16 août 2009
Perdu au change !
Le roi Louis XI accueillait très favorablement les personnes, de quelque rang qu'elles fussent, qui étaient en mesure de lui fournir d'utiles renseignements sur le commerce, l'industrie ou les finances de la France. Il recevait à sa table les étrangers, ainsi que les négociants et bourgeois de son royaume, pour peu qu'ils eussent à lui raconter quelques détails pratiques intéressants, et la liberté du repas et les bons vins lui servaient à délier la langue de ses convives et à gagner leur confiance.
Séduit par le gracieux accueil et les bienveillantes paroles de son souverain, un marchand, nomme Maître-Jean, s'avisa de lui demander des lettres de noblesse.
Louis XI les lui accorda.
Quelque temps après, le nouveau noble s'étant présenté à la cour, le roi, loin de lui témoigner les mêmes faveurs et la même familiarité qu'autrefois, affecta de ne pas le regarder.
"Qu'ai-je donc pu faire ? se dit Maître-Jean tout consterné. En quoi ai-je pu démériter ?"
Il résolut de s'en ouvrir au roi et de le prier de lui apprendre le motif de sa disgrâce.
"Comment ! Monsieur le gentilhomme, vous ne devinez pas ? Vous ne comprenez pas ?
- Non, Sire : j'ai beau chercher...
- Quand je vous faisais asseoir à ma table, je vous considérais comme le premier de votre condition, le premier de mes bourgeois. Aujourd'hui que vous êtes le dernier des nobles, je vous traite en conséquence. Je croirais faire injure aux seigneurs de ma cour, en vous recevant mieux que je ne reçois le moindre d'entre eux. Je crains bien que vous n'ayez perdu au change, Monsieur de Maître-Jean !"
14 août 2009
Bravoure
En 1627, au siège de la Rochelle, pendant que les Rochelois, bravant impudemment Louis XIII et Richelieu, s'unissaient aux Anglais, des faits d'une audace étonnante s'accomplirent du côté des assiégés et des assiégeants.
On cite entre autres celui-ci.
Un jeune officier des troupes royales laissa emporter par le vent jusqu'auprès du camp ennemi, une écharpe de soie qu'il tenait à la main.
Une fusillade presque incessante éclatait des deux côtés, et tout le long des remparts.
Cet officier, jeune homme dénué de protections qui eussent pu le faire monter en grade, demanda à ses supérieurs l'autorisation d'aller chercher l'écharpe à laquelle il tenait d'une façon particulière.
"Vous n'y pensez pas ! lui répondit son chef presque irrité de recevoir une demande aussi absurde ; aller ramasser cette bagatelle sous ce feu roulant, c'est exposer cent fois votre vie.
- Je le sais bien, insista le jeune homme, mais cette bagatelle m'est précieuse : elle me vient de ma mère, et ne m'avait jamais quitté.
- Allez donc, Monsieur, je suis curieux de voir si vous persisterez jusqu'au bout dans votre folie.
- Je persisterai, Monsieur.
- Adieu donc, jeune homme téméraire !
- Au revoir, Monsieur."
Et il descendit tranquillement au bas des remparts pour aller ramasser son écharpe qu'il releva en effet à une petite distance de l'ennemi, et au milieu des balles de mousquets qui lui sifflaient aux oreilles.
L'un de ces projectiles l'atteignit même au bras, mais n'y fit qu'une éraflure légère.
Et le courageux officier revint saluer son chef au milieu de l'étonnement général.
Instruit de ce trait de vaillance, le cardinal Richelieu se fit présenter le jeune homme auquel il confia un poste important et fort envié.
"J'avais bien raison de dire que cette écharpe m'est précieuse ! dit l'officier à ses camarades quelques heures plus tard. N'est-elle pas un talisman pour moi ? Un porte-bonheur ? Et ne lui dois-je pas ma fortune actuelle ?"
04 juin 2009
Alexandre Aufrédy : courage et générosité
Vers le commencement du XIIIe siècle, vivait dans la ville de La Rochelle un homme immensément riche et dont la fortune, noblement conquise, encourageait autour de lui l'industrie et le travail, répandait partout le bonheur. Il s'appelait Alexandre Aufrédy. Ce généreux citoyen fut un exemple éclatant de l'ingratitude des hommes et de l'inconstance du sort.
