Le roi Louis XI accueillait très favorablement les personnes, de quelque rang qu'elles fussent, qui étaient en mesure de lui fournir d'utiles renseignements sur le commerce, l'industrie ou les finances de la France. Il recevait à sa table les étrangers, ainsi que les négociants et bourgeois de son royaume, pour peu qu'ils eussent à lui raconter quelques détails pratiques intéressants, et la liberté du repas et les bons vins lui servaient à délier la langue de ses convives et à gagner leur confiance.
Séduit par le gracieux accueil et les bienveillantes paroles de son souverain, un marchand, nomme Maître-Jean, s'avisa de lui demander des lettres de noblesse.
Louis XI les lui accorda.
Quelque temps après, le nouveau noble s'étant présenté à la cour, le roi, loin de lui témoigner les mêmes faveurs et la même familiarité qu'autrefois, affecta de ne pas le regarder.
"Qu'ai-je donc pu faire ? se dit Maître-Jean tout consterné. En quoi ai-je pu démériter ?"
Il résolut de s'en ouvrir au roi et de le prier de lui apprendre le motif de sa disgrâce.
"Comment ! Monsieur le gentilhomme, vous ne devinez pas ? Vous ne comprenez pas ?
- Non, Sire : j'ai beau chercher...
- Quand je vous faisais asseoir à ma table, je vous considérais comme le premier de votre condition, le premier de mes bourgeois. Aujourd'hui que vous êtes le dernier des nobles, je vous traite en conséquence. Je croirais faire injure aux seigneurs de ma cour, en vous recevant mieux que je ne reçois le moindre d'entre eux. Je crains bien que vous n'ayez perdu au change, Monsieur de Maître-Jean !"