Histoire et Esotérisme

De l'histoire certe, mais on va essayer de sortir des sentiers "rebattus" et de l'Esotérisme.

13 novembre 2009

L'affaire Calas

Un jour, le fils du protestant Calas, de Toulouse, fut trouvé pendu. Aussitôt la rumeur publique accusa le père d'avoir assassiné son propre fils parce qu'il voulait se faire catholique. Calas fut condamné, sans preuves, au supplice de la roue et exécuté (1762). Voltaire qui voyait là l'odieux résultat de l'intolérance religieuse entreprit de faire éclater l'innocence de Calas et, après bien des démarches, il obtint sa réhabilitation en 1768.

Ferney, le 27 mars 1762.

marcantoinecalasMonsieur le Comte d'Argental(1)

Vous me demanderez peut-être pourquoi je m'intéresse si fort à ce Calas qu'on a roué ; c'est que je suis homme, c'est que je vois tous les étrangers indignés, c'est que tous vos officiers suisses(2) protestants disent qu'ils ne combattront pas de grand coeur pour une nation qui fait rouer leurs frères sans aucune preuve.
Je me suis trompé sur le nombre des juges, dans ma lettre à M. de La Marche(3). Ils étaient treize, cinq ont constamment déclaré Calas innocent. S'il y avait eu une voix de plus en sa faveur, il était absous. A quoi tient donc la vie des hommes ? A quoi tiennent les plus horribles supplices ? Quoi ! parce qu'il ne s'est pas trouvé un sixième juge raisonnable, on aura fait rouer un père de famille ! On l'aura accusé d'avoir pendu son propre fils, tandis que ces quatre autres enfants crient qu'il était le meilleur des pères ! Le témoignage de la conscience de cet infortuné ne prévaut-il pas sur l'illusion de huit juges, animés par une confrérie de Pénitents blancs qui a soulevé les esprits de Toulouse contre un calviniste ? Ce pauvre homme criait sur la roue qu'il était innocent ; il pardonnait à ses juges, il pleurait son fils auquel on prétendait qu'il avait donné la mort. Un dominicain, qui l'assistait d'office sur l'échafaud, dit qu'il voudrait mourir aussi saintement qu'il est mort. Il ne m'appartient pas de condamner le Parlement de Toulouse ; mais enfin il n'y a eu aucun témoin oculaire ; le fanatisme du peuple a pu passer jusqu'à des juges prévenus. Plusieurs d'entre eux étaient Pénitents blancs ; ils peuvent s'être trompés. N'est-il pas de la justice du roi et de sa prudence de se faire au moins représenter les motifs de l'arrêt ? Cette seule démarche consolerait tous les protestants de l'Europe, et apaiserait leurs clameurs. Avons-nous besoin de nous rendre odieux ? Ne pourriez-vous pas engager M. le comte de Choiseul à s'informer de cette horrible aventure qui déshonore la nature humaine, soit que Calas soit coupable, soit qu'il soit innocent ? Il y a certainement, d'un côté ou de l'autre, un fanatisme horrible, et il est utile d'approfondir la vérité...

VOLTAIRE

(1) Un grand ami de Voltaire
(2) Au XVIIIe siècle de nombreux Suisses servaient encore dans l'armée royale
(3) Ancien président du parlement de Dijon