Une grande partie du commerce de la Méditerranée était alors entre les mains des Rochelais, et, par suite de diverses circonstances, Aufrédy avait dû envoyer tous ses navires, au nombre de dix, dans les Echelles du Levant, c'est-à-dire dans les ports de la Méditerranée occupés par les Turcs. Une année s'écoula sans qu'on annonçât le retour de ces vaisseaux. Bientôt le bruit de leur perte se répandit : "Ils ont été capturés par les Turcs, affirmaient les uns. - Ils ont fait naufrage," prétendaient les autres. Et le crédit d'Aufrédy ne tarda pas à être ébranlé.
Dans cette lointaine expédition, Aufrédy avait engagé à peu près toute sa fortune. Lorsque des engagements antérieurs vinrent à échoir, il ne put les remplir. Il n'osa pas demander de délais, et, en homme d'honneur qu'il était, satisfit à toutes ses échéances, paya tout ce qu'il devait et se trouva complètement ruiné.
Les malheureux, dit-on, n'ont jamais beaucoup d'amis. Aufrédy en fut la preuve. Peu à peu, et comme s'ils se fussent tous donné le mot, ses plus intimes camarades l'abandonnèrent ; ses obligés eux-mêmes se détournaient de lui. Malgré ces ingratitudes et ces trahisons, notre homme ne se laissa pas abattre ; il sut se montrer supérieur à son infortune.
Acceptant sans rougir les nécessités, de la misère, Aufrédy se mêla aux humbles travailleurs qui gagnent leur vie à la sueur de leur front, aux débardeurs et autres ouvriers du port ; et souvent il lui arriva de recevoir son maigre salaire des mains mêmes de ceux qu'il invitait naguère à sa table et traitait magnifiquement. Son courage, son héroïque fermeté surprenaient tout le monde et étaient l'objet de toutes les conversations. Les uns admiraient ; les autres hochaient la tête avec pitié ; d'autres, qui n'avaient pas été témoins de cette force de résolution, la contestaient, la taxaient d'exagération.
Aufrédy continuait d'exercer chaque jour sur le port son pénible métier de portefaix, et il l'exerçait si bien qu'on aurait cru qu'il y avait été habitué dès l'enfance, qu'il était né pour ces dures corvées.
Un soir, cependant, fatigué d'avoir roulé toute l'après-midi de lourdes barriques de vin, il se reposait étendu sur un escalier voisin du port, en contemplant machinalement les ondulations de vagues et tout le mouvement que provoquait le retour de la marée. La vue de tant de vaisseaux de nations différentes, arrivant chargés des produits de tous les climats, le reportait à des temps meilleurs et le plongeait, malgré lui, dans de sombres et douloureuse réflexions.
Tout à coup les agrès d'une des tours - d'un des sémaphores, comme nous dirions aujourd'hui - signalent des bâtiments portant le pavillon, pavillon bien connu de tous, particulièrement à La Rochelle, de l'ancienne maison d'Aufrédy. Un instant le pauvre débardeur crut être le jouet d'une illusion ; mais ces signaux se renouvellent, ils sont bien réel, et bientôt une foule d'ouvriers et de matelots accourent lui annoncer que ses navires, qu'il croyait depuis si longtemps perdus, reviennent chargés d'immenses richesses. Pour comble, comme il allait à leur rencontre, un courtier l'aborde et lui apprend que, profitant d'une occasion propice, il a négocié plusieurs de ces chargements, et que leur valeur se trouve décuplée.
Par suite de ces évènements, Alexandre Aufrédy redevenait non seulement très riche, mais plus riche qu'il ne l'avait été auparavant. Il lui aurait été facile alors de se venger de ses ingrats d'amis ; mais son âme, grande dans le malheur, fut généreuse dans la prospérité. Il oublia les injures des puissants, pour ne se rappeler que les privations et les souffrances des hommes du peuple au milieu desquels il avait vécu. Il resta l'ami des humbles et des pauvres, et il consacra ses richesses inespérées à la fondation d'un hôpital qui a longtemps porté son nom.
