Les catholiques, commandés par le duc d'Anjou, assiégeaient La Rochelle, en 1576, près de la contrescarpe, un moulin nommé Labraude, dont Normand, capitaine, avait obtenu la propriété, sous condition de le garder. Il pensa d'abord à le fortifier ; mais, voyant qu'il ne réussira pas à le mettre en état de défense, il se contente d'y tenir, pendant le jour, quelques soldats qui se retirent le soir, et qui n'y laissent qu'une sentinelle. Strozzi, un des généraux catholiques, qui croit tirer avantage de ce moulin, profite d'un clair de lune pour l'attaquer, avec deux coulevrines et un détachement. Un soldat de l'île de Rhé, nommé Barbot, unique défenseur de ce mauvais poste, y tint ferme. Il tira, avec une célérité incroyable, plusieurs coups d'arquebuse sur les assaillants ; et en variant les inflexions de sa voix, il fait croire qu'il a un grand nombre de camarades. Le capitaine Normand l'encourage du haut d'un cavalier, et, lui parlant, comme s'il y avait une compagnie entière dans le moulin, il crie qu'on soutienne bravement l'attaque, et qu'on va envoyer du secours. Enfin Barbot, se voyant sur le point d'être forcé, demanda quartier pour lui et les siens ; on le lui accorda. Aussitôt, il met bas les armes, et montre toute la garnison dans sa personne.