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12 août 2009

L'assassinat de Louis d'Orléans

Num_riser0014Au mois de novembre 1407, nombre de bourgeois de Paris étaient inquiets. Une ardente rivalité opposait en effet, dans la capitale, les deux plus grands princes du royaume : le jeune, beau, séduisant et fastueux Louis de France, frère du roi et duc d'Orléans, et le petit, lourd, laid, jaloux et sans scrupules Jean sans Peur, duc de Bourgogne.
Depuis plusieurs années, c'était, en fait, Louis d'Orléans qui gouvernait la France au nom de son malheureux frère, Charles VI, devenu fou. La reine Isabeau de Bavière, petite brune aux grands yeux pleins de langueur, laissait tout régir par son beau-frère.
Furieux d'être tenu éloigné du pouvoir, Jean sans Peur, au masque de brute et à l'épais menton noyé dans la graisse, agitait le peuple, recrutait des partisans et semblait préparer une guerre civile. De son côté, son rival en faisait autant et fortifiait son hôtel.
- Dieu nous garde ! disaient les bourgeois timorés. D'ici peur, il y aura quelque nuit sanglante à Paris, les amis de Jean sans Peur ou de Louis d'Orléans égorgeront leurs ennemis.
- Pourvu qu'ils bornent là ce massacre ! murmuraient  en eux-mêmes les gens les plus craintifs, car la rivalité des deux princes paraissait ne pouvoir se terminer que par un drame.
Or, le 20 novembre, Paris apprit une surprenante nouvelle : le vieux duc de Berry s'était rendu auprès de Jean sans Peur et avait réussi à l'amener auprès du duc d'Orléans, alité depuis quelques jours.Num_riser0015
- Qu'est-il résulté de cette rencontre ? jeta-t-on avec impatience au premier homme qui en parla.
- Les deux princes se sont embrassés, puis ont communié et mangé ensemble.
- En ce cas, la paix est faite ! conclurent les neutres avec joie.
- Quel malheur ! s'exclamèrent bien des gens du peuple en colère. Notre bon Jean sans Peur a été englué par Louis d'Orléans !
Le duc de Bourgogne, était, en effet, l'idole des Parisiens, qu'il ne cessait de flatter, tandis que, par son orgueil et sa vanité, son rival s'était aliéné bien des sympathies.
Pour aller au palais du roi, Louis d'Orléans empruntait toujours la rue Vieille-du-Temple.
Or, depuis plusieurs moi, Jean sans Peur cherchait obstinément à louer une maison bordant ce passage. Trois jours avant sa réconciliatiion un peu théâtrale avec le duc d'Orléans, il y avait enfin réussi : un clerc de l'Université, qui lui était très dévoué, avait loué, en son propre nom, la maison de l'Image Notre-Dame, située juste en face de l'hôtel de Rieux. Ainsi le propriétaire de cet immeuble ignorait à quel véritable locataire il avait affaire. Lorsqu'il avait demandé au clerc ce qu'il voulait faire de toute une maison, celui-ci, d'un air tranquille, avait répondu :
- C'est pour mettre du blé et du vin, que les écoliers et les clercs reçoivent de chez eux et qu'ils ont, comme vous le savez, le privilège de vendre sans payer de taxes.
Num_riser0017- Ah ! bien, avait répliqué le propriétaire, d'un ton indifférent.
Or, ce n'étaient pas des tonneaux de vin, ni des sacs de blé, que Jean sans Peur avait fait entrer dans sa nouvelle maison, mais, de nuit, dix-sept spadassins, qui y demeuraient cachés. A leur tête, le duc de Bourgogne avait placé Raoul d'Auquetonville, ex-fonctionnaire des finances, que Louis d'Orléans avait chassé pour malversation. Ce Normand en voulait à mort à son ancien maître et avait juré de le tuer.
Le mercredi 23 novembre, selon son habitude, Louis d'Orléans se rendit chez Isabeau de Bavière. Il venait de souper chez elle, quand l'un des valets de chambre du roi se présenta et demanda à le voir.
- Sa Majesté voudrait vous parler, dit ce serviteur, dès qu'il fut en présence du prince.
- C'est bien, répliqua Louis d'Orléans sans méfiance, dites au roi que je viens tout de suite.
Et il prit congé de la reine. Il ignorait , en effet, que Charles VI ne lui avait fait donné aucun ordre : c'était Jean sans Peur qui avait acheté le valet pour attirer son rival dans un guet-apens.
- Partons-nous avec vous, Monseigneur ? demandèrent à Louis d'Orléans les chevaliers composant sa suite.
- Non, ce n'est pas nécessaire, fit le frère du roi d'un ton exempt de toute inquiétude. Il n'est que huit heures du soir. Les rues sont calmes en ce moment. Et puis, sans doute, je reviendrais bientôt ici.
Pour toute suite, Louis d'Orléans n'emmena donc que deux écuyers, montés sur le même cheval, un page et quelques valets portant des torches.
Ne redoutant nul attentat, le jeune prince laissa son escorte le dépasser. Fort gai, il s'engagea dans la rue Vieille-du-Temple, en chantonnant et en jouant d'une main avec son gant, tandis que de l'autre il tenait les rênes de sa monture. A l'une des fenêtres de l'hôtel de Rieux, une jeune femme, nommée Jacquette, qui couchait son bébé, regarda arriver le prince.
Soudain, plusieurs hommes masqués, demeurés dans l'ombre de la maison louée par Jean sans Peur, se précipitèrent vers Louis d'Orléans, immobilisèrent sa mule, puis frappèrent le prnce à coups d'épée et de hache. Or, le malheureux, vêtu d'une simple rove de damas noire et coiffé d'un chaperon, ne portait ni cotte de mailles, ni la moindre arme offensive.
- A mort ! A mort ! crièrent les assassins, s'excitant les uns les autres.
Stupéfait et ne comprenant pas qui l'attaquait, le frère du roi s'exclama :
- Je suis le duc d'Orléans !
- C'est toi que nous cherchons ! répliquèrent d'un ton haineux les meurtriers, dont le nombre croissait d'instant en instant, d'autres hommes masqués sortant à la hâte de la maison de l'Image Notre-Dame.
D'un coup de hache, un des "Bourguignons" trancha le poing du duc d'Orléans. Un autre arracha le prince de sa mule et le jeta à terre.Num_riser0021
- Au meurtre ! au secours ! s'écria Jacquette, la jeune mère habitant l'hôtel de Rieux, témoin de cet assassinat.
- Taisez-vous, mauvaise femme ! jeta aussitôt l'un des meurtriers, d'un ton menaçant.
L'égorgement de Louis d'Orléans se poursuivit. De son bras mutilé, le prince tenta de parer quelques coups. Son jeune page se jeta devant lui dans l'espoir de le protéger. Il fut aussitôt abattu. Finalement, d'un coup de hache, l'un des hommes d'armes de Jean sans Peur ouvrit le crâne du frère du roi, dont la "cervelle choit dessus la chaussée".
A ce moment, sortit de la maison de l'Image Notre-Dame un homme de haute taille, envelppé dans un long manteau et coiffé d'un chaperon rouge qui lui descendait jusqu'aux yeux. A la lueur des torches, il jeta un coup d'oeil sur l'assassiné, puis ordonna :
- Eteignez tou ! Allons-nous en. Il est bien mort.
Alors se soulevant dans un dernier effort, le page gémit :
- Ah ! Monseigneur mon maître.
Puis il expira.
Tranquillement, les assassins s'en allèrent.

Le lendemain, Jean sans Peur osa jeter de l'eau bénite sur qu'il avait fait égorger, puis, avec une fausse indignation, il déclara :
- Jamais plus traître meurtre n'a été commis.
Peu de jours plus tard, il fut plus franc. S'adressant à son vieil oncle de Berry, il lui avoua d'un air farouche :
- C'est moi qui ai fait le coup ! Le diable m'a tenté.
Ce meurtre déchaîna l'horrible guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons, qui allait désoler la France durant vingt-huit ans. Quant à Jean sans Peur, sa félonie se retourna contre lui ; douze ans plus tard, il fut à son tour, assassiné.

LOUIS SAUREL

07 avril 2009

Assassinat de Kléber le 14 juin 1800

Soleyman-el-AlepiSoleyman-el-Alepi, expédié de Gaza par l'aga des janissaires de l'armée ottomane, après avoir traversé le désert, arrive au Caire, et se loge à la grande mosquée Eléazar. Il en sortait tous les jours pour épier le moment de commettre le crime dont il s'était chargé. Le quarante-deuxièmequarante-deuxième jour après son départ de Gaza, au moment où le général Kléber se promenait avec M. Protain, architecte, sur la terrasse du jardin du quartier général, Soleyman le perça de quatre coups de poignard.
M. Protain, voulant défendre le général, fut lui-même percé de six coups de poignard. Le premier coup reçu par le général Kléber était mortel : il fut renversé. Au moment où il fut frappé, il donnait des ordres pour la réparation du quartier général et du jardin : il n'avait avec lui aucun aide de camp. On le trouva expirant.
L'assassin fut découvert dans un tas de décombres, et amené au quartier général. Il avoua qu'il avait été sollicité de commettre ce crime par l'aga des janissaires de l'armée ottomane.
Il avait confié son secret à quatre petits cheiks de la loi, qui avaient voulu le détourner de son projet, mais qui, ne l'ayant pas dénoncé, furent arrêtés d'après les dépositions de l'assassin et furent condamnés à mort et exécutés avec lui. Soleyman fut empalé après avoir eu la main droite brûlée ; trois des cheiks furent décapités et leurs corps brûlés ; le quatrième fut condamné par contumace. Kléber était né à Strasbourg en 1750 ; il avait d'abord exercé l'architecture. C'était un des plus beaux hommes de l'armée.