Article de septembre 1905
20 mai 2009
Les inconvénients du tatouage
Bernadotte, à l'époque où il était officier dans le régiment de Royal-Marine en 1793, s'était fait tatouer sur le bras.
Devenu roi de Suède, il tomba un jour malade, et son médecin lui déclara qu'une saignée était nécessaire. Bernadotte refusa d'abord ; mais, le mal empirant, le médecin, qui s'étonnait de ce refus, insista pour que la saignée fût faite.
"A une seule condition, dit le roi ; c'est que vous me jurerez de ne révéler à personne ce que vous verrez sur mon bras."
Le médecin jura, et, au moment de se servir de sa lancette, découvrit un superbe bonnet phrygien gravé sur le bras royal, avec cette inscription en demi-cercle : Mort aux rois !
19 mai 2009
Héroïque politesse
Pendant l'émigration française, en 1793, le duc de Bedford reçut un jour à sa table, à Londres, le duc de Gramont.
Au dessert, le grand seigneur anglais, voulant fêter son hôte, fit apporter certaine bouteille de vin de Constance, d'une qualité exceptionnelle.
Le duc de Bedford versa lui-même, et debout, la précieuse liqueur à son convive.
"A la France, Monsieur !" dit-il.
L'émigré but d'un trait, puis, avec un sourire :
"A l'Angleterre, Mylord !"
Et il tendit une seconde fois sa coupe. Le duc de Bedford se verse alors à lui-même une rasade, porte son verre à ses lèvres, mais le laisse soudain tomber avec un cri d'horreur.
"Vous avez bu cela ?" fait-il.
Le sommelier s'était trompé, et, au lieu de vin de Constance, il avait servi une fiole d'huile de castor.
Ce trait de politesse héroïque et stoïque est célèbre dans les ambassades et jadis il porta haut la gloire de l'urbanité française.
07 janvier 2009
Magnanimité
On a beaucoup écrit sur le maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta ; cependant peu de personnes connaissent l'aventure suivante, qui lui arriva lorsqu'il était lieutenant-colonel du 2° régiment de la légion étrangère, de 1843 à 1845.
A cette époque, l'Algérie était le théâtre de luttes fréquentes, et constamment nos soldats parcouraient le pays afin de châtier les Arabes toujours en révolte.
Or, un jour que Mac-Mahon dirigeait son régiment à travers le désert, l'eau vint à manquer. Les soldats, épuisés par la marche et surtout par la soif, semblaient ne plus pouvoir marcher, quand soudain les chevaux des officiers lèvent la tête, aspire l'air avec force et se mettent à hennir. Plus de doute, une source est dans le voisinage. La colonne, retrouvant alors des forces, suit les chevaux auxquels les cavaliers lâchent la bride.
Le lieutenant-colonel de Mac-Mahon arrive le premier auprès de la source ; mais il s'aperçoit qu'un combat ayant eu lieu à cet endroit quelques jours auparavant, des cadavres pourrissent dans cette eau, qui, certainement, contient des germes de maladies dangereuses.
Il revient alors au-devant de la petite colonne et s'écrie :
"Que personne ne boive ! Cette eau est empoisonnée !"
Puis, voyant que quelques soldats hésitent à obéir, il tire son sabre et ajoute d'une voix vibrante :
"Malheur au premier qui désobéit à mes ordres !"
Tous s'arrêtent. Seul un soldat, que cette défense exaspère, s'approche résolument du lieutenant-colonel, lui met le canon de son fusil sur la poitrine et tire. On entend un bruit sec ; le chien est retombé , mais aucune détonation n'a suivi : le coup a raté !
Un silence profond règne dans la colonne ; tous les coeurs battent. Que va faire Mac-Mahon, qui n'a pas bougé et qui regarde froidement le misérable ? Il peut le faire fusiller, lui infliger une punition terrible.
Ce fut l'affaire de quelques secondes, pendant lesquelles Mac-Mahon réfléchit. Sa bonté eut le dessus :
"Emmenez cet homme, dit-il. Je ne veux pas qu'on le punisse. Évidemment les souffrances de la soif l'ont rendu fou, et je ne puis lui en vouloir !"
