Jean-François Ravaillac, naquit en 1578 dans la cité d'Angoulême. Sa jeunesse se passa entre son pèreNum_riser0001 ivrogne - qui perdit bientôt sa place de greffier près du maire, pour ne vivre que de mendicités - et sa mère, née Dubreuil de Fontreau, pieuse femme qui confia l'éducation de son fils à ses oncles maternels, messires Nicolas et Jean Dubreuil, chanoines de la cathédrale.
François Ravaillac passa une partie de son adolescence auprès des religieux qui lui inculquèrent la haine du roi de Navarre, cet hérétique, ce Huguenot dont les scandales emplissaient les conversations. La croyance du jeune homme se transforma en folie mystique et fit de ce maître d'école un visionnaire. Il se crut délégué par Dieu pour purger le pays de son tyran de roi.
Après être venu trois fois à Paris, en faisant à pied le voyage d'Angoulême et avoir chaque fois hésité à accomplir son acte, il mit enfin son projet à exécution le vendredi 14 mai 1610. Le couteau, qu'il avait trouvé sur une table d'auberge, bien affûté à une pierre et fraîchement emmanché, était contre sa cuisse.
Le carrosse décapoté du roi quitta le Louvre et prit la rue Saint-Honoré. Ravaillac suivit l'équipage en courant. On peut s'étonner aujourd'hui du peu de protection qu'apportait la police du temps à son souverain, lors de ses déplacements. On peut s'étonner également que les laquais n'aient pas, ainsi que le duc d'Epernon qui accompagnait Henri IV et ce dernier lui-même, prêté attention à cet homme à la barbe fauve, suspect dans sa mise négligée comme dans son comportement.
Rue de la Ferronnerie, tout contre la muraille du Charnier Saint-Innocent, une charrette chargée de foin et le baquet d'un porteur de vin accrochés accidentellement, barraient le chemin. Les valets du roi s'éparpillèrent pour dégager le passage, laissant le carrosse et son royal occupant. Cet accident avait permis à Ravaillac de rejoindre l'attelage. Sous sa longue pèlerine, sa main serrée maintenant sur l'arme ne tremblait point. D'un bond, il fut sur le roi et lui plongea par deux fois son poignard dans la poitrine. Henri IV dit : "Ce n'est rien" et mourut.
Une telle confusion suivit ce geste, que le meurtrier aurait pu fuir sans que personne ne l'inquiétât. Il n'en fit rien et resta là, voulant accomplir sa mission jusqu'au bout.
Le roi des Braves, le Grand, le Vert-Galant, avait 57 ans.
Ravaillac, le régicide, 32 ans.

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Num_riser0002Ravaillac, après son arrestation et sa mise au cachot en l'Hôtel de Retz, ne témoigna aucun regret. Il était très calme, ironique même, répondant sans trouble au président Jeannin, à MM. de Loménie et de Bullion venus pour l'interroger. La justice voulait savoir qui avait armé le bras et quels étaient les noms des complices. Ravaillac, ayant agi seul, ne put que dire la vérité, mais cette vérité ne satisfaisait personne. On le menaça, on l'adjura, on le pria, au nom de Dieu, de la loi, de sa mère. Il connut des dizaines d'interrogatoires, officiels ou non ; des juges, des conseillers, des présidents, des archevêques, des moines, des docteurs en Sorbonne, se relayèrent. M. de BellingrevilleBellingreville mit chacun des pouces du meurtrier dans une carabine, après avoir au préalable enlevé les silex et serra les écrous. Que pouvait avouer le misérable ? Malgré la douleur il nia toute complicité ainsi que tout ordre venu de quiconque autre que Dieu.