MEMOR

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12 octobre 2008

Le jugement de Ravaillac

Jean-François Ravaillac, naquit en 1578 dans la cité d'Angoulême. Sa jeunesse se passa entre son pèreNum_riser0001 ivrogne - qui perdit bientôt sa place de greffier près du maire, pour ne vivre que de mendicités - et sa mère, née Dubreuil de Fontreau, pieuse femme qui confia l'éducation de son fils à ses oncles maternels, messires Nicolas et Jean Dubreuil, chanoines de la cathédrale.
François Ravaillac passa une partie de son adolescence auprès des religieux qui lui inculquèrent la haine du roi de Navarre, cet hérétique, ce Huguenot dont les scandales emplissaient les conversations. La croyance du jeune homme se transforma en folie mystique et fit de ce maître d'école un visionnaire. Il se crut délégué par Dieu pour purger le pays de son tyran de roi.
Après être venu trois fois à Paris, en faisant à pied le voyage d'Angoulême et avoir chaque fois hésité à accomplir son acte, il mit enfin son projet à exécution le vendredi 14 mai 1610. Le couteau, qu'il avait trouvé sur une table d'auberge, bien affûté à une pierre et fraîchement emmanché, était contre sa cuisse.
Le carrosse décapoté du roi quitta le Louvre et prit la rue Saint-Honoré. Ravaillac suivit l'équipage en courant. On peut s'étonner aujourd'hui du peu de protection qu'apportait la police du temps à son souverain, lors de ses déplacements. On peut s'étonner également que les laquais n'aient pas, ainsi que le duc d'Epernon qui accompagnait Henri IV et ce dernier lui-même, prêté attention à cet homme à la barbe fauve, suspect dans sa mise négligée comme dans son comportement.
Rue de la Ferronnerie, tout contre la muraille du Charnier Saint-Innocent, une charrette chargée de foin et le baquet d'un porteur de vin accrochés accidentellement, barraient le chemin. Les valets du roi s'éparpillèrent pour dégager le passage, laissant le carrosse et son royal occupant. Cet accident avait permis à Ravaillac de rejoindre l'attelage. Sous sa longue pèlerine, sa main serrée maintenant sur l'arme ne tremblait point. D'un bond, il fut sur le roi et lui plongea par deux fois son poignard dans la poitrine. Henri IV dit : "Ce n'est rien" et mourut.
Une telle confusion suivit ce geste, que le meurtrier aurait pu fuir sans que personne ne l'inquiétât. Il n'en fit rien et resta là, voulant accomplir sa mission jusqu'au bout.
Le roi des Braves, le Grand, le Vert-Galant, avait 57 ans.
Ravaillac, le régicide, 32 ans.

************

Num_riser0002Ravaillac, après son arrestation et sa mise au cachot en l'Hôtel de Retz, ne témoigna aucun regret. Il était très calme, ironique même, répondant sans trouble au président Jeannin, à MM. de Loménie et de Bullion venus pour l'interroger. La justice voulait savoir qui avait armé le bras et quels étaient les noms des complices. Ravaillac, ayant agi seul, ne put que dire la vérité, mais cette vérité ne satisfaisait personne. On le menaça, on l'adjura, on le pria, au nom de Dieu, de la loi, de sa mère. Il connut des dizaines d'interrogatoires, officiels ou non ; des juges, des conseillers, des présidents, des archevêques, des moines, des docteurs en Sorbonne, se relayèrent. M. de BellingrevilleBellingreville mit chacun des pouces du meurtrier dans une carabine, après avoir au préalable enlevé les silex et serra les écrous. Que pouvait avouer le misérable ? Malgré la douleur il nia toute complicité ainsi que tout ordre venu de quiconque autre que Dieu.
La Grand'ChambreGrand'Chambre rédigea le 27 mai, le jugement suivant :
"Vu le procès criminel fait par les présidents et conseillers à ce commis à l'encontre de François Ravaillac, praticien de la ville d'Angoulême, a déclaré et déclare ledit Ravaillac, dûment atteint et convaincu du crime de lèse-majesté divine et humaine au premier chef, pour le très méchant, très abominable et très détestable parricide commis en la personne du feu Roy Henri IVe, de très bonne et très louable mémoire. Pour répartion duquel l'a condamné et condamne faire amende honorable devant la principale porte de l'Eglise de Paries, où il sera mené et conduit dans un tombereau ; là, nu, en chemise, tenant une torche ardente du poids de deux livres, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a commis ledit très méchant, très abominable et très détestable parricide, et tué ledit seigneur Roy, de deux coups de couteau dans le corps, dont se repend, demande pardon à Dieu, au Roy et à Justice ; de là conduit à la place de Grève; et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main dextre y tenant le couteau duquel à commis ledit parricide, ars et brûlé à feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante ; de la poix de résine brûlante, de la cire et soufre fondus ensemble. Ce fait, son corps tiré et démembré à quatre chevaux, ses membres et son corps consommés au feu, réduits en cendres, jetés au vent. A déclaré et déclare tous et chacuns ses biens acquis et confisqués au Roy. Ordonné que la maison où il a été nay sera démolie, celui à qui elle appartient préalablement indemnisé, sans que sur le fond puisse à l'avenir être fait autre bâtiment. Et que dans quinzaine après publication du présent arrêt à son de trompe et cri public en la ville d'Angoulême, son père et sa mère videront le royaume avec défense d'y revenir à jamais, à peine d'être pendus et étranglés sans autre forme ni figure de procès. A fait et fait défenses à ses frères, soeurs, oncles, et autres de porter ci-après le nom de Ravaillac, leur enjoint le changer en autre sous les mêmes peines. Et avant l'exécution dudit Ravaillac, ordonne qu'il sera appliqué à la question pour la révélation de ses complices."
Le régicide fut donc soumis à la question. Ses jambes furent emprisonnées et fortement serrées ; entre les chevilles et les genoux, on enfonça un gros maillet, d'abord un premier coin. "Je suis un pêcheur et ne sais autre chose", gémit-il, au second. En implorant Dieu, Ravaillac s'évanouit au troisième. Ayant repris ses sens, on le questionna de nouveau, sans résultat.Num_riser0003
On le conduisit alors à la Sainte-Chapelle, on le lia à un pilier et MM. Gamache et de Filsac, docteurs en Sorbonne, lui demandèrent, pour son salut éternel, de dire enfin la vérité.
Il fut emmené ensuite au supplice, dans un tombereau et les archers eurent bien du mal à empêcher la foule hurlante de l'étriper. La charrette s'arrêta devant Notre-Dame et sur le porche, torche en main, Ravaillac fit amende honorable alors qu'on lui rappelait le supplice qui lui était réservé.
La place de l'Hôtel de Ville s'appela jusqu'en 1830, place de Grève. On y pendait les condamnés à mort, bourgeois et gens du peuple. Les gentilhommes étaient décapités. Qui était accusé de sorcellerie était brûlé vif, l'assassin était roué  et, pour le crime de lèse-majesté, la peine était l'écartèlement.
Tout Paris était là. Alors qu'on lui enlevait la chemise, Ravaillac demanda qu'on priât Dieu pour lui. Des injures lui répondirent, crachées par les bouches haineuses des milliers de spectateurs.
Serrant l'arme du crime, sa main droite fut brûlée vive. Le bourreau, avec les tenailles rougies, déchira les chairs du supplicié sur lesquelles les aides firent couler le plomb fondu, l'huile bouillante et la poix brûlante.
- Jésus, Maria, soupira le malheureux aux question qui lui étaient encore posées.
Le corps solidement fixé, on accrocha quatre chevaux à ses membres. Pendant une demi-heure les bêtes tirèrent, faisant rompre les côtes l'une après l'autre, sans parvenir cependant à enlever la vie à cet être exceptionnellement résistant. On dut remplacer un cheval harassé par l'effort prolongé. Alors une cuisse se détacha du tronc, et Ravaillac mourut enfin.
On finit de le démembrer à la hache et les quartiers furent jetés au feu devant la foule délirante, excitée jusqu'au sadisme, qui s'acharna sur ces restes.