Après cet acte de clémence admirable, la troupe continua de marcher sans murmurer ; bientôt elle rencontra une autre source, où elle put enfin se désaltérer.
Quant au coupable, on dit qu'il demanda et qu'il obtint la faveur de servir comme ordonnance auprès de son lieutenant-colonel. Mac-Mahon, paraît-il, n'aurait jamais eu de serviteur plus dévoué.
Louis MARTIN
09 avril 2008
Une leçon bien apprise
Les soldats qui composaient la garde particulière de roi de Prusse, Frédéric le Grand, étaient tous choisis parmi les meilleurs sujets et les plus beaux hommes des autres régiments. Dès qu'un nouveau garde prenait place dans les rangs, Frédéric avait coutume de lui adresser trois questions :
1° Quel âge avez-vous ?
2° Depuis combien de temps êtes-vous à mon service ?
3° Recevez-vous exactement votre paye et votre habillement ?
Un jeune Français, que se figure et sa taille aussi bien que sa bonne conduite et sa bravoure désignaient tout spécialement pour faire partie de la garde royale, fut prévenu par son capitaine de l'honneur qui allait lui être fait.
"Il est bien regrettable, ajouta-t-il, que vous ne sachiez pas mieux l'allemand. Il vous faudra apprendre par coeur les réponse que vous devrez faire aux trois questions que Sa Majesté vous posera.
- Bien, mon capitaine. Je les saurai, je vous le promets."
Le jeune Français est incorporé dans la garde du roi, et Frédéric II ne manque pas de l'interroger ; mais, au lieu de commencer sa première question habituelle : "Quel âge avez-vous ?" il débute par la seconde :
Depuis combien de temps êtes-vous à mon service ?
- Vingt-deux ans, Sire.
- Comment, vingt-deux ? Quel âge avez-vous don ?
- Sire, un an, sous le bon plaisir de Votre Majesté.
Ah ça, mon ami, nous ne nous comprenons pas : Vous ou moi avons perdu l'esprit.
- Tous les deux, Sire, très exactement !
- Voilà, certes, s'écria le roi, la première fois que je suis traité de fou à la tête de mes troupes !"
Le jeune Français, qui avait entièrement récité sa leçon et épuisé tout ce qu'il savait d'allemand, ne disait plus un mot. Le roi avait beau le questionner, le presser et le sommer de répondre - silence absolu.
A la fin, Frédéric se douta de la chose.
"Vous ne comprenez pas l'allemand, lui dit-il en français. Vous êtes né de l'autre côté du Rhin ?
- Oui, Sire, près de Nancy.
- Mais comment avez-vous pu répondre en allemand, il y a un instant ?
- On m'avait fait étudier ces réponses par coeur, dans l'ordre des demandes.
- Et, sans y penser, j'ai changé cet ordre ! Voilà ce qui fait qu'à votre insu vous m'avez reproché tout à l'heure d'avoir perdu l'esprit ! Votre leçon était très bien apprise, c'est moi qui ai mal récité la mienne !" conclut Frédéric.
05 avril 2008
Prisonniers l'un de l'autre
A la bataille de Guinegatte (juin 1513), plus connue sous le nom de Journée des Éperons, parce qu'un certain nombre de chevaliers français, en fuyant devant l'ennemi supérieur en nombre, se servirent plus leurs éperons que de leurs épées, le chevalier Bayard soutint pendant longtemps les efforts de plusieurs compagnies d'archers anglais ; à la fin, il fut forcé de céder et de battre en retraite, comme le restant de l'armée française.
Ayant aperçu de loin un officier ennemi, richement équipé, qui, voyant les Français en désordre, dédaignait de faire des prisonniers et avait préféré s'étendre au pied d'un arbre pour se reposer, Bayard pique droit à lui, saute à bas de son cheval, et, appuyant son épée sur la gorge de cet homme :
"Rends-toi, dit-il, ou tu es mort !"
L'Anglais, s'imaginant que, pendant qu'il se reposait ainsi sur ses lauriers, les Français avaient reçu du secours et que la victoire a tourné en leur faveur, se rend sans opposer de résistance.
"Alors ce n'est plus nous, ce sont les Français qui triomphent ? demande-t-il.
- Il n'y a malheureusement rien de changé à la bataille ! riposte Bayard.
