23 novembre 2009
Jean-Baptiste CLEMENT - 1836/1903
Partisan de la Commune de Paris, il consacra la plus grande partie de sa vie à la propagande socialiste révolutionnaire et fit, dans les Ardennes et à Paris, figure de tribun.
"Le temps des Cerises", fut composé en 1866 et édité à Bruxelles, en 1867, avec la musique de Renard.
En 1885, il publia un premier recueil de chansons : "Chansons du morceau de pain", puis un second recueil en 1898.
Jean-Baptiste Clément est en outre l'auteur de : "Dansons la Capucine", "La Marjolaine", "Bonjour Printemps", etc.
A la vaillante citoyenne Louise, l'ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles,
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants corail qu'on cueille en rêvant.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour
Évitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.
J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.
Puisque cette chanson a couru les rues, j'ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage !
Le fait suivant est de ceux que l'on oublie jamais :
Le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de dix-huit à vingt ans et des barbes grises qui avaient déjà échappé aux fusillades de 48 et aux massacres du coup d'Etat.
Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main.
Nous lui demandâmes d'où elle venait, ce qu'elle venait faire et pourquoi elle s'exposait ainsi ?
Elle nous répondit avec la plus grande simplicité, qu'elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n'avions pas besoin de ses services.
Un vieux de 48, qui n'a pas survécu à 71, la prit par le cou et l'embrassa.
C'était en effet un admirable dévouement !
Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter.
Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile.
Deux de nos camarades tombaient frappés l'un, d'une balle dans l'épaule, l'autre au milieu du front.
J'en passe !!...
Quand nous décidâmes de nous retirer, s'il en était temps encore, il fallut supplier la vaillante fille pour qu'elle consentit à quitter la place.
Nous sûmes seulement qu'elle s'appelait Louise et qu'elle était ouvrière.
Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre.
Qu'est-elle devenue ?
A-t-elle été, avec tant d'autres, fusillée par les Versaillais.
N'était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier ma chanson la plus populaire ?
15 mai 2009
Les Jacques
Au XIVe siècle, quand la guerre de Cent ans se préparait à détruire le peu qu'avait laissé la Peste noire, et que les paysans de Normandie, n'ayant rien à eux que la peau de mouton dont ils couvraient leurs membres amaigris, l'épieu avec lequel ils se défendaient contre les loups, se rassemblaient dans les sombres asiles que leur offrait l'immense forêt de Bolbecq. Ils avaient abandonné leurs chaumières de boue, leurs misérables instruments, cette charrue de bois courbé à laquelle ils attelaient leur femme, lorsque les grandes compagnies avaient passé par le pays et tout enlevé.
Un vent de révolte soufflait partout à cette époque, la misère était universelle ; le moyen âge penchait vers son déclin et la féodalité n'était plus qu'une lourde et brutale tyrannie.
Las de tant souffrir, les gens des communes avaient depuis longtemps imposé à leurs maîtres et seigneurs le respect de leurs personnes et de leurs biens, et ils conservaient, ils montraient avec orgueil dans les archives de leur parloir ou hôtel de ville les chartes arrachées à un comte, à un baron. Il n'en était pas de même des pauvres Jacques ; c'était le sobriquet injurieux et méprisant qu'on donnait dans tous les pays de la langue française au paysan.
Mais avant de prendre sa revanche définitive dans les incendies de 1789, la classe des paysans eut maintes fois des mouvements et comme des convulsions de colère, et alors, autant elle avait montré de patience et de douceur, autant elle était impitoyable lorsqu'elle s'était décidée à changer en armes les instruments de travail.
Près de deux mille paysans tenaient conseil dans les clairières de la forêt de Bolbecq, et avaient résolu de tenter de prendre le château de Saint-Pierre par assaut ou par surprise. C'était là que résidait leur plus farouche oppresseur, dont ils avaient juré la mort : ils avaient même décidé qu'on tâcherait de le prendre vivant, et qu'on le pendrait entre deux chiens au gibet communal, afin de compléter la vengeance par un déshonneur qui retomberait sur ses descendants. La délibération ne fut pas longue : tous étaient d'accord sur le but et le château était tout près de là. Moins d'un quart d'heure après, un flot humain roulait dans le chemin profondément creusé par les chars, et surprenait la garde qui surveillait le pont-levis et ses abords.