Justice était faite !       A. MILLETRE

29 mars 2008

La mort du général Charette

François-Athanase Charette de la Contrie, chef vendéen, se mit à la tête des paysans du Poitou soulevés contre la Convention. Il prit part au siège de Nantes et de Luçon. Son plus beau fait d'armes est la prise du camp républicain de Saint-Christophe, en 1794 ; mais, en 1796, le général Hoche détruisit entièrement sa petite armée.
"Le glorieux vaincu arrivait à Nantes le 27 mars. Conduit devant le général Duthil, il fut lâchement injurié par cet officier, indigne de porter l'épaulette. Charette se borna à lui répondre : "Monsieur, si je vous avais pris, je vous aurais fait fusiller sur l'heure ; mais je ne vous aurais point outragé et je ne vous aurais pas donné en spectacle à la foule. Au reste, il y a des sentiments que vous ne pouvez pas comprendre."
L'ancien général en chef des armées catholiques et royales de la Vendée parcourut, sous une nombreuse escorte, la rue Saint-Jacques, la place de la Comédie, la rue Crébillon, la place de l'Egalité, la rue Casserie, en présence d'un peuple immense, et fut enfin écroué.
"Le prisonnier, dit une relation du temps, le bras en écharpe, avec ses habits tout sanglants et déchirés par les balles, semblait écraser encore de sa grandeur tous les généraux républicains, aux uniformes brodés d'or, dont la joie insultait sa position."
"Le surlendemain, Charette comparut devant une commission militaire. Ses réponses furent brèves et hautaines. Pendant que ses juges délibéraient, un officier républicain lui demanda pourquoi il ne s'était point suicidé. "Parce que c'eût été une lâcheté, répliqua simplement Charette, et que, d'ailleurs, mes convictions religieuses me le défendaient."
"Il entendit froidement la sentence qui le condamnait à mort et demanda l'assistance d'un prêtre. Sur son refus d'accueillir un ecclésiastique assermenté, on lui promit de lui amener le prêtre qu'il indiquerait ; mais il pensa qu'il compromettait un coreligionnaire, et il consentit à se confesser à un vicaire assermenté, nommé Guibert.
"Il descendit enfin l'escalier du Bouffay, calme et résolu. A sa vue, la foule avait fait silence. "Il regardait tout le monde sans insolence et sans bassesse", écrivait un aide de camp de Hédouville.
"Il était vêtu d'un habit-veste gris, dont le collet était bordé d'un étroit galon d'or dentelé, d'un culotte de même couleur, et chaussé de longues bottes en cuir souple. Il portait, comme ceinture, une écharpe blanche fleurdelisée. Sur sa poitrine, le Sacré-Coeur. Sa tête était entourée, à cause de sa blessure, d'un foulard de soie blanche.
"Arrivé sur la place Viarmes, le cortège s'arrêta. Une compagnie de grenadiers attendait, l'arme au pied, la victime.
"Charette s'avança d'un pas ferme, détacha, de l'écharpe qui la soutenait, sa main mutilée, et, repoussant le bandeau que lui présentait un sous-officier, il demanda et obtint l'autorisation de commander le feu.
"Quelques instants plus tard, le héros vendéen tombait sous les balles républicaines.
"Il avait trente-trois ans.
"Son corps fut jeté dans une carrière où l'on ensevelissait les soldats morts à l'hôpital.
"Quelques balles avaient perforé une porte pratiquée dans le mur auquel était adossé Charette. Cette porte fut enlevée la nuit suivante et pieusement conservée par des parents du général."
(Extrait du Gaulois)
Ajoutons un fait se rapportant à un homme qui a combattu avec Charette et pour la même cause :
Le souvenir de Jacques Cathelineau, devenu généralissime de l'armée vendéenne, est resté vivant parmi les populations poitevines.
Le fils d'un fermier des environs de la Châtaigneraie, dont le père, M. Suyrs, mort à cent sept ans, avait combattu sous les ordres du généralissime, contait cette anecdote qui explique le surnom du "saint d'Anjou" que les Chouans avaient décerné à Cathelineau.
Le soir de la prise de Cholet, les blancs avaient enfermé les nombreux républicains qu'ils avaient fait prisonniers dans les caves d'une auberge de la ville où Cathelineau s'était installé avec son état-major.
Les paysans avaient, durant la nuit, copieusement fêté leur succès ; exaltés par les libations, ils avaient résolu de massacrer les prisonniers.
Ils envahirent en masse la salle basse de l'auberge en criant : "A mort les Bleus"
Déjà les plus acharnés s'efforçaient d'enfoncer la porte de la cave quand Cathelineau, réveillé par le tumulte, incomplètement habillé, sans armes, se précipité au milieu d'eux, écartant les forcenés.
Il ouvrit lui-même la porte de la cave, et, se mettant en travers de l'escalier, s'écria :
- Vous me tuerez avec eux, alors !
Les paysans, domptés, s'écartèrent en grommelant. Cathelineau, par son courage, avait empêché un massacre.

