En 1627, au siège de la Rochelle, pendant que les Rochelois, bravant impudemment Louis XIII et Richelieu, s'unissaient aux Anglais, des faits d'une audace étonnante s'accomplirent du côté des assiégés et des assiégeants.
On cite entre autres celui-ci.
Un jeune officier des troupes royales laissa emporter par le vent jusqu'auprès du camp ennemi, une écharpe de soie qu'il tenait à la main.
Une fusillade presque incessante éclatait des deux côtés, et tout le long des remparts.
Cet officier, jeune homme dénué de protections qui eussent pu le faire monter en grade, demanda à ses supérieurs l'autorisation d'aller chercher l'écharpe à laquelle il tenait d'une façon particulière.
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"Vous n'y pensez pas ! lui répondit son chef presque irrité de recevoir une demande aussi absurde ; aller ramasser cette bagatelle sous ce feu roulant, c'est exposer cent fois votre vie.
- Je le sais bien, insista le jeune homme, mais cette bagatelle m'est précieuse : elle me vient de ma mère, et ne m'avait jamais quitté.
- Allez donc, Monsieur, je suis curieux de voir si vous persisterez jusqu'au bout dans votre folie.
- Je persisterai, Monsieur.
- Adieu donc, jeune homme téméraire !
- Au revoir, Monsieur."
Et il descendit tranquillement au bas des remparts pour aller ramasser son écharpe qu'il releva en effet à une petite distance de l'ennemi, et au milieu des balles de mousquets qui lui sifflaient aux oreilles.
L'un de ces projectiles l'atteignit même au bras, mais n'y fit qu'une éraflure légère.
Et le courageux officier revint saluer son chef au milieu de l'étonnement général.
Instruit de ce trait de vaillance, le cardinal Richelieu se fit présenter le jeune homme auquel il confia un poste important et fort envié.
"J'avais bien raison de dire que cette écharpe m'est précieuse ! dit l'officier à ses camarades quelques heures plus tard. N'est-elle pas un talisman pour moi ? Un porte-bonheur ? Et ne lui dois-je pas ma fortune actuelle ?"