cette écharpe m'est précieuse ! dit l'officier à ses camarades quelques heures plus tard. N'est-elle pas un talisman pour moi ? Un porte-bonheur ? Et ne lui dois-je pas ma fortune actuelle ?"

12 août 2009

L'assassinat de Louis d'Orléans

Num_riser0014Au mois de novembre 1407, nombre de bourgeois de Paris étaient inquiets. Une ardente rivalité opposait en effet, dans la capitale, les deux plus grands princes du royaume : le jeune, beau, séduisant et fastueux Louis de France, frère du roi et duc d'Orléans, et le petit, lourd, laid, jaloux et sans scrupules Jean sans Peur, duc de Bourgogne.
Depuis plusieurs années, c'était, en fait, Louis d'Orléans qui gouvernait la France au nom de son malheureux frère, Charles VI, devenu fou. La reine Isabeau de Bavière, petite brune aux grands yeux pleins de langueur, laissait tout régir par son beau-frère.
Furieux d'être tenu éloigné du pouvoir, Jean sans Peur, au masque de brute et à l'épais menton noyé dans la graisse, agitait le peuple, recrutait des partisans et semblait préparer une guerre civile. De son côté, son rival en faisait autant et fortifiait son hôtel.
- Dieu nous garde ! disaient les bourgeois timorés. D'ici peur, il y aura quelque nuit sanglante à Paris, les amis de Jean sans Peur ou de Louis d'Orléans égorgeront leurs ennemis.
- Pourvu qu'ils bornent là ce massacre ! murmuraient  en eux-mêmes les gens les plus craintifs, car la rivalité des deux princes paraissait ne pouvoir se terminer que par un drame.
Or, le 20 novembre, Paris apprit une surprenante nouvelle : le vieux duc de Berry s'était rendu auprès de Jean sans Peur et avait réussi à l'amener auprès du duc d'Orléans, alité depuis quelques jours.Num_riser0015
- Qu'est-il résulté de cette rencontre ? jeta-t-on avec impatience au premier homme qui en parla.
- Les deux princes se sont embrassés, puis ont communié et mangé ensemble.
- En ce cas, la paix est faite ! conclurent les neutres avec joie.
- Quel malheur ! s'exclamèrent bien des gens du peuple en colère. Notre bon Jean sans Peur a été englué par Louis d'Orléans !
Le duc de Bourgogne, était, en effet, l'idole des Parisiens, qu'il ne cessait de flatter, tandis que, par son orgueil et sa vanité, son rival s'était aliéné bien des sympathies.
Pour aller au palais du roi, Louis d'Orléans empruntait toujours la rue Vieille-du-Temple.
Or, depuis plusieurs moi, Jean sans Peur cherchait obstinément à louer une maison bordant ce passage. Trois jours avant sa réconciliatiion un peu théâtrale avec le duc d'Orléans, il y avait enfin réussi : un clerc de l'Université, qui lui était très dévoué, avait loué, en son propre nom, la maison de l'Image Notre-Dame, située juste en face de l'hôtel de Rieux. Ainsi le propriétaire de cet immeuble ignorait à quel véritable locataire il avait affaire. Lorsqu'il avait demandé au clerc ce qu'il voulait faire de toute une maison, celui-ci, d'un air tranquille, avait répondu :
- C'est pour mettre du blé et du vin, que les écoliers et les clercs reçoivent de chez eux et qu'ils ont, comme vous le savez, le privilège de vendre sans payer de taxes.
Num_riser0017- Ah ! bien, avait répliqué le propriétaire, d'un ton indifférent.
Or, ce n'étaient pas des tonneaux de vin, ni des sacs de blé, que Jean sans Peur avait fait entrer dans sa nouvelle maison, mais, de nuit, dix-sept spadassins, qui y demeuraient cachés. A leur tête, le duc de Bourgogne avait placé Raoul d'Auquetonville, ex-fonctionnaire des finances, que Louis d'Orléans avait chassé pour malversation. Ce Normand en voulait à mort à son ancien maître et avait juré de le tuer.
Le mercredi 23 novembre, selon son habitude, Louis d'Orléans se rendit chez Isabeau de Bavière. Il venait de souper chez elle, quand l'un des valets de chambre du roi se présenta et demanda à le voir.
