Marie-Antoinette naquit à Vienne le 2 novembre 1755 ; elle était fille de François 1er, empereur d'Autriche, et de Marie-Thérèse, reine de Hongrie et de Bohême, femme énergique, courageuse, d'un beau et noble caractère.
Marie-Antoinette épousa le Dauphin, depuis Louis XVI, en 1770. Elle fut écrouée à la prison du Temple le 13 août 1792, avec sa famille, et mourut sur l'échafaud le 16 octobre 1793.
Le 3 octobre, la Convention décida que le tribunal révolutionnaire s'occuperait immédiatement du procès de la reine ; ce procès dura deux jours. Dans l'acte d'accusation, on rendait la reine responsable de tous les malheurs de la France. La reine répondit aux accusations avec dignité et une admirable présence d'esprit. Elle répéta plusieurs fois qu'il n'y avait aucun fait précis contre elle, que, d'ailleurs, épouse de Louis XVI, elle ne répondait d'aucun des actes du règne.
Le 15 octobre, à minuit, les débats furent terminés, et, malgré l'éloquente plaidoirie de ses deux défenseurs, Chauveau-Lagarde, et Tronçon-Ducoudray, les jurés déclarèrent l'accusée coupable et le président prononça que Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet - c'est ainsi qu'on appelait Louis XVI alors - était condamnée à la peine de mort.
En entendant cet arrêt, la reine demeure impassible ; elle ne dit pas un mot, ne fait pas un geste. Sereine et fière, elle quitte la salle d'audience et rentre à la Conciergerie où les gendarmes la conduisent dans le cachot des condamnés à mort.
Il est quatre heures et demie du matin. La reine demande de l'encre et écrit la lettre suivante à sa belle-soeur, Madame Elisabeth :
"C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui, innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauves enfants (1). Vous savez que je ne vivais que pour eux ; et vous, ma tendre et bonne soeur, vous qui avez, par amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant ! je n'ose lui écrire ; elle ne recevrait pas ma lettre ; je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra.
"Recevez pour eux deux, ici, ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qui'ls pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte des devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur.
"Que ma fille sente à l'âge qu'elle a qu'elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa soeur tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer ; qu'ils sentent enfin, tous deux, que, dans quelque position qu'ils puissent se trouver, ils ne serotn vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple sur nous ! Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations ! Et, dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut partager avec un ami. Et où en trouver de plus tendres et de plus chers que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : "Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort."
"Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté.
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"Je demande pardon à tous ceux que je connais et à vous, ma soeur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis : l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant. Qu'ils sachent, du moins, que, jusqu'au dernier moment, j'ai pensé à eux.
"Adieu, ma bonne et tendre soeur ; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi. Je vous embrasse de tout mon coeur, ainsi que mes pauvres et chers enfants ! Mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu ! Adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels."
Après avoir écrit ce testament qui dénote une grande fermeté d'âme et exprime les plus nobles sentiments, la reine le remet au concierge, enveloppe ses pieds dans une couverture, se jette sur son lit et s'endort.
A six heures, on la réveille : c'est un curé assermenté (2) qui vient lui offrir les secours de son ministère. La reine remercie sans le renvoyer pourtant.
- Voulez-vous que je vous accompagne ? dit Girard.
- Comme vous voudrez, répond la reine.
A sept heures, Samson, le bourreau, se présent.
- Vous venez de bonne heure, Monsieur, dit la reine ; ne pourrriez-vous pas retarder un peu ?
- Non, Madame, j'ai l'ordre de venir.
La reine coupe elle-même ses cheveux et Samson procède rapidement à la toilette fatale.
- Madame, dit Girard, votre mort va expier...
- Ah ! reprend-elle vivement, des fautes, mais pas un crime.
Marie-Antoinette déjeune d'une tasse de chocolat, apportée du café voisin de l'entrée de la Conciergerie, et d'un de ces petits pains appelés alors mignonnettes.
Au dehors, tout est bruit et tumulte ; la force armée est sur pied ; des canons sont braqués au coin des rues, sur les places et sur les carrefours ; aux abords de la Conciergerie, une foule énorme se presse. Onze heure sonnent, un bruit sourd court parmi la foule ; un officier fait un commandement ; la grille s'ouvre : c'est la reine !
Elle paraît vêtue d'un déshabillé piqué de blanc, coiffée d'un bonnet de linon sans barbes, qu'elle a repassé elle-même. Elle porte un ruban de faveur noire aux poignets ; au cou, un fichu de mousseline uni blanc ; elle a des bas noirs et des souliers de prunelle noire, le talon haut dit à la Saint-Huberty.
La charrette attend, c'est celle des condamnés avec ses roues boueuses, sa banquette faite d'une planche, son plancher sans paille ni foin pour amortir les cahots, un grossier cheval blanc pour la traîner et un homme en blouse, à figure sinistre, pour la conduire.
La reine monte sur la charrette, où elle s'assied, le dos tourné au cheval. Le prêtre, en habit bourgeois, se place à côté d'elle. Le bourreau est derrière, son aide est au fond ; tous deux sont debout et tiennent leur tricorne à la main. Samson laisse avec un soin visible, flotter les cordons qui tiennent les bras de la reine.
La charrette s'ébranle et débouche dans la multitude. Le peuple se rue et se tait d'abord. Pas de cris, pas d'insultes, c'est le mot d'ordre. La voiture avance au milieu des gendarmes à pied et à cheval, dans la double haie des gardes nationaux. Dans la rue Saint-Honoré, un jeune enfant que soulevait sa mère s'incline devant Marie-Antoinette, et, de ses petites mains, lui envoie un baiser. La reine rougit d'émotion et ses yeux se remplissent de larmes.
Le cheval marche au pas, la charrette avance lentement ; on avait dit : "Il faut que la reine boive longtemps la mort..." Maintenant le funèbre cortège avance au milieu des clameurs insultantes, des injures et des huées de la multitude. La reine promène un regard indifférent sur ce peuple qui, tant de fois avait applaudi à sa beauté et à sa grâce et qui, aujourd'hui, applaudissait à son supplice avec le même empressement. elle n'a pas encore parlé au prêtre : de temps à autre, seulement, elle lui indique d'un mouvement qu'elle souffre des noeuds de corde qui la serrent, et Girard, pour la soulager, appuie la main sur son bras gauche.
A midi, le funèbre convoi arrive sur la place de la Révolution ; la guillotine est dressée au pied de la statue de la Liberté. La veuve de Louis XVI descend pour mourir où est mort son mari ; elle gravit d'un pas ferme les degrés de l'échafaud, attache un instant les yeux sur les Tuileries, avec une douloureuse émotion, et devient plus pâle qu'elle n'avait été jusqu'alors ; puis, elle lève les yeux au ciel en priant, et, se tournant vers l'exécuteur, elle incline la tête et reçoit le coup fatal...
L'exécuteur montra la tête sanglante au peuple, comme il faisait toujours quand il avait immolé une victime illustre. La foule s'écoula silencieuse, en proie à un saisissement involontaire.

(1) Madame Royale, depuis duchesse d'Angoulême, morte en 1851. Louis-Charles, dauphin, mort au Temple, à Paris, le 8 juin 1795.
(2) Qui avait prêté serment au gouvernement actuel, à la Constitution.