Histoire et Esotérisme

De l'histoire certe, mais on va essayer de sortir des sentiers "rebattus" et de l'Esotérisme.

08 octobre 2009

On a besoin de votre aide

poneyUrgent : un cheval à sauver, vous pouvez y contribuer en cliquant sur le lien ci-dessous, on ne vous demande qu'un clic de souris, alors SVP un petit geste d'amour. Merci.

PS : n'hésitez pas à transmettre à vos connaissances.

http://www.actuanimaux.com/nous_soutenir.php

Un clic de souris par jour pour sauver des animaux, défendre des causes animales, comme la corrida par exemple. Alors mettez ce lien dans vos favoris.

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05 juillet 2009

BONNES VACANCES - A BIENTOT

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03 juin 2009

Molière soupant avec Louis XIV

Tandis que Louis XIV ne trouvait pas au-dessous de lui de donner à Molière des marques de bienveillance et de considération, de simples domestiques de ce prince rougissaient de l'avoir pour camarade, et lui prodiguaient de grossiers mépris. Un jour qu'il se présentait pour faire lit du roi, un de ses confrères, qui devait le faire avec lui, se retira brusquement, en disant qu'il ne voulait point partager le service avec un comédien.
Un autre valet de chambre, Bellocq, s'approcha aussitôt, et dit : "Monsieur de Molière, voulez-vous bien que j'aie l'honneur de faire le lit du roi avec vous ?" Bellocq, que ce trait recommande à la postérité plus que tous se vers, dont elle se souvient peu, se conduisit en homme d'esprit et en fin courtisan ; il rendit hommage au génie, et il fit sa cour au maître en vengeant un serviteur qu'il aimait. Quant à l'homme qui osa mépriser Molière, c'était un sot, et l'on verra tout à l'heure qu'il n'était pas seul de son espèce. Le roi, à l'oreille de qui l'aventure était parvenue, et qui avait témoigné son mécontentement de l'affront fait à Molière, prit soin, dans une autre occasion, de le venger lui-même d'une injure toute semblable. Ces mêmes valets de chambre, qui auraient cru déroger en faisant le lit du roi avec Molière, répugnaient encore davantage à manger avec lui à la table du contrôleur de la bouche. Molière, qui s'était aperçu plusieurs fois de leurs insolents dédains, avait cessé de se présenter à cette table.
Le roi l'ayant appris, lui dit un matin, à l'heure de son petit lever : "On dit que vous faites maigre chère ici, Molière, et que les officiers de ma chambre ne vous trouvent pas fait pour manger avec eux. Vous avez peut-être faim : moi-même, je m'éveille avec un assez bon appétit. Mettez-vous à cette table, et que l'on me serve mon en cas de nuit.(1) Alors le roi découpe une volaille, et, après avoir ordonné à Molière de s'asseoir, il lui sert une aile, prend l'autre pour lui-même, et dit qu'on introduise les entrées familières, c'est-à-dire les personnes les plus marquantes et les plus favorisées de la cour. "Vous voyez, leur dit le roi, occupé à faire manger Molière, que mes valets de chambre ne trouvent pas assez bonne compagnie pour eux." De ce moment, Molière n'eut plus besoin de se présenter à cette table de service ; toute la cour s'empressa de lui faire des invitations.

AUGER - (1) Un en cas de nuit était une collation servie le soir dans la chambre du roi au cas qu'il sentit le besoin de manger pendant la nuit.

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12 mai 2009

Une harangue

Lorsqu'après la paix de Rueil en 1619 Louis XIV, qui avait alors onze ans, rentra à Paris, il fut, selon l'usage, harangué par toutes les autorités et plusieurs fois il témoigna son impatience. Enfin arriva le prévôt des marchands qui, enchérissant encore sur les hyperboles de ses prédécesseurs, finit ainsi son discours : "Sire, puisse le règne de Votre Majesté être aussi long que celui du soleil ! - Eh ! monsieur le prévôt, répondit le roi vous voulez donc que mes successeurs soient aussi aveugles ?"

