Vous êtes-vous jamais demandé, jeunes collégiens qui trouvez parfois vos maîtres trop sévères, ce que peut être l'éducation d'un empereur ou d'un roi ? Si oui, vous vous êtes certainement représenté un écolier privilégié, empressé à profiter des faveurs et de l'indulgence qui ne peuvent manquer de lui être d'avance acquises.
Détrompez-vous. L'anecdote suivante, dont le héros n'est autre que l'empereur d'Allemagne actuel, (article d'Octobre 1906) vous prouvera qu'un futur souverain peut se montrer le plus scrupuleux des camarades et faire preuve d'une loyauté qu'on serait tenté de proposer en exemple à bien des écoliers.
Guillaume II avait alors quinze ans et faisait des études dans une école publique, au gymnase (collège) de Cassel. Affectant d'ignorer que leur élève serait un jour appelé à porter la couronne des Hohenzollern, ses professeurs le traitaient sans préférence marquée.
Un d'entre eux pourtant faisait exception : il n'était pas de flatteries et de prévenances dont il n'usât envers le prince héritier.
Un jour, à la veille d'une composition en version grecque, ce professeur crut se faire bien voir du prince en l'avertissant confidentiellement que la composition porterait sur tel chapitre de l'historien Xénophon. Le jeune prince, fort en retard pour le grec, aurait ainsi toutes les facilités de se familiariser avec les difficultés du texte.
Le trop zélé professeur, qui s'attendait à de chaleureux remerciements, fut quelque peu déçu lorsqu'il vit son élève accueillir avec une déconcertante froideur ce précieux avis.
Le lendemain matin, en entrant en classe, quel ne fut pas l'étonnement du maître en apercevant au tableau, inscrite à la craie en gros caractères, l'information toute confidentielle qu'il avait donnée au prince !
Honteux et confus, le professeur eut peine à se remettre de la dure leçon qui lui était infligée.
Le jeune Guillaume n'avait pas voulu profiter d'un avantage refusé à ses camarades pour remporter un succès trop facile. On devine quelles acclamations lui valut cette généreuse conduite.