- Mais, dans ce cas... Qui donc êtes-vous ? s'écrie l'officier anglais.
- Je suis le capitaine Bayard, qui vous rend son épée, comme vous lui avez rendu la vôtre, et qui se fait aussi votre prisonnier.
- Prisonnier l'un de l'autre !"
Cependant, quelques jours après, Bayard voulut rompre cette chaîne et s'en aller.
"Vous avez votre rançon à me payer ! dit l'officier anglais. Je ne vous laisse pas partir sans cela !
- Et la vôtre ? réplique Bayard. Vous me devez aussi votre rançon, et à bien plus juste titre, car je vous ai pris le premier ! Vous oubliez...
- Pardon ! C'est vous qui oubliez que la victoire appartient aux Anglais et aux Allemands ; par conséquent, que je suis maître de vous !
- Pas du tout ! Je vous avais pris avant de me rendre ! Vous étiez mon prisonnier avant que je sois le vôtre ! J'avais votre parole, que vous n'aviez pas encore la mienne ! Si donc vous voulez que je paye ma rançon, payez-moi d'abord la vôtre !"
Cette singulière contestation, unique peut-être dans toute l'histoire des batailles, fut portée au tribunal de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Angleterre, qui décidèrent que les deux prisonnier devaient être considérés comme mutuellement quittes de leurs promesses.
28 janvier 2008
Clément Marot et Olivier de Magny
Clément Marot est né tout à fait à la fin du XVe siècle en 1496. Il était le fils d'une authentique cadurcienne et de Jean Marot, d'origine normande et marchand à Cahors qui devint valet de chambre de François 1er. Grâce à la position paternelle Clément entre au service de Marguerite d'Alençon et participe à l'expédition d'Italie. Il devient, lui aussi valet de chambre du Roi, mais accusé d'hérésie, il est incarcéré au Châtelet. Après divers exils et autant de retours, il meurt à Turin en 1544.
Il a raconté son enfance quercynoise dans "l'Epître du Roi" (1527). "L'Adolescence clémentine" (1532) réunit toutes ses oeuvres de jeunesse. Épigrammes, épîtres, élégies de toutes sortes forment une oeuvre dense, parfois un peu artificielle - il faut travailler pour le Roi - souvent très mordante, toujours sensible. C'est à lui que l'on doit le premier sonnet français.
Olivier de Magny voit le jour à Cahors en 1529 (Clément Marot a trente trois ans). Il est fils de notaire. A Paris il devient secrétaire d'Hugues Sales, poète quercynois, de Cazals, fort connu mais que la postérité ne retiendra guère et les manuels scolaires pas du tout. Lui aussi sera attaché au service de François 1er. Son oeuvre est celle d'un épicurien aimable, un peu maniéré : "Les Amours", "Les Soupirs", "Les Odes" sont des recueils au lyrisme léger, sans profondeur. Il meurt à trente ans en 1559.
20 janvier 2008
Un bon tour
Alors que le comte de Lille, qui devint plus tard le roi Louis XVIII, était éxilé de France par Napoléon Ier, un gentilhomme de sa suite reçut, de la police impériale, la proposition d'un traitement de cinquante mille francs par an, s'il voulait fournir chaque jour le bulletin de l'emploi du temps de son maître.
L'empereur, qui voyait dans le comte de Lille un prétendant au trône, redoutait ses relations, appréhendait ses intrigues, et tenait à en être informé et par conséquent à le faire surveiller de près.
Le gentilhomme, très dévoué à celui qu'il considérait comme son roi, l'avertit de cette ouverture et de l'offre importante qui lui était faite.
"Cinquante mille francs ! C'est, en effet un joli denier, repartit le futur Louis XVIII. Il faut accepter, mon cher !
- Mais, Sire...
- Attendes ! C'est moi-même qui rédigerai chaque jour le bulletin, et nous jouerons ainsi tous les deux un bon tour à M. le ministre de la police générale de l'empire et à son augustre maître."
Et c'est ce qui fut fait : pendant plusieurs années, le ministre de l'empereur reçut un bulletin quotidien, destiné en apparence à trahir Louis XVIII, et en réalité rédigé par Louis XVIII lui-même.