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24 avril 2009

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04 novembre 2008

A quelque chose malheur est bon

Monsieur le comte de Ségur, alors qu'il était ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, vit un matin arriver chez lui un homme tout ému, les habits en désordre, les cheveux hérissés, les yeux rouges et remplis de larmes.
"Qu'y a-t-il donc ? lui demanda-t-il. Quelle est la cause de votre chagrin ?
- Monsieur... Monsieur l'ambassadeur, balbutia cet homme, je suis Français, et je m'adresse à vous... j'implore...
- Parlez sans crainte, mon ami ; remettez-vous, dit le comte de Ségur, attendri et compatissant.
-J'implore la protection de Votre Excellence... Je viens d'être victime d'un acte d'injustice et de violence, Monsieur l'Ambassadeur... Un seigneur russe vient de me faire donner, sans motif, sans aucune raison, cent coups de fouet !
- Quand même vous auriez commis une faute grave envers ce seigneur...
- Je ne le connais même pas, Monsieur l'Ambassadeur ; c'était la première fois que je lui adressais la parole !
- Quand même, reprit M. de Ségur, vous auriez manqué à vos devoirs envers ce seigneur, il n'aurait pas dû vous infliger un aussi barbare traitement ; mais, si vous ne le connaissiez pas, s'il n'y avait pas de motif, ainsi que vous le prétendez, voilà un fait inexplicable, tout à fait invraisemblable.
- Cependant, Monsieur l'Ambassadeur, je vous jure que je dis la vérité !
- Quel est-il ce seigneur ? Savez-vous au moins son nom ?
- C'est M. le comte de Bruce, répondit le plaignant.
- Le gouverneur de la ville ?
- Oui... lui-même !
- Vous êtes fou, repartit M. de Ségur. Il est impossible qu'un homme aussi estimable et aussi estimé que l'est M. le comte de Bruce se soit permis, à l'égard d'un Français, un tel acte d'emportement, à moins encore une fois que vous ne l'ayez personnellement attaqué et insulté.
- Hélas ! Je ne puis que vous répéter ce que je viens de vous dire, Monsieur l'Ambassadeur : je n'avais jamais parlé à M. le comte de Bruce, c'était la première fois que je me trouvais en sa présence. De mon état, je suis cuisinier : ayant appris que M. le gouverneur avait besoin d'un chef de cuisine, je me suis présenté à son hôtel ; et, dès qu'on m'a annoncé à Son Excellence, elle a ordonné qu'on me donnât cent coups de fouet, ce qui a été exécuté sur-le-champ... Mon aventure peut vous paraître invraisemblable, Monsieur l'Ambassadeur, mais elle n'est que trop réelle, soupira le pauvre homme, et mes épaules peuvent au besoin fournir les preuves de ma sincérité.
- Je ne souffrirai pas, répliqua M. de Ségur, qu'on traite de la sorte un Français ; j'ai mission de protéger tous mes compatriotes. Si vous avez dit vrai, j'obtiendrai réparation de l'injure qui vous a été faite, je vous le promets. Mais, si vous m'avez menti, je saurai vous faire repentir votre imposture, songez-y bien ! Vous allez porter vous-même à M. le Gouverneur la lettre que je vais lui écrire, et l'un de mes gens vous accompagnera."
En effet, M. de Ségur écrivit séance tenante au comte de Bruce, pour l'informer de l'étrange accusation qui le concernait, et il remit la lettre au malheureux cuisinier.
Deux heures après, celui-ci reparut, mais ce n'était plus le même homme : au lieu de la colère et de la douleur, c'était la joie qui était peinte sur son visage ; sa bouche souriait, ses yeux pétillaient de plaisir, resplendissaient d'allégresse.
"Eh bien, m'apportez-vous une réponse ? demanda M. de Ségur.
- Non, Monsieur l'ambassadeur. Son Excellence va vous l'apporter elle-même. Mais tout s'est expliqué ! Je n'ai plus sujet de me plaindre. Je suis content, enchanté, Monsieur l'Ambassadeur ! Ah ! vous ne vous doutez pas quelle joie...
- Je ne comprends guère, effectivement, que vous ayez tant de motifs d'être ravi, après cent coups de fouet.
- Ce n'était qu'un quiproquo, Monsieur l'ambassadeur, un simple quiproquo !
- Mais est-ce que ces coups de fouet ne vous restent pas ?
- Si fait ! ils restent sur mes épaules, et très bien gravés. Mais il faut vous dire, Monsieur l'ambassadeur, qu'on vient de panser la blessure. Oui, M. le comte de Bruce a adouci mon mal, et il m'a tout expliqué. J'ai été victime d'une bien drôle de confusion, allez, Monsieur l'ambassadeur, d'un bizarre malentendu. M. le comte de Bruce avait pour cuisinier un de ses serfs, qu'il avait fait venir d'une de ses terres. Il y a quelques jours que ce cuisinier a disparu, qu'il s'est sauvé, en laissant des dettes chez tous les fournisseurs et en emportant, paraît-il, une assez forte somme à son maître. Son Excellence a ordonné de courir à sa recherche, et elle s'était proposé de le faire châtier, selon ses mérites, dès qu'on le lui ramènerait. Or, c'est dans ces circonstances que je suis arrivé, moi, que je me suis présenté pour occuper la place vacante.
- Et M. le gouverneur vous a pris pour le coupable ?
- Mais oui, Monsieur le comte, heureusement !
- Comment, heureusement ?
- Vous allez voir ! Lorsque je me présentai, dans l'intention de postuler cette place, et qu'on m'introduisit auprès de M. le gouverneur, il était dans son cabinet de travail, assis à son bureau, tournant le dos à la porte, et très occupé, absorbé par sa besogne. Le domestique qui me précédait dit en entrant : "Monseigneur, voici le cuisinier !" A l'instant, Son Excellence, sans se retourner, répondit : "Le cuisinier ? Qu'on le mène dans la cour, et qu'on lui donne immédiatement cent coups de fouet, comme je l'ai ordonné." Aussitôt le domestique referme la porte, me saisit, m'entraîne et appelle ses camarades, qui, sans pitié, comme je vous l'ai conté, appliquent sur le dos d'un pauvre et honnête cuisinier français les coups destinés à celui d'un mauvais cuisinier russe, déserteur et voleur. Voilà l'histoire.
- Mais cette grande joie que vous témoigniez !
- Son Excellence, M. le comte de Bruce, en me plaignant avec bonté, et en s'excusant de cette méprise, a accompagné ses consolantes paroles d'un cadeau plus consolant encore... Voyez, il m'a donné cette bourse, qui est pleine de pièces d'or ! Cela va me permettre de m'établir. J'ai précisement en vue un fonds de restaurateur... Quand je pense que, si je n'avais pas été pris pour l'autre cuisinier, si je n'avais pas reçu ces coups, je n'aurais pas eu cette chance ! Ah ! on a bien raison de dire qu'à quelque chose malheur est bon !" conclut le visiteur, en remerciant M. de Ségur de ses bons offices et en se retirant.

