3gUzès est une très belle ville du Gard dont le "premier" seigneur s'appelait Elzéar (1045-1125). Vassale des comtes de Toulouse, la lignée faillit en rester là attendu qu'Elzear n'avait donné la vie qu'à une fille. L'affaire fut rattrapée par l'arrangement d'un mariage avec un certain Raymond Décan de Posquières que l'on retrouva ultérieurement aux côtés de Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, lors de la première croisade.
De cette union, naquirent huit enfants dont quatre devinrent évêque, l'un seigneur de Posquières et donc dépendant de la vicomté de Nîmes, l'une épouse d'Alphonse Jourdain et future mère de Raymond V de Toulouse et les deux derniers Bermont Premier et Béatrice à qui l'on partagea la seigneurerie d'Uzès.
La moitié de Bermont resta entre les mains de sa descendance et preuve de l'accroissement de la puissance de la famille pour raison d'alliances et de mariages savamment combinés passant de seigneurie à vicomté en 1328, duché à la renaissance et prairie quelques années plus tard.
Le duc d'Uzès devint même premier duc de France aprés l'exécution du duc de Montmorency en 1632. De ce prestigieux ancêtre reste l'hommage d'une tour du château ducal, appelée "bermonde".6bg
L'autre moitié, aprés Béatrice et sa fille, se divisa à nouveau en deux parties, des quarts de seigneurerie en étant partagé entre Raynon II et Elzéar III.
La lignée de Raynon II revendit sa part aux évêques d'Uzès qui cumulèrent alors pour un quart les deux titres. Cette accumulation leur donna plus de puissance. Les évêques eurent l'autorisation de battre monnaie au milieu du douzième siècle. Lors de la croisade contre les Albigeois au début du treizième siècle, d'autres pouvoirs sont accordés par Simon de Monfort.
Le dernier quart fut revendu à la fin du quizième siècle au roi Charles VIII.
Le pouvoir local était donc divisé en trois et il était symbolisé par une tour ducale, une tour de l'évêque et une tour royale (il y en aurait même une seconde hors muraille construite au treizième siècle quand le roi n'était pas du partage).
En 1721 le roi cède sa part. Il ne reste plus que deux pouvoirs sur Uzès avec deux châteaux, celui des évêques et des rois que la révolution transformera en biens nationaux. Les édifices deviendront prisons jusqu'en 1926. La ville d'Uzès les rachetera quinze années plus tard. Enfin en 1995, le lieu redeviendra public et surtout accueillant avec la mise en place d'un somptueux jardin médiéval dont s'occupe avec passion une association.
La constitution de ce jardin a été le fruit de recherches précises tant pour la disposition et les plans que pour le choix des plantes cultivées.
Les "aménageurs" ont posé leur regard sur les tapisseries, les enluminures, les miniatures et autres représentations visuelles, ont lu avec application les traités et autres manuscrits relatant la botanique, de médecine, et d'alimentation, etc. et n'ont pas lésiné sur leur temps de bénévoles pour mener en bonne voie leur projet : un exemple à suivre pour celles et ceux qui parfois laissent davantage parler leurs fantasmes et leurs projections au nom d'un Moyen Âge qui n'est que fuite du monde contemporain. A Uzès, la démarche est inverse et noble, démontrant que ces temps médiévaux, il y a peu, dit obscurs, sont en réalité des réserves inépuisables de sagesse et de savoirs.
Au pied des tours du roi et de l'évêque, le jardin médévial d'Uzès réserve cependant ses surprises en toute saison comme ces magnifiques roses de Noël qui défient le froid pour mieux nous envoûter et pour nous inviter... tout simplement...

Hervé BERTEAUX