François-Athanase Charette de la Contrie, chef vendéen, se mit à la tête des paysans du Poitou soulevés contre la Convention. Il prit part au siège de Nantes et de Luçon. Son plus beau fait d'armes est la prise du camp républicain de Saint-Christophe, en 1794 ; mais, en 1796, le général Hoche détruisit entièrement sa petite armée.
"Le glorieux vaincu arrivait à Nantes le 27 mars. Conduit devant le général Duthil, il fut lâchement injurié par cet officier, indigne de porter l'épaulette. Charette se borna à lui répondre : "Monsieur, si je vous avais pris, je vous aurais fait fusiller sur l'heure ; mais je ne vous aurais point outragé et je ne vous aurais pas donné en spectacle à la foule. Au reste, il y a des sentiments que vous ne pouvez pas comprendre."
L'ancien général en chef des armées catholiques et royales de la Vendée parcourut, sous une nombreuse escorte, la rue Saint-Jacques, la place de la Comédie, la rue Crébillon, la place de l'Egalité, la rue Casserie, en présence d'un peuple immense, et fut enfin écroué.
"Le prisonnier, dit une relation du temps, le bras en écharpe, avec ses habits tout sanglants et déchirés par les balles, semblait écraser encore de sa grandeur tous les généraux républicains, aux uniformes brodés d'or, dont la joie insultait sa position."
"Le surlendemain, Charette comparut devant une commission militaire. Ses réponses furent brèves et hautaines. Pendant que ses juges délibéraient, un officier républicain lui demanda pourquoi il ne s'était point suicidé. "Parce que c'eût été une lâcheté, répliqua simplement Charette, et que, d'ailleurs, mes convictions religieuses me le défendaient."
"Il entendit froidement la sentence qui le condamnait à mort et demanda l'assistance d'un prêtre. Sur son refus d'accueillir un ecclésiastique assermenté, on lui promit de lui amener le prêtre qu'il indiquerait ; mais il pensa qu'il compromettait un coreligionnaire, et il consentit à se confesser à un vicaire assermenté, nommé Guibert.
"Il descendit enfin l'escalier du Bouffay, calme et résolu. A sa vue, la foule avait fait silence. "Il regardait tout le monde sans insolence et sans bassesse", écrivait un aide de camp de Hédouville.
"Il était vêtu d'un habit-veste gris, dont le collet était bordé d'un étroit galon d'or dentelé, d'un culotte de même couleur, et chaussé de longues bottes en cuir souple. Il portait, comme ceinture, une écharpe blanche fleurdelisée. Sur sa poitrine, le Sacré-Coeur. Sa tête était entourée, à cause de sa blessure, d'un foulard de soie blanche.
"Arrivé sur la place Viarmes, le cortège s'arrêta. Une compagnie de grenadiers attendait, l'arme au pied, la victime.
"Charette s'avança d'un pas ferme, détacha, de l'écharpe qui la soutenait, sa main mutilée, et, repoussant le bandeau que lui présentait un sous-officier, il demanda et obtint l'autorisation de commander le feu.
"Quelques instants plus tard, le héros vendéen tombait sous les balles républicaines.
"Il avait trente-trois ans.
"Son corps fut jeté dans une carrière où l'on ensevelissait les soldats morts à l'hôpital.
"Quelques balles avaient perforé une porte pratiquée dans le mur auquel était adossé Charette. Cette porte fut enlevée la nuit suivante et pieusement conservée par des parents du général."
(Extrait du Gaulois)
Ajoutons un fait se rapportant à un homme qui a combattu avec Charette et pour la même cause :
Le souvenir de Jacques Cathelineau, devenu généralissime de l'armée vendéenne, est resté vivant parmi les populations poitevines.
Le fils d'un fermier des environs de la Châtaigneraie, dont le père, M. Suyrs, mort à cent sept ans, avait combattu sous les ordres du généralissime, contait cette anecdote qui explique le surnom du "saint d'Anjou" que les Chouans avaient décerné à Cathelineau.
Le soir de la prise de Cholet, les blancs avaient enfermé les nombreux républicains qu'ils avaient fait prisonniers dans les caves d'une auberge de la ville où Cathelineau s'était installé avec son état-major.
Les paysans avaient, durant la nuit, copieusement fêté leur succès ; exaltés par les libations, ils avaient résolu de massacrer les prisonniers.
Ils envahirent en masse la salle basse de l'auberge en criant : "A mort les Bleus"
Déjà les plus acharnés s'efforçaient d'enfoncer la porte de la cave quand Cathelineau, réveillé par le tumulte, incomplètement habillé, sans armes, se précipité au milieu d'eux, écartant les forcenés.
Il ouvrit lui-même la porte de la cave, et, se mettant en travers de l'escalier, s'écria :
- Vous me tuerez avec eux, alors !
Les paysans, domptés, s'écartèrent en grommelant. Cathelineau, par son courage, avait empêché un massacre.