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27 février 2008

Le 9 Thermidor - Mort de Robespierre - 27 juillet 1794

Le 9 thermidor, les tribunes de la Convention sont pleines dès cinq heures du matin. La séance commence à dix heures. Tallien, un poignard à la main, s'écrie : "J'ai vu hier la séance des Jacobins ; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwel, et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein, si la Convention n'avait pas le courage de le décréter d'accusation."
Robespierre veut parler. Quelle n'est pas sa surprise, quand lui qui, la veille, d'un seul signe faisait frissonner ses collègues et envoyait qui il voulait à l'échafaud, il entend l'Assemblée, hier encore son  esclave, crier : "A bas le tyran !"
Le voyez-vous qui se cramponne à la tribune, qui en monte, qui en descend, qui en remonte l'escalier, qui s'épouise en efforts, menaçant, criant, gesticulant, hurlant ; les vociférations de la Montagne et la sonnette du président couvrent sa voix qui s'éteint, sa langue s'épaissit, sa vue se trouble.
- Pour la dernière fois, crie-t-il, écumant de rage, président d'assassins, je te demande la parole !
Garnier, le regardant en face, lui dit :Num_riser0036
- Tu ne peux plus parler, le sang de Danton t'étouffe !
Robespierre lui répond :
- C'est don Danton que vous voulez venger ?
Puis il se tourne du côté des bancs de la droite :
- C'est à vous, dit-il, c'est à vous, hommes purs, que je m'adresse, et non pas aux brigands !
-N'avance pas, crie Féraud, nes sais-tu pas que c'est ici que Vergniaud et Condorcet étaient assis ?
La plaine, d'abord indécise par terreur, s'enhardit par degrés.
- Le décret d'arrestation contre Robespierre, dit une voix.
Et sur tous les bancs, au milieu d'un épouvantable tumulte, retentit le cri : "Aux voix ! aux voix !" On décrète l'arrestation de Robespierre, de son frère, de Couthon, de Saint-Just, de Lebas. Puis la séance est suspendue pour deux heures, à cinq heures du soir. Elle est reprise à sept.
Pendant l'interruption, la Commune s'est soulevée. Elle a délivré Robespierre et ses quatre collègues, qui ont été conduits triomphalement à l'Hôtel-de-Ville et acclamés. Au moment où elle rentre en séance, la Convention se croit arrivée à sa dernière heure. Le vice-président du tribunal révolutionnaire fait pointer contre elle des pièces d'artillerie. Mais des députés ont le courage de se jeter au milieu des canonniers et de les empêcher de tirer.
A minuit, les sections des quartiers riches se mettent en marche contre l'Hôtel-de-Ville, le cernent, occupent la place aux cris de : "Vive la Convention !" et pénètrent victorieusement dans la salle des séances de la Commune. Robespierre se sent alors perdu. Voulant se tuer, il ne parvient qu'à se fracasser la mâchoire d'un coup de pistolet (1) ; son frère se jette par une fenêtre ; Lebas lui brûle la cervelle.
Pendant ce temps, les prisons sont au comble de la terreur. On s'y attend à une extermination générale. Quelle nuit pour les détenus que cette nuit du 9 au 10 thermidor, où tous, suspendus entre la vie et la mort, ils tressaillent au moindre bruit, en proie à d'indescriptibles angoisses ! Cette nuit, elle sera plus fatale encore à Robespierre. On le conduit à l'Hôtel-de-Ville aux Tuileries, dans la salle des séances du Comité de salut public. On l'y étend sur une table recouverte d'un tapis vert, que son sang tache, et on lui donne pour oreiller une vieille botte renfermant des échantillons de pain de munition moisi. il n'a pas de souliers, son habit bleu barbeau est souillé. Ses mains, qu'il met d'abord devant sa figure pour la cacher errent ensuite sur la table et trouvent, en tâtonnant, un sac de peau dont il se sert pour essuyer le sang qui coule de sa mâchoire fracassée.
Le dictateur, vaincu, reste là pendant plusieurs heures, exposé à tous les outrages des ses flatteurs de la veille, qui viennent lui cracher au visage, le frapper, l'accabler d'invectives et quolibets. Qui serait tenté de le plaindre se rappelle le sang des femmes versé par lui, ce sang qui a une vertu effrayante d'expiation et de représailles. On se souvient de Marie-Antoinette, de Mme Elisabeth, de Mme Roland, de Lucile Desmoulins, et cette ouvrière de seize ans, cette pauvre petite Nicole, dont le seul crime était d'avoir porté à manger à une prisonnière, et qui, s'ajustant elle-même sur la planche de la guillotine, dit au bourreau de sa voix d'enfant : "Monsieur, suis-je bien comme ça ?"
Le matin du 10 thermidor, Robespierre est conduit à la Conciergerie où on l'enferme dans un cachot. Dans la journée, on l'amèen pour la forme au tribunal où il est condamné à mort en même temps que vingt de ses partisans. Entre quatre et cinq heures du soir, les vingt et un condamnés montent sur la charette et partent pour la place où Louis XVI et tant de leurs victimes avaient été guillotinés. Partout, pendant le trajet, le peuple force les chevaux à n'aller qu'au petit pas. On veut regarder plus à l'aise, plus longtemps Robespierre. Pas un regard qui ne le foudroie, pas une bouche qui ne l'invective, pas un poing qui ne se lève pour le menacer. Les langues si longtemps enchaînées se délient. On se dédommage avec frénésie de vingt mois de silence et de terreur. La joie tient du délire. Robespierre, les yeux presque fermés, les traits décomposés par la souffrance, livide comme un cadavre, n'inspire pourtant de compassion à aucun spectateur.
Quand il arrive rue Royale, une femme se cramponne à la charrette et crie : "Monstre vomi par les enfers, ton supplice m'ennivre de joie. Va, scélérat, descends au tombeau avec les malédictions de toutes les épouses et de toutes les mères de famille."
Les voitures arrivent place de la Révolution. Robespierre, des vingt et un condamnés, montera le dernier sur l'échafaud. Posé à terre, il attend son tour.
Arrivé à la guillotine, le bourreau, arrachant les linges qui bandaient la plaie de sa mâchoire, livra pendant quelques instants son visage sanglant et livide aux regards de la foule, et, quand sa tête tomba sous le couperet, un tonnerre d'applaudissements éclata. C'était la fin de la Terreur.
Robespierre n'avait eu qu'une politique : faire peur, toujours plus peur, afin de vivre ;  il avait tellement identifié la Terreur avec sa personne que, lui abattu, la Terreur s'évanouit d'elle-même.

(1) Quelques historiens prétendent que ce fut un gendarme nommé Méda qui lui tira un coup de pistolet.