L'attaque avait été furieuse et inattendue. Le sire de Saint-Pierre, comptant que la terreur que son nom inspirait avait refusé de suivre les conseils des autres seigneurs, qui se sentant menacés de tous côtés par les haines des paysans, se tenaient enfermés dans leurs imprenables forteresses et n'en sortaient qu'accompagnés de leurs hommes d'armes, la lance au poing, l'épée ou la masse d'armes suspendue à la ceinture.
Quant à lui, sire de Saint-Pierre, il s'en allait par la campagne, chassant, et ne songeant pas plus au danger que s'il n'eût rien à se reprocher.
En un instant le château fut envahi, la garnison refoulée dans la salle d'armes y périt tout entière, sous les massues, les cognées, les fourches des paysans, et ils se répandirent par toute l'énorme construction, fouillant, sondant tous les coins, tous les meubles, toutes les boiseries. Leur fureur allait croissant, car ils ne trouvaient personne : il semblait que le château eût été abandonné ; leur victime leur échappait.
Tout à coup, dans la tour d'angle, ils se trouvèrent en face d'une haute porte de chêne sculpté et armorié. Sans aucun doute, il y avait là des ennemis. La porte se fendit, s'entrouvrit, ses ferrures cédèrent sous les coups répétés, la troupe allait franchir le seuil.
Elle s'arrêta.
La femme et les enfants du étaient là, en proie à l'épouvante. Aux premiers bruits de l'attaque ils s'étaient réfugiés dans cette tour, et avaient fermé sur eux la porte, avec cette imprudence des gens terrifiés qui s'enferment eux-mêmes dans une impasse. Mais ils avaient avec eux la soeur du comte de Saint-Pierre, et c'était sa vue qui avait arrêté les paysans furieux sur le seuil.
Droite, impérieuse, elle leur commandait d'un regard de ne pas avancer, et comme s'ils eussent éprouvé l'effet d'un pouvoir surnaturel, ils restaient là, leur colère était tombée, ils étaient embarrassés de leurs armes, et semblaient se demander pourquoi ils étaient venus.
Et en effet, ils étaient sous le double charme de la beauté et le la bonté. La soeur du comte était une jeune et charmante femme, qui s'était donné pour tâche de réparer toutes les injustices, toutes les brutalités de son frère ; elle le faisait avec l'adresse, la douceur, l'activité d'une âme ardente et dévouée, et quand elle ne pouvait pas réparer le mal, elle savait y trouver des consolations. Elle était aimée, respectée dans tout le pays, on la regardait comme une sainte, et un jour un paysan la voyant de loin dans la forêt, avait rapporté qu'elle était entourée d'une auréole lumineuse, et que des voix d'une douceur céleste s'entretenaient avec elle.
Que faire contre les êtres qu'elle protégeait, contre cet ordre que son geste donnait d'une manière si expressive ?
Un des paysans, le plus hardi, s'avança d'un pas.
- Madame, dit-il, nous allons nous retirer. Mais obtenez-nous le pardon de Messire.
- Vous l'aurez, dit-elle, car ma soeur et mes neveux se joindront à moi pour le demander. Quittez la forêt, rentrez dans vos demeures, reprenez vos occupations et comptez sur moi pour obtenir du comte un traitement plus juste.
Les paysans n'en demandaient pas davantage ; ils avaient la parole de la sainte, comme ils disaient, et sans plus tarder, ils s'éloignèrent en silence.
M. BERTAUT
10 avril 2009
Parler avant d'agir
A la bataille de Fontenoy, où le maréchal de Saxe battit, en 1745, les Anglais et les Autrichiens, un officier français, ayant reçu une balle dans la cuisse, fut transporté hors de la mêlée et conduit chez de pauvres paysans, dans une localité voisine.