La Grand'ChambreGrand'Chambre rédigea le 27 mai, le jugement suivant :
"Vu le procès criminel fait par les présidents et conseillers à ce commis à l'encontre de François Ravaillac, praticien de la ville d'Angoulême, a déclaré et déclare ledit Ravaillac, dûment atteint et convaincu du crime de lèse-majesté divine et humaine au premier chef, pour le très méchant, très abominable et très détestable parricide commis en la personne du feu Roy Henri IVe, de très bonne et très louable mémoire. Pour répartion duquel l'a condamné et condamne faire amende honorable devant la principale porte de l'Eglise de Paries, où il sera mené et conduit dans un tombereau ; là, nu, en chemise, tenant une torche ardente du poids de deux livres, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a commis ledit très méchant, très abominable et très détestable parricide, et tué ledit seigneur Roy, de deux coups de couteau dans le corps, dont se repend, demande pardon à Dieu, au Roy et à Justice ; de là conduit à la place de Grève; et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main dextre y tenant le couteau duquel à commis ledit parricide, ars et brûlé à feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante ; de la poix de résine brûlante, de la cire et soufre fondus ensemble. Ce fait, son corps tiré et démembré à quatre chevaux, ses membres et son corps consommés au feu, réduits en cendres, jetés au vent. A déclaré et déclare tous et chacuns ses biens acquis et confisqués au Roy. Ordonné que la maison où il a été nay sera démolie, celui à qui elle appartient préalablement indemnisé, sans que sur le fond puisse à l'avenir être fait autre bâtiment. Et que dans quinzaine après publication du présent arrêt à son de trompe et cri public en la ville d'Angoulême, son père et sa mère videront le royaume avec défense d'y revenir à jamais, à peine d'être pendus et étranglés sans autre forme ni figure de procès. A fait et fait défenses à ses frères, soeurs, oncles, et autres de porter ci-après le nom de Ravaillac, leur enjoint le changer en autre sous les mêmes peines. Et avant l'exécution dudit Ravaillac, ordonne qu'il sera appliqué à la question pour la révélation de ses complices."
Le régicide fut donc soumis à la question. Ses jambes furent emprisonnées et fortement serrées ; entre les chevilles et les genoux, on enfonça un gros maillet, d'abord un premier coin. "Je suis un pêcheur et ne sais autre chose", gémit-il, au second. En implorant Dieu, Ravaillac s'évanouit au troisième. Ayant repris ses sens, on le questionna de nouveau, sans résultat.Num_riser0003
On le conduisit alors à la Sainte-Chapelle, on le lia à un pilier et MM. Gamache et de Filsac, docteurs en Sorbonne, lui demandèrent, pour son salut éternel, de dire enfin la vérité.
Il fut emmené ensuite au supplice, dans un tombereau et les archers eurent bien du mal à empêcher la foule hurlante de l'étriper. La charrette s'arrêta devant Notre-Dame et sur le porche, torche en main, Ravaillac fit amende honorable alors qu'on lui rappelait le supplice qui lui était réservé.
La place de l'Hôtel de Ville s'appela jusqu'en 1830, place de Grève. On y pendait les condamnés à mort, bourgeois et gens du peuple. Les gentilhommes étaient décapités. Qui était accusé de sorcellerie était brûlé vif, l'assassin était roué  et, pour le crime de lèse-majesté, la peine était l'écartèlement.
Tout Paris était là. Alors qu'on lui enlevait la chemise, Ravaillac demanda qu'on priât Dieu pour lui. Des injures lui répondirent, crachées par les bouches haineuses des milliers de spectateurs.
Serrant l'arme du crime, sa main droite fut brûlée vive. Le bourreau, avec les tenailles rougies, déchira les chairs du supplicié sur lesquelles les aides firent couler le plomb fondu, l'huile bouillante et la poix brûlante.
- Jésus, Maria, soupira le malheureux aux question qui lui étaient encore posées.
Le corps solidement fixé, on accrocha quatre chevaux à ses membres. Pendant une demi-heure les bêtes tirèrent, faisant rompre les côtes l'une après l'autre, sans parvenir cependant à enlever la vie à cet être exceptionnellement résistant. On dut remplacer un cheval harassé par l'effort prolongé. Alors une cuisse se détacha du tronc, et Ravaillac mourut enfin.
On finit de le démembrer à la hache et les quartiers furent jetés au feu devant la foule délirante, excitée jusqu'au sadisme, qui s'acharna sur ces restes.

Justice était faite !       A. MILLETRE