La guerre de 1870 a eu ce côté consolant, c'est qu'à chaque étape, à chaque coup de fusil, elle nous a révélé un héros.
Et combien sont morts, au coin d'un bois, stoïquement, héroïquement, de ces pauvres petits pioupious, dont l'histoire n'enregistre pas les noms !
Nos soldats en 1870 ont été admirables d'abnégation et de patriotisme. Leurs chefs, sauf quelques honteuses exceptions, ont été en tous points dignes de les commander. Mais la haute direction manquait : c'est là qu'il faut chercher le secret de nos désastres.
Que de beaux faits d'armes nous pourrions citer ici ! Que d'exemples admirables à mettre sous les yeux de la jeune génération, depuis la mort héroïque du curé de Bazeilles jusqu'à la belle conduite de Lapasset qui ordonna de brûler se drapeaux plutôt que de les livrer à l'ennemi.
Dans la glorieuse phalange des officiers supérieurs morts au champ d'honneur, un nom attire tout particulièrement nos sympathies : c'est le brave général Margueritte.
Margueritte naquit dans le Woëvre en 1823 ; il était le fils d'un simple gendarme. Engagé volontaire à 17 ans, il servit brillamment en Algérie où il conquit tous se grades à la pointe de son épée. La guerre de 1870 le trouva général de division ; il était alors âgé de 47 ans.
Il tomba à Sedan frappé d'une balle au front, alors qu'il commandait cette héroïque charge de cavalerie qui arracha au vieux Guillaume ce cri : "Ah ! les braves gens !"
Aujourd'hui, la statue de Margueritte s'élève dans son pays natal.
Paris, lors de son investissement par les armes allemandes, a vu également de beaux faits d'armes. La défense du plateau d'Avron, le combat de Châtillon, les polytechniciens à la barrière de Clichy, la mort du général Guilhem, la bataille de Champigny sont autant de faits d'armes à rapporter.
Que de sublimes épisodes dans cette journée de Champigny ! Le pinceau de Grolleron en a perpétué quelques-uns, mais l'on peut dire que la conduite admirable de Ducrot les domine tous.
Les Allemands avaient attaqué dès l'aube les avant-postes français. C'était le 2 décembre. Un brouillard épais couvrait les deux armées. Les Bavarois en profitèrent pour se ruer sur nos troupes, voulant à tout prix enlever les positions qu'elles occupaient en avant de la ligne de Bry à Champigny. Un instant les Français faiblirent. Mais alors, Ducrot, à la tête du vaillant 35e de ligne, se jeta dans la mêlée. S'il ne fut pas tué, a dit un écrivain célèbre, c'est que la mort ne voulut pas de lui. On le vit toujours au premier rang, payant de sa personne comme le dernier des ses soldats. Un instant on le crut mort : il venait de briser son épée dans le corps d'un Saxon... A côté de lui les hommes tombaient comme des épis sous la faux du moissonneur. Son officier d'ordonnance, le brave capitaine de Neverlée, fut cerné par les Bavarois. "Bas les armes, la résistance est impossible, s'écria un officier teuton. - Ah ! je m'en vais te le faire voir !" riposta Neverlée, et il enfonça son sabre dans la poitrine de l'officier. Une minute après il tombait lui-même frappé de vingt coups de baïonnette.
A côté de ces brillants faits d'armes, il est bon de rappeler la mort du capitaine Larrey.
Le capitaine Larrey de Lamalginie commandait en second le fort de Montrouge lors de la capitulation de Paris, le 29 janvier 1871. Il ne voulut pas survivre à ce qu'il considérait comme une honte nationale, et il se brûla la cervelle.
Ce suicide héroïque d'un jeune et brillant officier prouve jusqu'à quel point on peut aimer la patrie ; mais il ne faudrait pas le citer comme un exemple, car c'est un excès de point d'honneur, et l'excès en tout est un défaut.
Un soldat vaincu, humilié, n'est pas déshonoré lorsqu'il a fait son devoir, et il n'a pas le droit de se tuer, tant qu'il peut consacrer sa vie au service de son pays.