Le lendemain seulement, un chirurgien vint le visiter. Il examina la blessure, la sonda, et l'opération durait déjà depuis près de deux heures, à la grande souffrance de l'officier, quand celui-ci s'écria :
"Mais vous n'en finirez donc jamais ? Que faites-vous donc ?
- Je cherche, répondit le chirurgien, à extraire la balle qui vous a blessé ; je ne la trouve pas...
- La balle ? Ah ! mille bombes ! exclama l'officier. Vous ne pouviez pas parler plus tôt ? Elle est dans la poche de mon gilet, la balle... Je l'ai retirée hier soir moi-même...
Et voilà deux heures que vous me martyrisez ! On parle, Monsieur le chirurgien, on parle avant d'agir !"
03 avril 2009
Une barricade bien faite
Le 27 juillet 1830, on se battait dans les rues de Paris ; les magasins étaient fermés ; les classes des lycées et collèges vaquaient. Cependant un zélé professeur, l'illustre helléniste Planche, s'était rendu à son poste. Rien ne devait, pensait-il, l'empêcher de faire son cours.
Ne trouvant pas d'élèves, il lui fallut bien reprendre le chemin de son logis. A quelques pas du lycée, il aperçut un groupe d'insurgés, armés de pioches, qui s'efforçaient d'élever une barricade.
Tout en marchant, Planche lisait un livre grec, un volume de l'historien Polybe, où il était précisément question de l'art de fortifier les places.
Prenant en pitié l'inexpérience et la maladresse des travailleurs, Planche leur donne des conseils, leur traduit un excellent passage de son livre, qui se trouve tout à fait de circonstance.
Et voilà la barricade construite selon les règles, solidement, artistement.
Mais le proviseur, ayant aperçu l'illustre Planche haranguer les insurgés, lire Polybe au peuple de Paris, le fit appréhender au corps et enfermer dans une salle du lycée, où il resta jusqu'au 30 juillet, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la révolution.
23 janvier 2009
Le 14 juillet - La prise de la Bastille
Louis XVI - C'est donc une révolte ?
Le Duc de Liancourt - Non, sire, c'est une révolution.
Le peuple, dès la nuit du 13, s'était porté vers la Bastille(1) ; quelques coups de fusil avaient été tirés, et il paraît que des instigateurs avaient proféré plusieurs fois le cri : A la Bastille ! Le voeu de sa destruction se trouvait dans quelques cahiers(2) ; ainsi, les idées avaient pris d'avance cette direction. On demandait toujours des armes. Le bruit s'était répandu que l'hôtel des Invalides en contenait un dépôt considérable. On s'y rend aussitôt. Le commandant, M. de Sombreuil(3), en fait défendre l'entrée, disant qu'il doit demander des ordres à Versailles. Le peuple ne veut rien entendre, se précipite dans l'hôtel, enlève les canons et une grande quantité de fusils. Déjà dans ce moment, une foule considérable assiégeait la Bastille. Les assiégeants disaient que le canon de la place était dirigé sur la ville, et qu'il fallait empêcher qu'on tirât sur elle. Le député d'un district demande à être introduit dans la forteresse, et l'obtient du commandant. En faisant la visite, il trouve trente-deux Suisses et quatre-vingt-deux invalides, et reçoit la parole de la garnison de ne pas faire feu si elle n'est attaquée. Pendant ces pourparlers, le peuple, ne voyant pas paraître son député, commence à s'irriter, et celui-ci est obligé de se montrer pour apaiser la multitude. Il se retire enfin vers onze heures du matin. Une demi-heure s'était à peine écoulée, qu'une nouvelle troupe arrive en armes, en criant : "Nous voulons la Bastille !" La garnison somme les assaillants de se retirer, mais ils s'obstinent. Deux hommes montent avec intrépidité sur le toit du corps de garde et brisent à coups de hache les chaînes du pont qui retombe. La foule s'y précipite, et court à un second pont pour le franchir de même. En ce moment une décharge de mousqueterie l'arrête : elle recule, mais en faisant feu. Le combat dure quelques instants ; les électeurs, réunis à l'Hôtel de Ville(4), entendant le bruit de la mousqueterie, s'alarment toujours davantage, et envoient deux députations, l'une sur l'autre, pour sommer le commandant de laisser introduire dans la place un détachement de milice parisienne, sur le motif que toute force militaire dans Paris doit être sous la main de la ville. Ces deux députations arrivent successivement. Au milieu de ce siège populaire, il était très difficile de se faire entendre. Le bruit du tambour, la vue d'un drapeau, suspendent quelque temps le feu. Les députés s'avancent ; la garnison les attend, mais il est impossible de s'expliquer. Des coups de fusil sont tirés, on ne sait d'où. Le peuple, persuadé qu'il est trahi, se précipite pour mettre le feu à la place ; la garnison tire alors à la mitraille. Les gardes françaises(5) arrivent avec du canon et commencent une attaque en forme.
