Le roi Henri III passant un jour à la Croix-du-Trahoir, -aujourd'hui partie de la rue Saint-Honoré, près de la rue de l'Arbre-Sec,- aperçut un malfaiteur qu'on se disposait à pendre.
A la vue du roi, le condamné se mit à crier :
"Grâce, sire ! Grâce !"
Henri III s'approcha, interrogea le greffier sur les causes de la condamnation, le crime qu'avait commis cet homme ; puis, comme Sa Majesté ne détestait pas la plaisanterie, même dans les circonstances les plus tragiques, et avait un grand faible pour les "bonnes farces" :
"Eh bien, dit le roi, qu'on ne le pende pas avant qu'il ait dit son In manus. C'est tout ce que je puis faire pour lui."
L'In manus, c'était la prière de circonstance, la suprême oraison des condamnés à mort.
Le criminel avait entendu les paroles du roi, et quand le prêtre s'avança près de lui, et lui ordonna de réciter l'In manus :
"Jamais de la vie ! s'écria-t-il. Je m'en garderai bien, après ce que le roi vient de signifier... Vous n'avez donc pas compris ? Il a défendu de me pendre avant que j'aie dit l'In manus. Eh bien, je ne le dirai pas ! Pas si bête !"
On courut après le roi pour lui conter la chose et obtenir de lui contre-ordre. Mais, au contraire, le roi fit grâce à ce "bon entendeur" :
"Je pensais bien ajouta-t-il, qu'il n'aurait garde d'ordonner lui-même son exécution ! Pas si bête !"

Article de 1906