Ce n'est pas de l'empereur Frédérik qu'il s'agit, mais de Khair-ed-din (le Bien de la religion) qui fut avec Doria le plus grand homme de mer de son temps. Il était né, autant qu'on peut fixer la date de naissance d'un musulman, en 1465, dans l'île de Mételin (Lesbos), et avait pour père un ancien soldat rouméliote devenu potier. C'était alors le bon temps pour les écumeurs de mer, il se fit corsaire avec son frère aîné Aroudj, et se mit comme lui  écumer la Méditerranée. Ils établirent d'abord le centre de leurs opérations à Zerbi, petite île situé dans le golfe de Gabès sur la côte Est de la Tunisie, puis à Tunis même sous la protection immédiate du Bey, et en 1516 s'emparèrent d'Alger dont Aroudj fut le premier roi, et où ils fondèrent, en la plaçant sous la suzeraineté du Sultan de Constantinople, la célèbre régence dont un coup d'éventail décida la ruine au bout de 300 ans.Barberousse
Barberousse, devenu second roi d'Alger, était resté un pirate parvenu, connu par son audace, sa prudence et ses succès, lorsqu'en 1533 Soliman, cherchant un homme de mer pour le mettre à la tête de sa flotte, le manda à Constantinople. Il avait alors 68 ans, le poil roux, les sourcils épais, la structure carrée, l'embonpoint développé, l'air impitoyable et résolu d'un homme habitué à vaincre, et une sorte de rudesse farouche qui s'alliait à une élocution facile, à un sourire malicieux et fin. Soliman le nomma pacha, membre du divan, capitaine général de la flotte, avec le pouvoir absolu d'un commandant en chef de toutes les forces et établissements maritimes de l'empire ottoman. Le sultan avait eu la main heureuse. Sa marine prit un rapide développement sous l'ardent impulsion de Barberousse, et lorsqu'en 1537 il déclara la guerre à la République de Venise, avec laquelle la paix durait depuis 35 ans, Barberousse ravagea l'archipel et inonda de captifs les quais de Constantinople. L'année suivante il reprit la mer avec 140 navires, et remporta sur la flotte chrétienne, composée de 195 navires portant 60 000 hommes, et commmandée par Doria, la célèbre victoire de Prévésa, sur les lieux mêmes ou 1569 ans auparavant s'était livrée la bataille d'Actium.
Il était comme Antoine mouillé en arrière de l'étroit goulet qui ferme l'entrée du golfe d'Arta, mais au lieu d'en sortir comme Antoine pour aller attaquer la flotte chrétienne en dehors de la passe, il ne sortit pas. De son côté Doria hésitait à venir l'attaquer dans ses ancres en franchissant la passe, ni l'un ni l'autre ne voulait aller chercher l'ennemi. Après deux jours de tergiversations, Doria se décida à abandonner la place et mit sa flotte en mouvement pour descendre au Sud par le canal de Sainte-Maure vers le golfe de Lépante ; c'est alors que Barberousse sortit et se mit à sa poursuite. La flotte chrétienne se composait de galères et de naves (navires à voiles) ; celles-ci, demeurées en arrière, furent rejointes et attaquées, et il est triste de dire que Doria, au lieu de revenir sur elles avec ses galères, leur laissa tout l'honneur et tout le poids du combat : cinq furent capturées ; comme perte matérielle ce n'était rien, comme échec moral c'était immense : une flotte chrétienne supérieur en nombre avait fui devant Barberousse et le prestige de la marine ottomane était une fois de plus affirmé avec éclat. Le sultan enchanté augmenta de 100 000 aspres à percevoir sur les biens de la couronne la solde annuelle du vainqueur de Prévésa.

Article de 1893