Sur ces entrefaites, un billet adressé par le baron de Besenval à Delaunay(6), commandant de la Bastille, est intercepté et lu à l'Hôtel de Ville ; Besenval engageait Delaunay à résister, lui assurant qu'il serait bientôt secouru. C'était en effet dans la soirée de ce jour, que devaient s'exécuter les projets de la cour. Cependant Delaunay, n'étant point secouru, voyant l'acharnement du peuple, se saisit d'une mèche allumée et veut faire sauter la place. La garnison s'y oppose, et l'oblige à se rendre : les signaux sont donnés, un pont est baissé. Les assiègeants s'approchent en promettant de ne commettre aucun mal ; mais la foule se précipite et envahit les cours. Les Suisses parviennent à se sauver. Les invalides assaillis ne sont arrachés à la fureur du peuple que par le dévouement des gardes-françaises. En ce moment, une jeune fille tremblante se présente : on la suppose fille de Delaunay ; on la saisit, et elle allait être brûlée, lorsqu'un brave soldat se précipite, l'arrache aux furieux, court la mettre en sûreté, et retourne à la mélée.(7)
Il était cinq heures et demie. Les électeurs étaient dans la plus cruelle anxiété, lorsqu'ils entendent un murmure sourd et prolongé. Une foule se précipite en criant victoire. La salle est envahie ; un garde-française, couvert de blessures, couronné de lauriers, esT porté en triomphe par le peuple. Le règlement et les clefs de la Bastille sont au bout d'une baïonnette ; une main sanglante, s'élevant au-dessus de la foule, montre une boucle de col ; c'était celle du gouverneur Delaunay qui venait d'être décapité. Deux gardes-françaises, Elie et Hullin(8), l'avaient défendu jusqu'à la dernière extrémité. D'autres victimes avaient succombé, quoique défendues avec héroïsme contre la férocité de la populace. Une espèce de fureur commençait à éclater contre Flesselles, le prévôt des marchands, qu'on accusait de trahison. On prétendait qu'il avait trompé le peuple en lui promettant plusieurs fois des armes qu'il ne voulait pas lui donner. La salle était pleine d'hommes tout bouillant d'un long combat, et pressés par cent mille autres qui, restés au dehors, voulaient entrer à leur tour. Les électeurs s'efforçaient de justifier Flesselles aux yeux de la multitude. Il commançait à perdre son assurance, et déjà tout pâle, il s'écrie : "Puisque je suis suspect, je me retirerai. - Non, lui dit-on, venez au Palais-Royal, pour y être jugé." Il descend alors pour s'y rendre. La multitude s'ébranle, l'entoure, le presse. Arrivé au quai Pelletier, un inconnu le renverse d'un coup de pistolet. On prétend qu'on avait saisi une lettre sur Delaunay, dans laquelle Flesselles lui disait : "Tenez bon, tandis que j'amuse les Parisiens avec des cocardes."
