Partisan de la Commune de Paris, il consacra la plus grande partie de sa vie à la propagande socialiste révolutionnaire et fit, dans les Ardennes et à Paris, figure de tribun.
"Le temps des Cerises", fut composé en 1866 et édité à Bruxelles, en 1867, avec la musique de Renard.
En 1885, il publia un premier recueil de chansons : "Chansons du morceau de pain", puis un second recueil en 1898.
Jean-Baptiste Clément est en outre l'auteur de : "Dansons la Capucine", "La Marjolaine", "Bonjour Printemps", etc.

A la vaillante citoyenne Louise, l'ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871.

Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
     Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises,cl_ment
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
     Des pendants d'oreilles,
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants corail qu'on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour
     Évitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps-là que je garde au coeur
     Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.

Puisque cette chanson a couru les rues, j'ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage !
Le fait suivant est de ceux que l'on oublie jamais :
Le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de dix-huit à vingt ans et des barbes grises qui avaient déjà échappé aux fusillades de 48 et aux massacres du coup d'Etat.
Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main.
Nous lui demandâmes d'où elle venait, ce qu'elle venait faire et pourquoi elle s'exposait ainsi ?
Elle nous répondit avec la plus grande simplicité, qu'elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n'avions pas besoin de ses services.
Un vieux de 48, qui n'a pas survécu à 71, la prit par le cou et l'embrassa.
C'était en effet un admirable dévouement !
Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter.
Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile.
Deux de nos camarades tombaient frappés l'un, d'une balle dans l'épaule, l'autre au milieu du front.
J'en passe !!...
Quand nous décidâmes de nous retirer, s'il en était temps encore, il fallut supplier la vaillante fille pour qu'elle consentit à quitter la place.
Nous sûmes seulement qu'elle s'appelait Louise et qu'elle était ouvrière.
Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre.
Qu'est-elle devenue ?
A-t-elle été, avec tant d'autres, fusillée par les Versaillais.
N'était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier ma chanson la plus populaire ?