Alors que le comte de Lille, qui devint plus tard le roi Louis XVIII, était éxilé de France par Napoléon Ier, un gentilhomme de sa suite reçut, de la police impériale, la proposition d'un traitement de cinquante mille francs par an, s'il voulait fournir chaque jour le bulletin de l'emploi du temps de son maître.
L'empereur, qui voyait dans le comte de Lille un prétendant au trône, redoutait ses relations, appréhendait ses intrigues, et tenait à en être informé et par conséquent à le faire surveiller de près.
Le gentilhomme, très dévoué à celui qu'il considérait comme son roi, l'avertit de cette ouverture et de l'offre importante qui lui était faite.
"Cinquante mille francs ! C'est, en effet un joli denier, repartit le futur Louis XVIII. Il faut accepter, mon cher !
- Mais, Sire...
- Attendes ! C'est moi-même qui rédigerai chaque jour le bulletin, et nous jouerons ainsi tous les deux un bon tour à M. le ministre de la police générale de l'empire et à son augustre maître."
Et c'est ce qui fut fait : pendant plusieurs années, le ministre de l'empereur reçut un bulletin quotidien, destiné en apparence à trahir Louis XVIII, et en réalité rédigé par Louis XVIII lui-même.