THIERS
(1) - Hugues Aubriot, né à Dijon, et prévôt des marchands sous Charles V, est le fondateur de la Bastille ; il donna le plan des constructions et en posa les fondements, le 22 avril 1369. Les travaux ne furent achevés que sous Charles VI, en 1383. La Bastille, qui, dans l'origine, était destinée à la défense de Paris, devint plus tard une prison d'Etat ; elle fut détruite immédiatement après la journée du 14 juillet.
(2) - Ces cahiers étaient les instructions qu'avaient reçues de leurs commettants les députés aux états généraux. Ils font connaître les opinions et les voeux de la nation française vers 1789.
(3) - M. de Sombreuil est devenu célèbre par le dévouement de sa fille qui, au massacre du 2 septembre, le sauva par ses éloquentes prières. Toutefois, il devait être frappé quelques mois après, par les juges du tribunal révolutionnaire.
(4) - Les troubles qui eurent lieu à Paris pendant les journées de 12 et 13 juillet 1789, déterminèrent la bourgeoisie à s'assembler dans les districts. Les électeurs des députés aux états généraux accoururent à l'Hôtel de Ville, et, se réunissant au corps municipal, créèrent sur-le-champ la milice parisienne.
(5) - On donnait ce nom au régiment d'infanterie française destiné à garder les avenues des lieux où le roi était logé.
(6) - Pierre-Victor, baron de Besenval, né à Soleure, en 1722, était, en 1789, lieutenant général des troupes réunies autour de Paris. Il mourut dans cette ville, de mort naturelle, en 1794.
Bernard-René-Jourdan Delaunay est né, selon les uns, à la Bastille, dont son père était gouverneur, et, selon d'autres, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, d'un officier de la justice de paix. Il avait succédé en 1776, au comte de Jumilhac, comme gouverneur de la Bastille.
(7) - Le sauveur de cette jeune fille s'appelait Aubin Bonnemer.
(8) - L'un de ces deux hommes a acquis depuis une triste célébrité. Hullin, parvenu au rang d'officier général, présida la commission militaire qui, le 21 mars 1804, fit assassiner juridiquement le duc d'Enghien dans les fossés du château de Vincennes. Il a été depuis gouverneur de Paris.
20 mai 2008
Terrible agonie
Épisode du siège de la Rochelle (1573). Une cinquantaine de soldats catholiques, surpris par un groupe de protestants, se barricadent dans la tour d'un moulin ruiné.
Il y avait contre le moulin un grand amas de paille et de foin, ainsi que des branchages qui devaient servir à faire des gabions. Les protestants y mirent le feu, qui, en un instant, enveloppa la tour et monta jusqu'au sommet. Bientôt on entendit des cris lamentables en sortir. Le toit était en flammes et allait tomber sur la tête des malheureux qu'il couvrait. La porte brûlait, et les barricades qu'ils avaient faites les empêchaient de sortir par cette issue. S'ils tentaient de sauter par les fenêtres, ils tombaient dans les flammes, ou bien étaient reçus sur la pointe des piques. On vit alors un spectacle affreux. Un enseigne, revêtu d'une armure complète, essaya de sauter comme les autres par une fenêtre étroite. Sa cuirasse se terminait, suivant une mode alors assez commune, par une espèce de jupon en fer qui couvrait les cuisses et le ventre et s'élargissait comme le haut d'un entonnoir de manière à permettre de marcher facilement.
La fenêtre n'était pas assez large pour laisser passer cette partie de son armure, et l'enseigne, dans son trouble, s'y était précipité avec tant de violence qu'il se trouva ayant la plus grande partie du corps en dehors sans pouvoir remuer, et pris comme dans un étau. Cependant les flammes montaient jusqu'à lui, échauffaient son armure et l'y brûlaient lentement comme dans une fournaise ou dans ce fameux taureau d'airain inventé par Phalaris. Le malheureux poussait des cris épouvantables et agitait vainement les bras comme pour demander du secours. Il se fit un moment un silence parmi les assaillants, puis, tous ensemble, et comme d'un commun accord, ils poussèrent une clameur de guerre pour s'étourdir et ne pas entendre les gémissements de l'homme qui brûlait. Ils disparut dans un tourbillon de flammes et de fumée, et l'on vit tomber au milieu des débris de la tour, un casque rouge et fumant.