- Sa Majesté voudrait vous parler, dit ce serviteur, dès qu'il fut en présence du prince.
- C'est bien, répliqua Louis d'Orléans sans méfiance, dites au roi que je viens tout de suite.
Et il prit congé de la reine. Il ignorait , en effet, que Charles VI ne lui avait fait donné aucun ordre : c'était Jean sans Peur qui avait acheté le valet pour attirer son rival dans un guet-apens.
- Partons-nous avec vous, Monseigneur ? demandèrent à Louis d'Orléans les chevaliers composant sa suite.
- Non, ce n'est pas nécessaire, fit le frère du roi d'un ton exempt de toute inquiétude. Il n'est que huit heures du soir. Les rues sont calmes en ce moment. Et puis, sans doute, je reviendrais bientôt ici.
Pour toute suite, Louis d'Orléans n'emmena donc que deux écuyers, montés sur le même cheval, un page et quelques valets portant des torches.
Ne redoutant nul attentat, le jeune prince laissa son escorte le dépasser. Fort gai, il s'engagea dans la rue Vieille-du-Temple, en chantonnant et en jouant d'une main avec son gant, tandis que de l'autre il tenait les rênes de sa monture. A l'une des fenêtres de l'hôtel de Rieux, une jeune femme, nommée Jacquette, qui couchait son bébé, regarda arriver le prince.
Soudain, plusieurs hommes masqués, demeurés dans l'ombre de la maison louée par Jean sans Peur, se précipitèrent vers Louis d'Orléans, immobilisèrent sa mule, puis frappèrent le prnce à coups d'épée et de hache. Or, le malheureux, vêtu d'une simple rove de damas noire et coiffé d'un chaperon, ne portait ni cotte de mailles, ni la moindre arme offensive.
- A mort ! A mort ! crièrent les assassins, s'excitant les uns les autres.
Stupéfait et ne comprenant pas qui l'attaquait, le frère du roi s'exclama :
- Je suis le duc d'Orléans !
- C'est toi que nous cherchons ! répliquèrent d'un ton haineux les meurtriers, dont le nombre croissait d'instant en instant, d'autres hommes masqués sortant à la hâte de la maison de l'Image Notre-Dame.
D'un coup de hache, un des "Bourguignons" trancha le poing du duc d'Orléans. Un autre arracha le prince de sa mule et le jeta à terre.Num_riser0021
- Au meurtre ! au secours ! s'écria Jacquette, la jeune mère habitant l'hôtel de Rieux, témoin de cet assassinat.
- Taisez-vous, mauvaise femme ! jeta aussitôt l'un des meurtriers, d'un ton menaçant.
L'égorgement de Louis d'Orléans se poursuivit. De son bras mutilé, le prince tenta de parer quelques coups. Son jeune page se jeta devant lui dans l'espoir de le protéger. Il fut aussitôt abattu. Finalement, d'un coup de hache, l'un des hommes d'armes de Jean sans Peur ouvrit le crâne du frère du roi, dont la "cervelle choit dessus la chaussée".
A ce moment, sortit de la maison de l'Image Notre-Dame un homme de haute taille, envelppé dans un long manteau et coiffé d'un chaperon rouge qui lui descendait jusqu'aux yeux. A la lueur des torches, il jeta un coup d'oeil sur l'assassiné, puis ordonna :
- Eteignez tou ! Allons-nous en. Il est bien mort.
Alors se soulevant dans un dernier effort, le page gémit :
- Ah ! Monseigneur mon maître.
Puis il expira.
Tranquillement, les assassins s'en allèrent.

Le lendemain, Jean sans Peur osa jeter de l'eau bénite sur qu'il avait fait égorger, puis, avec une fausse indignation, il déclara :
- Jamais plus traître meurtre n'a été commis.
Peu de jours plus tard, il fut plus franc. S'adressant à son vieil oncle de Berry, il lui avoua d'un air farouche :
- C'est moi qui ai fait le coup ! Le diable m'a tenté.
Ce meurtre déchaîna l'horrible guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons, qui allait désoler la France durant vingt-huit ans. Quant à Jean sans Peur, sa félonie se retourna contre lui ; douze ans plus tard, il fut à son tour, assassiné.

LOUIS SAUREL




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