Nul peuple n'a été sans religion ; mais chez les peuples anciens, la croyance en un Dieu unique s'altéra vite. Les Gaulois, avant d'être chrétiens, adoraient tout ce qui était merveilleux ou terrible ; ils voyaient des êtres divins dans les astres, 'océan, le tonnerre, le vent. Après avoir adoré les forces de la nature, ils adorèrent les forces morales et intelligentes ; ils eurent leur dieu de la guerre, le dieu de la poésie et de l'éloquence, du commerce et des arts.
Les seuls monuments religieux qu'ils aient laissés sur notre sol et qu'on rencontre encore dans certaines parties de la France, surtout en Bretagne, sont de grosses pierres brutes placées isolement ou rangées dans un certain ordre.Num_riser0006
Les prêtres des Gaulois s'appelaient Druides, ou hommes des chênes ; ils étaient puissants et respectés. Ils enseignaient certaines doctrines élevées, entr autres, l'immortalité de l'âme et la croyance aux peines et aux récompenses dans la vie à venir. Mais d'horribles superstitions, des sacrifices humains ensanglantaient les autels qu'ils élevaient au fond des forêts séculaires. Tous les Gaulois étaient très superstitieux : aussi ceux qui étaient attaqués de maladies graves, comme ceux qui vivaient au milieu de la guerre et des dangers, immolaient des victimes humaines ou faisaient voeu d'en immoler et avaient recours, pour ces sacrifices, au ministère des Druides. Ils pensaient que la vie d'un homme était nécessaire pour racheter celle d'un autre homme, et que les dieux immortels ne pouvaient être apaisés qu'à ce prix ; ils avaient même institué des sacrifices publics de ce genre.
Ils avaient quelquefois des mannequins d'une grandeur immense en tissu et osier, dont ils remplissaient l'intérieur d'hommes vivants ; ils y mettaient le feu et faisaient expirer leurs victimes dans les flammes. Leurs devins cherchaient la révélation de l'avenir dans les entrailles des victimes.
Les forêts étaient le sanctuaire des Druides, et le chêne était leur arbre sacré et la cueillette du gui de chêne leur principale fête. Il fallait avant tout que le gui fût cueilli le sixième jour de la lune, jour où commençaient les mois des Druides ainsi que leur année, et auquel l'astre jette déjà beaucoup de clarté. Tout étant préparé sous le chêne pour le sacrifice et le repas qui devait suivre, on faisait approcher deux taureaux blancs dont les cornes étaient liées pour la première fois. Le chef des Druides cueillait le gui sacré avec une serpe d'or ; les autres druides vêtus de tuniques blanches, le recevaient dans un bassin d'or, et l'exposaient ensuite à la vénération du peuple ; puis on immolait les deux taureaux. Les Gaulois voyaient-ils dans le gui, à cause de la persistance de son feuillage en toute saison, un emblème de l'immortalité de l'âme ? Ou bien cette plante singulière qui semblait vivre sans racines sur les cimes des grands arbres, dans les hauteurs de l'air, comme si elle descendait du ciel, leur paraissait-elle un présent des dieux ? Nous l'ignorons. Quoiqu'il en soit, ils lui attribuaient des propriétés merveilleuses ; ils la considéraient comme un remède souverain contre les maléfices et les sortilèges.
La croyance aux vertus miraculeuses du gui de chêne n'a pas disparu avec le druidisme ; elle s'est perpétuée, à travers le paganisme romain, jusque dans la chrétienté. Au moyen âge, on allait encore cueillir le gui que l'on regardait comme un talisman. De nos jours, dans la Touraine, on fait porter aux petits enfants des sachets remplis de gui pour les préserver des convulsions. Il y a quelque vingt ans, on voyait encore, dans quelques pays de l'Orléanais, des enfants, même des jeunes filles, aller à la fin de l'année chanter Au gui l'an neuf ! et recevoir pour leur refrain druidique quelques friandise, des pommes, des noix, etc.