Il n'est guère de château, de palais qui n'ait été une prison. Ces édifices le sont toujours pour les grands qui les habitent ; leur grandeur même est leur chaîne. L'hospitalité que leur possesseur donnait à ses hôtes était souvent une hospitalité forcée, comme celle que Charles-Quint offrit à François 1er, celle qu'Edouard III offrit au roi Jean. L'histoire d'Angleterre est féconde en faits de ce genre.Num_riser0001
L'un des moins connus et cependant des plus intéressants est la captivité de Jacques 1er, roi d'Ecosse, au château de Windsor. Ce magnifique palais n'avait pas alors cette splendeur gothique qui le met au rang des merveilles de l'Angleterre ; ça et là son enceinte était délabrée ; du haut de ses tourelle en poivrière, la vue s'étendait sur des terrains incultes et déserts, sur quelques pans de forêts.
Mais ce que ces côtés du vaste palais n'avaient pas encore gagné  en confortable et en élégance, ils le compensaient par leur aspect pittoresque. Cette tourelle accrochée à un mur en ruines était le haunt (séjour favori) du petit roi, son cabinet de travail ; et il y jouissait de toute la liberté que lui laissait la politique ombrageuse de Henri IV.
Fils de Robert III, il avait été envoyé à la cour de France, comme le fut plus tard une reine d'Ecosse, Marie Stuart ; il devait y apprendre des façons moins rudes que celles de ces compatriotes, les fiers mais grossiers Ecossais.
Il devait surtout y être à l'abri des trahisons et des intrigues et des violences de l'Angleterre. Ce voyage, qui devait lui assurer la liberté, la lui fit perdre : il fut pris sur un vaisseau qui le transportait en France ; il fut soumis à une captivité somptueuse, honorable, mais étroite, dans laquelle il lui était interdit de songer au trône de son père, qui mourut de chagrin.
Mais il avait reçu une éducation soignée : son père lui avait donné des maîtres qui avaient formé son esprit, et il avait pour eux négligé les exercices du corps : il avait puisé dans leurs leçons le goût et le talent pour la poésie ; elle fut sa consolatrice, et Jacques 1er, devenu plus tard, malgré la destinée, malgré l'hostilité de l'Angleterre, roi d'Ecosse, a conquis, grâce àa ses oeuvres, une place distinguée parmi les poètes anglais. Il avait dix-huit ans quand il fut capturé et enfermé au château de Windsor. Il resta prisonnier pendant dix-huit ans.

DUPLAIN - 1890