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21 février 2008

Meurtre de Jean Sans Peur

Lorsque le duc de Bourgogne fit assassiner le duc d'Orléans pour se débarrasser d'un adversaire gênant, il ne se doutait pas qu'un jour on lui appliquerait cette maxime - peu chrétienne- mais qu'on mettait volontiers en pratique dans ces temps barbares : comme il t'a fait, fais-lui.
Livré à des conseils pernicieux, le Dauphin Charles, qui fut depuis Charles VII, se laissa entraîner à un crime qui pèsera toujours sur sa mémoire. Sous prétexte de se réconcilier avec le duc de Bourgogne et de s'unir à lui pour combattre l'ennemi commun, le Dauphin lui demanda une entrevue qui devait avoir lieu sur le pont même de Montereau-faut-Yonne, petite ville aujourd'hui du département de Seine-et-Marne, et qui, en 1814, devint le théâtre d'une des plus belles victoires remportées par Napoléon dans son admirable campagne de Champagne.
Dans la maison du duc, beaucoup de ses serviteurs les plus dévoués étaient opposés à cette entrevue, mais le duc passa outre. Il partit de Bray le 10 septembre 1419 et arriva à Montereau vers deux heures. Tanneguy-Duchâtel, favori du dauphin, vint l'y trouver. "Eh bien ! lui dit le duc, sur votre assurance, nous venons voir monseigneur le dauphin. - Mon très redouté seigneur, lui répondit Tanneguy, n'ayez nulle crainte ; mon seigneur est bien content de vous et veut désormais se gouverner d'après vos conseils."
Il fut convenu que le dauphin et le duc entreraient chacun de son côté sur le pont de Montereau. Alors un valet de chambre accourut tout effaré en criant : "Monseigneur, n'y allez pas ; vous serez trahi !" Le duc se retourna vers Tanneguy : "Nous nous fions à votre parole ; par le saint nom de Dieu, êtes-vous bien sûr de ce que vous nous avez dit ? car vous feriez mal de nous trahir. - Mon très redouté seigneur, répondit Tanneguy, j'aimerais mieux être mort que de faire trahison à vous et à nul autre ; je vous certifie que Monseigneur ne vous veut aucun mal."
Oh ! comme c'est mal de faire de semblables mensonges, et qu'ils sont coupables les hommes qui font ainsi de faux serments !
- Eh bien ! nous irons donc, nous fiant à Dieu et à vous, reprit le duc rassuré.
Et il se mit en marche.
Arrivé devant le prince, le duc Jean ôta son bonnet de velours et mit un genou à terre : "Monseigneur, lui dit-il, après Dieu, mon devoir est de vous obéir et servir ; j'offre d'y mettre et employer mon corps, mes amis, alliés et bienveillants. Dis-je bien ? ajouta-t-il en regardant le dauphin. - Beau cousin, lui répondit le prince,, vous dites si bien qu'on ne pourrait mieux ; levez-vous et vous couvrez."
Alors la discussion s'engagea : le dauphin se plaignit au duc de ses retards à venir le trouver, il reprocha au du son inertie contre les Anglais et ses alliances avec les fauteurs de la guerre civile. L'entretien devint bientôt aigre et blessant et le duc se montra inquiet et surpris. "Monseigneur, répliqua le duc, je n'ai fait que ce que je devais faire. - Si, vous avez manqué, dit Charles. - Non, répliqua le duc.Num_riser0031
A ces mots, les assistants s'irritent, Tanneguy-Duchâtel dit au duc que le jour était venu d'expier le meurtre du duc d'Orléans qu'aucun d'eux n'avait oublié, et il leva sa hache d'armes sur le duc, et ces cris retentirent : "Alarme ! tue ! tue !" Tanneguy avait frappé et abattu le duc ; plusieurs autres le percèrent de leur épée. Il expira. Le Dauphin, épouvanté, s'était éloigné de la scène et était rentré en ville.
Les partisans du dauphin voulurent jeter le corps du duc Jean dans la rivière après l'avoir dépouillé. Le curé de Montereau s'y opposa et le fit porter dans un moulin, près du pont. Il fut mis en la bière, des pauvres, vêtu seulement de son pourpoint et de ses chausses, et on l'enterra ensuite dans l'église de Notre-Dame de Montereau sans linceul et sans poêle sur sa fosse.
Quelle que soit leur position, les méchants, en mourant, n'emportent avec eux aucun regret ; on ne pleure que les gens bons et vertueux.
Par ce meurtre, accompli au mépris de la foi jurée, le duc d'Orléans était vengé ; mais les Bourguignons se jetèrent dans les bras des Anglais, et Philippe, fils de Jean sans Peur, signa le honteux traité de Troyes qui donna à Henri V, roi d'Angleterre, le titre d'héritier présomptif de la couronne de France.

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20 février 2008

Assassinat du Duc d'Orléans

Quand donc la concorde règnera-t-elle sur la terre ? Quand donc les hommes se contenteront-ils de jouir des beautés répandues dans la création, des charmes de l'amitié, des plaisirs de l'esprit, et ne se laisseront-ils plus aller à ces mauvaises passions qui troublent le coeur et rendent malheureux : l'ambition, la cupidité et la haine ! Chacun porte en soi le germe du bonheur, et, c'est notre faute si nous ne l'y trouvons pas. Heureux les pacifiques ! Cela dit, abordons notre sujet.
La France fut déchirée par la faction des Armagnacs de 1413 à 1435. On appelle les Armagnacs les partisans du duc de Louis d'Orléans, parce que ce prince avait épousé la fille de Bernard VII, comte d'Armagnac, pays de France compris dans le duché de Gascogne, et que Bernard prit avec ardeur le parti de son gendre et devint bientôt l'âme de la faction.
Jeans sans Peur, duc de Bourgogne, fils de Philippe le hardi et petit-fils de Jean le Bon, hérita de la haine qu'avait son père contre la maison d'Orléans, qui disputait à celle de Bourgogne le gouvernement de la France pendant la démence de Charles VI ; il fut la tête de faction des Bourguignons.
Pauvre France ! que n'eut-elle pas à souffrir durant ces longues et sanglantes querelles causées par l'ambition de ceux qui se disputaient le pouvoir. Que d'atrocités furent commises de part et d'autre !
Lorsque la rivalité du duc d'Orléans et de Jean sans Peur allait dégénérer en guerre civile, au milieu même de Paris, le vieux duc de Berry s'interposa ; il amena le duc de Bourgogne auprès du duc d'Orléans, malade, les fit embrasser, les fit manger ensemble et les réconcilia - en apparence - car la réconciliation avait lieu le 22 novembre 1407, et, le 23, Louis d'Orléans mourait assassiné par son rival.
Il y avait plus de quatre mois que Jean sans Peur méditait ce meurtre. Il avait acheté une maison où il cacha dix-sept spadassins.
Cette maison, située Vieille-Rue-du-Temple, près de la porte Barbette, à l'enseigne de Notre-Dame, était sur le chemin que suivait tous les soirs le duc d'Orléans en revenant à son hôtel.
Le mercredi 23 novembre, à huit heures du soir, par une nuit fort sombre, le duc d'Orléans sortit de l'hôtel Montaigu, monté sur une mule, et n'ayant avec lui que deux écuyers sur un même cheval et quatre ou cinq valets de pied portant des torches.
Quoiqu'il ne fut pas tard, toutes les boutiques étaient déjà fermées. Le duc se tenait en arrière de ses gens, chantant à demi-voix et jouant avec son gant, lorsque les spadassins, ayant à leur tête Raoul d'Octonville, gentilhomme normand, s'élancèrent sur lui en criant : -"A mort ! à mort !"- Il s'écria : "Je suis le duc d'Orléans !" - "C'est ce que nous demandons", répondirent-ils en le frappant. Et ils le jetèrent à bas de sa mule et frappèrent sur lui à grands coups de hache et d'épée.
Jacob de Muce, un de ses pages, voulut en vain le couvrir de son corps ; il fut tué sur lui. Un autre, blessé grièvement, n'eut que le temps de se réfugier dans une boutique voisine. Une femme, s'étant mis sa sa fenêtre, cria : "Au meurtre ! au meurtre ! - Taisez-vous, mauvaise femme," lui cria de la rue un des assassins. D'autres tiraient des flèches sur les fenêtres où l'on voulait regarder.
Alors un grand homme, vêtu d'un chaperon rouge qui lui descendait sur les yeux et portant un falot, vint s'assurer que le duc était bien mort ; il dit aux autres : "Eteignez tout et allons-nous-en." Ils mirent alors le feu à la maison qu'ils avaient occupée pour qu'on ne pût les poursuivre.
Le lendemain, Jean sans Peur, alla, comme tous les princes, visiter le mort et lui jeter de l'eau bénite à l'église des Blancs-Manteaux : "Jamais, dit-il à la vue du cadavre, jamais plus traître meurtre n'a été commis en ce royaume. Il pleura aux funérailles, l'hypocrite, et tint un des coins du drap mortuaire.
Quelques jours après, cependant, il perdit de sa ferme constance, lorsque le prévôt de Paris déclara au conseil qu'il se faisait fort de trouver les coupables, si on voulait lui laisser fouiller les hôtels des princes. Jean sans Peur se troubla, pâlit et, tirant à part le duc de Berry et le roi de Sicile : "C'est moi, leur dit-il, le diable m'a tenté." Le lendemain, il s'empressa de se rendre dans ses possessions de Flandre.
C'est après la mort du duc d'Orléans que son inconsolable épouse laissa échapper ce cri de désespoir que l'histoire à recueilli : "Plus ne m'est rien ! Rien ne m'est plus !"