Albert CIM - 1897

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24 mars 2008

L'Eclipse et Christophe Colomb

Au cours de son dernier voyage en Amérique, Christophe Colomb fut rejeté par la tempête sur la côte de l'îleNum_riser0003 de la Jamaïque. Le temps n'était plus où il était accueilli avec enthousiasme par ses concitoyens après son premier voyage de découverte. Une foule d'aventuriers avides avaient traversé l'Atlantique, attirés par les merveilles annoncées au retour de la première expédition. Colomb, accusé, trahi par ses compatriotes, repoussé par ses anciens compagnons devenus ses rivaux, était à bout de ressources lorsqu'il trouva un refuge dans la baie où le jeta la violence de l'ouragan.
Les vivres manquaient ; les matelots menaçaient, à chaque instant, de se révolter contre leur chef, et pour comble de disgrâce, Christophe Colomb tomba malade. Il fallait subsister cependant, et fournir une nourriture suffisante aux équipages de ses  navires. Le malheureux grand homme résolut de la demander aux Indiens, habitants de l'île.
Mais les indigènes de la Jamaïque, comme ceux des autres Antilles, étaient fort mal disposés pour les Européens. Ces populations douces et pacifiques avaient d'abord accueilli avec bienveillance les premiers navigateurs qui abordèrent sur leur territoire ; mais la seule récompense qu'elles en avaient reçue était la brutalité, les mauvais traitements, la rapine et l'esclavage. Aussi leurs sentiments étaient-ils changés. Elles évitaient toute relation, quand elles le pouvaient, avec les blancs haïs et redoutés. Le chef des Indiens de la Jamaïque refusa de fournir les vivres qu'on lui demandait.
Christophe Colomb se vit réduit à la dernière extrémité. Son insistance resta sans effet. Il comprit qu'il était perdu s'il ne parvenait pas à vaincre la mauvaise volonté des Indiens. Heureusement une circonstance heureuse vint à son secours. A bout d'arguments, et au moment de rompre l'entretien, Colom se rappela qu'un éclipse de soleil devait avoir lieu le lendemain. Pris d'une soudaine inspiration subite, il se redressa de toute sa hauteur, et, étendant la main vers le ciel :
"Demain, à cette heure-ci, s'écria-t-il, si vous ne m'avez pas apporté les aliments que je réclame de vous, je vous enlèverai le soleil !"
Les Indiens se retirèrent, frappés de l'air prophétique de Christophe Colomb, et redoutant, au fond de leur coeur, les effets de la colère de ces blancs dont ils avaient appris à connaître la puissance. De même qu'ils croyaient que c'était le génie Ouragane qui soufflait les tempêtes, - d'où est venu notre mot : ouragan, - de même ils étaient persuadés que le génie bienfaisant était le soleil. La prédiction de Christophe Colomb les émut donc profondément ; cependant ils ne se rendirent pas, et le lendemain, à l'heure dite, les vivres n'étaient pas apportés au camp.
Alors le grand navigateur sortit majestueusement de sa tente, s'éleva sur un monticule, et en vue de toute la population indienne, tendit les deux bras vers le soleil. Au même instant le disque du soleil commença  à s'obscurcir vers la partie inférieure. Lorsque la moitié du soleil eut disparu, les Indiens terrifiés se prosternèrent. Les oiseaux interrompirent leurs chants, et les animaux se préparèrent comme pour le repos de la nuit. Mais l'ombre gagnait toujours la surface du soleil. L'obscurité augmentait autour du camp. Alors, les Indiens se levèrent, comme mus par un ressort, et, obéissant à un mot d'ordre, se dispersèrent dans toutes les directions.
Bientôt ils revenaient et déposaient aux pieds de Colomb un amas de provisions de toute nature, pour lui et ses compagnons. Le soleil continuait  à se cacher, et les aliments continuaient à s'entasser. Enfin, quand l'ombre se fût étendue sur la surface entière du soleil, Colomb, magnanime, fit un geste de pardon, puis implora le ciel pour la lumière reparut. Alors, lentement, le jour redevint éclatant, pendant que les Indiens émerveillés se jetaient de nouveau aux pieds de Christophe Colomb, avec les témoignages de la plus vive reconnaissance.
C'est ainsi que Christophe Colomb sauva tous ces compagnons, et lui-même, d'une mort affreuse, la mort par la faim, parce que ces calculs lui avaient révélé à l'avance l'heure exacte d'une éclipse de soleil.