Prosper MERIMEE - Chronique de Charles IX
27 septembre 2007
IENA - 14 octobre 1806
En 1806, la guerre n'était pas encore déclarée entre la Prusse et la France ; mais à Berlin on s'y préparait activement. Napoléon le sut, et de même qu'il avait fondu comme la foudre sur son ennemi de 1805, il se hâta, en 1806, de prendre l'offensive. Malgré la rapidité de sa marche, il sut tenir les généraux prussiens dans l'incertitude sur la direction qu'il choisirait et les surprit, pour ainsi dire, en pleine formation, selon le terme technique, c'est-à-dire au moment où il manoeuvrait pour chercher un terrain de bataille. Napoléon leur imposa le sien : c'était les environs de la petite ville d'Iéna.
Les généraux ennemis n'étaient pas de ceux qui pouvaient s'opposer à cette marche, ou même en deviner le but : l'un d'eux était le duc de Brunswick, le vaincu de Jemmapes ; l'autre un homme qui n'avait que le courage du simple soldat, le prince de Hohenlohe. Sous leurs ordres commandait l'élève favori du grand Frédéric, le maréchal Kalkreut, et cette position subalterne lui permettait de prévoir le désastre, mais non de le prévenir ou de le réparer.
Chose étrange : les deux armées sont en présence, les canons chargés, les ordres lancés, et pourtant la guerre n'est pas encore déclarée ! Elle le fut d'une façon plus singulière encore. Le roi de Prusse adressa à Napoléon une note où il le sommait de ramener les troupes françaises au delà du Rhin, et lui donnait jusqu'au 8 octobre, c'est-à-dire quelques jours à peine pour obéir. Napoléon vit dans cette injonction un véritable défi. Il savait aussi la part active que prenait la reine de Prusse à cette guerre : jeune, belle, vêtue en amazone, elle parcourait à cheval le front des troupes, inspirant à l'armée sa bravoure et sa témérité. Plus tard, Napoléon lui fit cruellement expier cette intervention.
Dès qu'il eut reçu cette note comminatoire, il franchit les frontières de Saxe, à la tête de trois corps d'armée. La lutte s'engagea aussitôt, et par une fatalité de mauvais augure pour la famille royale de Prusse, les premières escarmouches coûtèrent la vie à un prince royal, Frédéric-Christian-Louis, qui avait poussé le plus activement à cette guerre si imprudente, après Austerlitz. Le prince, à la tête de 7 000 fantassins et de 2 000 cavaliers, occupait la petite ville de Saalfeld, et y fut attaqué par Lannes avec des troupes biens inférieures en nombre, deux régiments et une division d'infanterie. Le combat fut court, mais décisif, et le prince prit la fuite. Son cheval fut ralenti par des accidents de terrain, des broussailles ; un groupe de cavaliers français le serrait de près. Un maréchal des logis l'atteignit, lui cria de se rendre, et reçut du prince un coup de pointe. Furieux, le soldat lui plongea son sabre à travers la poitrine.
Cet événement et la bataille de Saalfeld, n'étaient que les préliminaires de la bataille d'Iéna.
La Prusse perdit sur 70 000 : 12 000 morts, 15 000 prisonniers, 200 canons. Elle faillit même perdre son existence, et être rayée du rang des nations, et ce peuple, que le génie du grand Frédéric avait créé de toutes pièces, se vit bien près du dernier jour de son histoire nationale.
Que reste-t-il de tout cela ? De ce jour date la haine de l'ennemi héréditaire et la réorganisation militaire de la Prusse.
