Ayant un jour l'intention de chasser, le roi Louis XI demanda à son astrologue, qui était en même temps son astronome, s'il pouvait compter sur un temps favorable.
Ce personnage, après avoir consulté ses instruments, répondit par l'affirmative, et la partie de chasse fut décidée.
En pénétrant dans la forêt, le cortège royal rencontra un charbonnier, qui, en causant avec un piqueur et quelques domestiques de l'escorte, leur manifesta son étonnement de voir le roi choisir tout exprès une journée pareille pour se livrer au plaisir de la chasse.
"Qu'a-t-elle donc de particulier, cette journée ? lui demanda-t-on.
- Elle ne se passera pas sans qu'un violent orage éclate, répartit le charbonnier, un orage qui même ne va pas tarder. C'est ce qui m'oblige à regagner promptement mon gîte."
Cette prédiction se réalisa : le roi et ses courtisans durent bientôt renoncer à leur projet et rebrousser chemin, trempés jusqu'aux os.
Les paroles du charbonnier ayant été rapportées à Louis XI, celui-ci le manda près de lui dès le lendemain, et s'empressa de le questionner.
"Comment se fait-il, mon ami, que tu aies prédit le temps plus exactement que mon astrologue, qui est un savant homme ?
- Moi, Sire, je ne suis qu'un ignorant, répliqua le charbonnier, je n'ai jamais été à l'école, et je ne sais ni lire ni écrire.
- Et bien alors ?
-Mais j'ai un astrologue moi qui ne craint aucun devin pour la prédiction du temps. C'est, ne vous en déplaise, Sire, l'âne qui m'aide à porter mon charbon. Je n'ai qu'à l'observer, mon âne. Dès que le temps menace, il pointe ses oreilles, les secoue, ralentit sa marche, cherche à se frotter le long des murs ou contre les arbres : c'est grâce à ces indices, Sire, que j'ai pu prévoir l'orage d'hier."
Le roi rit de bon coeur de la réponse. Il se priva, paraît-il, des services du savant patenté, de l'astronome bipède, et accorda au charbonnier une petite pension pour l'entretien de l'autre, c'est-à-dire du quadrupède, en jurant de ne plus se fier qu'aux prédictions de ce dernier.
Aussi, maître Aliboron, était-il appelé par les courtisans "l'Astronome du roi".