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09 novembre 2007

La mort du duc d'Enghien (suite et fin)

INTERROGATOIRE DU CAPITAINE-RAPPORTEUR

Num_riser0072Le capitaine d'Autancourt, le chef d'escadron Jacquin de la légion d'élite, deux gendarmes à pied du même corps, Lerva, Tarcis, et le citoyen Noirot, le lieutenant au même corps, se rendent dans la chambre du duc d'Enghien ; ils le réveillent : il n'avait plus que quatre heures à attendre avant de retourner à son sommeil. Le capitaine-rapporteur, assisté de Molin, capitaine au 18e régiment, greffier choisi par ledit rapporteur, interroge le prince.
A lui demandé ses noms, prénoms, âge et lieu de naissance.
A répondu se nommer Louis-Antoine-Henri de Bourbon, duc d'Enghien, né le 2 août 1772 à Chantilly.
A lui demandé où il a résidé depuis sa sortie de France.
A  répondu qu'après avoir suivi ses parents, le corps de Condé s'étant formé, il avait fait toute la guerre, et qu'avant cela il avait fait la campagne de 1792 en Brabant, avec le corps de Bourbon.
A lui demandé s'il n'était point passé en Angleterre et si cette puissance lui accorde toujours un traitement.
A répondu n'y être jamais allé ; que l'Angleterre lui accorde toujours un traitement, et qu'il n'a que cela pour vivre.
A lui demandé quel grade il occupait dans l'armée de Condé.
A répondu : Commandant de l'avant-garde avant 1796, avant cette campagne comme volontaire au quartier général de son grand-père et toujours, depuis 1796, comme commandant de l'avant garde.
A lui demandé s'il connaissait le général Pichegru ; s'il a des relations avec lui.
A  répondu : "Je ne l'ai, je crois, jamais vu. Je n'ai point eu de relations avec lui. Je sais qu'il a désiré me voir. Je me loue de ne l'avoir point connu, d'après les vils moyens dont on dit qu'il a voulu se servir, s'ils sont vrais."
A lui demandé s'il connaît l'ex-général Dumouriez, et s'il a des relations avec lui.
A répondu : "Pas davantage."
De quoi a été dressé le présent, qui a été signé par le duc d'Enghien, le chef d'escadron Jacquin, le lieutenant Noirot, les deux gendarmes et le capitaine-rapporteur.
Avant de signer le présent procès-verbal, le duc d'Enghien a dit : "Je fais avec instance la demande d'avoir une audience particulière du premier consul. Mon nom, mon rang, ma façon de penser et l'horreur de ma situation me font espèrer qu'il ne se refusera pas à ma demande."
A deux heures du matin, 21 mars, le duc d'Enghien fut amené dans la salle où siégeait la commission et répéta ce qu'il avait dit dans l'interrogatoire du capitaine-rapporteur. Il persista dans sa déclaration : il ajouta qu'il était prêt à faire la guerre, et qu'il désirait avoir du service dans la nouvelle guerre, de l'Angleterre contre la France.
"Lui ayant été demandé s'il avait quelque chose à présenter dans ses moyens de défense, a répondu n'avoir rien à dire de plus.
"Le président fait retirer l'accusé ; le conseil délibérant à huis clos, le président recueille les voix, en commençant par le plus jeune en grade ; ensuite, ayant émis son opinion le dernier, l'unanimité des voix à déclaré le duc d'Enghien coupable, et lui a appliqué l'article... de la loi du... ainsi conçu... et en conséquence l'a condamné à la peine de mort.
Ordonne que le présent jugement sera exécuté de suite à la diligence du capitaine-rapporteur, après en avoir donné lecture au condamné, en présence des différents détachements des corps de la garnison. Fait, clos et jugé sans désemparer à Vincennes les jours, mois et an au-dessus et avons signé."
Nul ne peut mieux nous renseigner sur la fin de l'infortuné prince que M. de Rovigo ; écoutons-le :
"Après le prononcé de l'arrêt, je me retirai avec les officiers de mon corps qui, comme moi, avaient assisté aux débats, et j'allais rejoindre les troupes qui étaient sur l'esplanade du château. L'officier qui commandait l'infanterie de ma légion vint me dire, avec une émotion profonde,qu'on lui demandait un piquet pour exécuter la sentence de la commission militaire : "Donnez-le, répondis-je. - Mais où dois-je le placer ? - Là, ou vous ne pourres blesser personne." Car déjà les habitants de populeux environs de Paris étaient sur les routes pour se rendre aux divers marchés.
"Après avoir bien examiné les lieux, l'officier choisi le fossé comme l'endroit le plus sûr pour ne blesser personne. M. le du d'Enghien y fut conduit par l'escalier de la tour d'entrée du côté du parc et y entendit la sentence qui y fut exécutée.
"Entre la sentence et son exécution, on avait creusé une fosse. C'est ce qui a fait dire qu'on l'avait creusée avant le jugement."
Ainsi périt, le 21 mars 1804, à l'âge de 31 ans 7 mois et 19 jours, Louis-Antoine-Henri de Bourbon, duc d'Enghien, dernier rejeton de l'illustre famille de Condé.
Le jeune prince avait épousé secrètement, par le ministère d'un prêtre, la princesse de Rohan : en ces temps où la patrie était errante, un homme, en raison même de son élévation, était arrêté par mille entraves politiques ; pour jouir de ce que la société accorde à tous, il était obligé de se cacher. Ce mariage légitime, aujourd'hui connu, rehausse l'éclat d'une fin tragique ; il subsiste la gloire du ciel au pardon du ciel : la religion perpétue la pompe du malheur quand, après la catastrophe accomplie, la croix s'élève sur le lieu du désert.