Le monument même qui avait été construit à Paris pour perpétuer le souvenir de cette victoire faillit ne pas survivre à la grandeur de Napoléon. Le pont d'Iéna fut sur le point d'être détruit par les Prussiens, lorsque vint pour eux l'heure tant désirée, si soigneusement préparée, de la revanche.
Leur défaite avait été complète, leur vengeance ne l'est pas moins : leur empereur vient de créer duc de Sedan celui qui les a consolés d'Iéna, le maréchal de Moltke.
26 septembre 2007
Les Chouans
La guerre civile qui agita la France pendant les premières années de la Révolution est encore peu connue dans ses détails, et nous doutons fort que le temps nous la fasse mieux connaître. Ce fut une rude guerre ; elle mit en mouvement des armées considérables, elle usa les plus grands généraux des deux partis ; il ne fallut rien moins que le génie et l'ardeur de Marceau, de Westermann, de Hoche, pour imposer une capitulation qui ne fut guère qu'une trêve. Les Chouans et les Vendéens n'étaient pas hommes à lâcher pied pour quelques défaites. En 1815, pendant les Cent-Jours, ils se révoltèrent de nouveau et il fallut que Napoléon envoyât contre eux un corps d'armée entier sous le commandement d'un excellent général, Travot. Celui-ci, qui n'était pas moins diplomate que militaire, parvint à pacifier les uns, à tenir les autres en respect. Mais la coalition qui s'était formée contre Napoléon dut à cette révolte de l'Ouest l'absence d'un corps d'armée française sur le champ de bataille de Waterloo. L'on voit par cet exemple peu connu combien les événements historiques tiennent les uns aux autres. Notre gravure représente un des incidents des commencements de la guerre civile, une fuite éperdue des blancs devant les bleus, c'est-à-dire des royalistes devant l'armée républicaine. Tout plie devant ces derniers, tout cède, et la retraite devient un désastre. L'armée vendéenne traînait presque toujours après elle les familles de paysans qui la composaient ; aussi pour elle toute défaite avait-elle pour épilogue des scènes affreuses de tueries.
08 septembre 2007
Le lendemain de Valmy
La première République est née au bruit du canon et au milieu des chants de triomphe. Le 20 septembre 1792, nos premières levées remportaient à Valmy, sur les vieilles troupes de la Prusse, une brillante victoire. La nouvelle de ce haut fait arriva aussitôt à Paris et y détermina un enthousiasme qui ne dut pas peu contribuer au bon accueil que reçut le gouvernement. La jeune République avait autour de son berceau quelques-unes des fées qui souhaitent le bonheur et l'avenir aux peuples.
Il faut lire dans Michelet le récit tantôt épique, tantôt familier de cette grande journée. C'est un tableau qui impressionne profondément. Le poète Goethe suivait l'armée du roi de Prusse. Il a raconté toute la campagne de visu. Après Valmy il dit : "De ce lieu et de ce jour date une nouvelle ère dans l'histoire du monde." Et Michelet ajoute avec raison : "Ce jour-là, le coeur avait grandi chez tous. Ils furent au-dessus d'eux -mêmes." le nom de Valmy est inscrit en caractères indélébiles en tête du Livre d'or de la République. Quand Paris apprit ce succès presque incroyable, tant il paraissait impossible à tout le monde que ces volontaires, partis à peine deux mois, ces enfants dont quelques-uns semblaient ne pas avoir la force de porter un lourd fusil, eussent fait reculer l'armée la plus disciplinée de l'Europe, il y eut une explosion de joie : Valmy, c'était le baptême de la République. Dans tous les quartiers de la capitale il y eut des fêtes pour saluer ce triomphe. La gravure, faite sur les documents du temps, reproduit la physionomie du faubourg Saint-Antoine, centre, alors comme aujourd'hui, de la population ouvrière, au moment où les représentants de la nation, tambour en tête, traversent l'une de ses rues animées pour se rendre à l'Hôtel de Ville.
Article écrit en 1890
