Durant les terribles journées de juin 1848, alors qu'on se battait dans les rues de Paris et que la surexcitation des insurgés était à son comble, le représentant du peuple Jacques Bixio - le même qui allait, peu de temps après, faire avec Barral une des plus hautes ascensions aérostatiques, - arriva sur la place de la Bastille au moment où les gardes mobiles se disposaient à fusiller une cantinière.
Ceint de son écharpe de représentant, Bixio, qui était un excellent homme, s'interpose et demande quel est le crime commis par cette femme. 
"C'est une affiliée des insurgés, lui répondent les gardes mobiles, une misérable qui nous vend de l'eau-de-vie empoisonnée.
- Empoisonnée ?
- Parfaitement ! Nous en sommes sûrs !
- Mais alors..., inutile de la fusiller ! réplique Bixio. Inutile de gâcher votre poudre et de perdre vos balles. Que la coupable soit punie par où elle a péché, et subisse le sort qu'elle a fait subir aux autres. La peine du talion ! Faites-lui boire trois ou quatre petits verres de son eau-de-vie.
- Tiens, mais... c'est une idée !" s'exclama le sergent des gardes mobiles.
Se tournant alors vers la cantinière, qui était toute tremblante, et prenant sa plus grosse voix :
"Tu vas avaler quatre petits verres de ton poison ! lui dit Bixio. Allons, tout de suite !"
Et, lorsque la femme eut absorbé cette quadruple ration :
"Va-t-'en vite ! Sauve-toi ! lui dit Bixio en la saisissant par le bras et l'emmenant à l'écart. A peine auras-tu le temps d'arriver chez toi pour mourir dans ton lit !...
- Ah ! monsieur, je ne suis pas coupable ! vous me sauvez la vie !
- Part donc ! file vite ! "
Rentrée chez elle, la femme s'empressa d'enlever son uniforme et renonça pour toujours au métier de cantinière.