Num_riser0004Ce n'était, à l'arrivée de César en Gaule, qu'un village sans importance appela Cularo et appartenant aux Allobroges. Dioclétien l'entoura d'un mur et l'empereur Gratien agrandit son enceinte et lui donna le nom de Gratianopolis. A la chute de l'empire, elle fut assujettie aux Burgondes et, au siècle suivant, les Francs vinrent s'y établirent.
Vers l'an 1219 la ville faillit être emportée par une inondation subite de l'Isère et une partie de sa population périt. A la même époque, elle tomba sous le souveraineté des comtes d'Albon qui prirent le titre des dauphins de Vienne et le conservèrent jusqu'en 1349, date à laquelle Humbert II, le dernier d'entre eux, céda au roi Philippe VI sont titre et sa principauté.
Pendant les guerres de religion, le trop célèbre baron des Adrets, qui terrorisait tout le midi par ses brigandages, s'empara de Grenoble et la livra au pillage. Les tombeaux des dauphins qui ornaient l'église Saint-André furent démolis par ses ordres et profanés. Chassé par l'ancien gouverneur Sassenage, il rentra dans la ville peu après et extermina toute la garnison.
A la Saint-Barthélémy, l'élément protestant n'eut point à souffrir, grâce à de Gordes qui, à l'instar du vicomte d'Orthez, refusa d'obéir aux ordres du roi.
En 1590, Lesdiguières entra dans la place au nom de Henri IV et jusqu'à révocation de l'édit de Nantes (1685), la tranquillité y régna. Mais cette mesure de rigueur obligea beaucoup de familles locales à s'expatrier.Num_riser0005
Pour enrayer les tentatives des parlements, qui protestaient contre les nouveaux impôts établis par Brienne, le gouvernement institua, en 1787, une cour plénière chargée des pouvoirs qu'on enlevait au cours de justice. Le parlement de Grenoble s'inscrivit en faux, le premier, contre une mesure attentatoire à ses droits et déclara traître à la nation et au roi quiconque s'inclinerait devant cette mesure. Le commandant de la province intervint par la force pour assurer l'exécution des édits ; mais le peuple, ayant à sa tête des femmes armées de bâtons, se souleva pour défendre ses magistrats et les troupes furent battues. Cet épisode, appelé "journées des tuiles", et où Bernadotte, alors simple soldat, faillit périr, est la première prise d'armes de la Révolution et c'est de Vizille que les états du Dauphiné vont proclamer la nécessité de réunir les états généraux.
En 1815, au retour de l'île d'Elbe, la ville ouvrit ses portes à Napoléon.
Par son emplacement au confluent de rivières torrentueuses comme l'Isère et le Drac, elle a été souvent dévastée par leurs débordements, notamment en 1840, 1856, 1859. Cette dernière crue fut particulièrement terrible, au point que tous les quartiers se couvrirent en quelques heures, d'une nappe d'eau de 1 m 50.
Et pourtant sa situation, au milieu de la magnifique plaine du Graisivaudan, au pied du mont Rachais, est vraiment merveilleuse et il n'y a point de ville sur notre territoire qui puisse lui être comparée pour les admirables points de vue qu'elle présente au touriste. La plume est impuissante à décrire la splendeur des paysages, l'éclat de leur végétation, l'aspect varié des montagnes, tantôt arides, sauvages, nues, coronnées de neiges éternelles.
Par sa position, Grenoble commande le passage de la vallée de l'Isère et sa proximité de la frontière italienne lui a valu un système sérieux de défense. Une enceinte la circonscrit et des forts garnissent les sommets d'alentour.
Num_riser0006Quelques-uns de ses monuments méritent d'être cités comme les églises Saint-Laurent, Notre-Dame et le Palais de justice. Elle a également une riche bibliothèque qui renferme 600.000 volumes et un précieux musée où figurent de bons tableaux des écoles hollandaise, flamande et française.
Cette cité prospère a vu augmenter sa population dans d'appréciables proportions et la cause en est à sa très vivante industrie. La ganterie y a pris une importance exceptionnelle et plus de 25.000 personnes sont occupées, tant à Grenoble que dans les environs, à la préparation et à la découpure des peaux, à la piqûre des gants dont près de 900 mille paires sont livrées anuuellement au commerce. Pour ces objets de mode, elle gouverne à sa fantaisie le marché français et son chiffre d'affaire, en cette matière, dépasse trente millions.
Elle s'occupe aussi de la préparation du chanvre, de la fabrication des ciments, des chapeaux de paille, les liqueurs et son commerce en bois de construction, plâtre, chaux, est considérable.
Le mécanicien Vaucanson, Condillac, Mably, l'orateur Barnave, le constituant Mounier, Mme de Tencin, Casimir-Périer, Beyle, plus connu sous le pseudonyme de Stendhal, le maréchal Randon sont originaires de Grenoble ou des environs.
Population en 1896 : 64.000 habitants.