TALLEYRAND

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08 novembre 2007

La mort du duc d'Enghien

Bonaparte s'était fait rendre compte du nombre des Bourbons en Europe. Dans un conseil où furent appelés MM. de Talleyrand et Fouché, on reconnut que le duc d'Angoulême était à Varsovie avec Louis XVIII, le comte d'Artois et le duc de Berry à Londres, avec les princes de Condé et de Bourbon. Le plus jeune des Condé était  à Ettenheim, dans le duché de Bade. Il se trouva que MM. Taylor et Drake, agents anglais, avaient noué des intrigues de ce côté. Le duc de Bourbon, le 16 juin 1803, mit en garde son petit-fils contre une arrestation possible par un billet à lui adressé de Londres que l'on conserva. Bonaparte appela auprès de lui les deux consuls ses collègues : il fit d'abord d'amers reproches à M. Réal de lui avoir laissé ignorer ce qu'on projetait contre lui ; il écouta patiemment les objections ; ce fut Cambacérès qui s'exprima avec le plus de vigueur. Bonaparte l'en remercia et passa outre. La bombe lancée ne revient pas, elle va où le génie l'envoie, et tombe. Pour exécuter les ordres de Bonaparte, il fallait violer le territoire de l'Allemagne, et le territoire fut immédiatement violé. Le duc d'Enghien fut arrêté à Ettenheim. On ne trouva auprès de lui, au lieu du général Dumouriez, que le marquis de Tumery et quelques autres émigrés de peu de renom : cela aurait dû avertir de la méprise. Le duc d'Enghien est conduit à Strasbourbg. Le commencement de la catastrophe de Vincennes a été raconté par le prince même ; il a laissé un petit journal de route d'Etteinheim à Strasbourg : le héros de la tragédie vient sur l'avant-scène prononcer le prologue.
"Le jeudi 15 mars, à Ettenheim, ma maison cernée, dit le prince, par un détachement de dragons et des piquet de gendarmerie, total deux cents hommes environ, deux généraux, le colonel des dragons, le colonel Charlot, de la gendarmerie de Strasbourg, à cinq heures (du matin). A cinq heures et demie, les portes enfoncées, emmené au Moulin, près la Tuilerie. Mes papiers enlevés cachetés. Conduit dans une charrette, entre deux haies de fusiliers, jusqu'au Rhin. Embarqué par Rhisnau. Débarqué et marché à pied jusqu'à Pforshein. Déjeuné à l'auberge. Monté en voiture avec le colonel Charlot, le maréchal des logis de la gendarmerie, un gendarme sur le siège et Grunstein. Arrivé à Strasbourg chez le colonel Charlot, vers cinq heures et demie. Transféré une demi-heure après dans un fiacre à la citadelle.

                 ......................................................................

"Dimanche 18, on vient m'enlever à une heure et demie du matin. On ne me laisse que le temps de m'habiller. J'embrasse mes malheureux compagnons, mes gens. Je pars seul avec deux officiers de gendarmerie entre deux gendarmes. Le colonel Charlot m'a annoncé que nous allons chez le général de division, qui a reçu des ordres de Paris. Au lieu de cela, je trouve une voiture avec six chevaux de poste sur la place de l'Eglise. Le lieutenant Pétermann y monte à côté de moi, le maréchal des logis Blitersdorff sur le siège, deux gendarmes en dedans, l'autre en dehors."
Ici le naufragé prêt à s'engloutir interrompt son journal de bord. Arrivée vers les quatre heures du soir à l'une des barrières de la capitale, où vient aboutir la route de Strasbourg, la voiture, au lieu d'entrer dans Paris, suivit le boulevard extérieur et s'arrêta au château de Vincennes. Le prince, descendu de la voiture dans la cour intérieure, est conduit dans une chambre de la forteresse ; on l'y enferme et il s'endort. A mesure que le prince approchait de Paris, Bonaparte affectait un calme qui n'était pas naturel. Le 18 mars, il partit pour la Malmaison ; c'était le dimanche des Rameaux. Mme Bonaparte, qui, comme sa famille, était instruite de l'arrestation du prince, lui parla de cette arrestation. Bonaparte lui répondit ; "Tu n'entends rien à la politique." Le colonel Savary était devenu un des habitués de Bonaparte. Pourquoi ? Parce qu'il avait vu le premier consul à Marengo. Les hommes à part doivent se défier de leurs larmes qui les mettent sous le joug des hommes vulgaires. Les larmes sont une de ces faiblesses par lesquelles un témoin peut se rendre maître des résolutions d'un grand homme.
On assure que le premier consul fit rédiger tous les ordres pour Vincennes. Il était dit dans un de ces ordres que si la condamnation prévue était une condamnation à mort, elle devait être exécutée sur-le-champ. Mme de Rémusat, qui, dans la soirée du 20 mars, jouait aux échecs à la Malmaison avec le premier consul, l'entendit murmurer quelques vers sur la clémence d'Auguste ; elle crut que Bonaparte revenait à lui et que le prince était sauvé. Non, le destin avait prononcé son oracle. Lorsque Savary reparut à la Malmaison, Mme Bonaparte devina tout le malheur. Le premier consul s'était enfermé tout seul pendant des heures. Et puis le vent souffla, et tout fut fini.
Un ordre de Bonaparte, du 29 ventôse an XII, avait arrêté qu'une commission militaire, composée de sept membres nommés par le général gouverneur de Paris (Murat), se réunirait à Vincennes pour juger le ci-devant duc d'Enghien, prévenu d'avoir porté les armes contre la république, etc.
En exécution de cet arrêté, le même jour, 29 ventôse, Joachim Murat nomma, pour former ladite commission, les sept militaires, à savoir :
Le général Hulin, commandant les grenadiers à pied de la garde des consuls, président ;
Le colonel Guitton, commandant le 1er régiment de cuirassiers ;
Le colonel Bezancourt, commandant le 4e régiment d'infanterie légère ;
Le colonel Ravier, commandant le 18e régiment d'infanterie en ligne ;
Le colonel Barrois, commandant le 36e régiment d'infanterie en ligne ;
Le colonel Rabbe, commandant le 2e régiment de la garde municipale de Paris ;
Le citoyen d'Autancourt, major de la gendarmerie d'élite, qui remplira les fonctions de capitaine-rapporteur.

A SUIVRE

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