Félix LAURENT (1897-1898)

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23 mars 2008

La justice sous les Mérovingiens

Sous le règne des Mérovingiens, la justice était liée à l'autorité publique : elle émanait du prince, non de la nation. Elle était rendue ni par le peuple, ni par un corps de juges indépendants ; elle l'était par des fonctionnaires. Par conséquent, elle se trouvait dans les mêmes mains qui avaient déjà l'administration, la perception des impôts, le commandement militaire. C'est la thèse qu'a développée  avec tant d'érudition l'historien des institutions politiques de France. On rencontre, à la vérité, dans les récits des chroniqueurs, quelques assemblées de justice qui décident seules et prononcent des arrêts, sans que le comte soit au milieu d'elles ; mais ces assemblées ne prononcent jamais une peine, et leur décisions n'a de valeur que si elle est acceptée des deux parties. Ce sont de simples tribunaux d'arbitrage, qui peuvent réconcilier, non punir. La justice coercitive appartient au duc ou au comte sans partage. Le véritable juge, c'est ce fonctionnaire qui est seul en possession du pouvoir judiciaire. Il fait arrêter qui il veut de sa propre autorité. Il ordonne de conduire un homme en prison, de le charger de chaînes, sans jugement ou en attendant le jugement ; ce qui prouve que la détention préventive était en usage, à cette époque.
Ce qui a induit en erreur bien des personnes, c'est qu'on voit dans les chroniques que le comte, dans l'exercice de ses fonctions judiciaires, est presque toujours entouré de quelques notables. Mais ces hommes auquel leur titre de boni viri paraît donner une grande importance, en avaient fort peu dans la pratique ; ils n'avaient d'influence qu'autant que le comte voulait bien leur en accorder. Qu'étaient donc ces assistants ? Leur nom officiel était auditeurs. Il y a lieu de supposer qu'ils n'étaient pas très différents de ce qu'avaient été les assesseurs dans l'empire romain : ils aidaient le juge de leurs lumières, ils éclaircissaient les points de droit, mais le comte n'était nullement tenu de se ranger à leur avis parce qu'il avait la toute-puissance. L'assistance écoutait les débats, donnait son opinion, mais le comte seul prononçait; aucun règlement ne l'obligeant à se soumettre au voeu de la majorité.
Cependant il arrivait souvent qu'un comte, par ignorance du code, laissât à son entourage le soin de faire la quête, d'interroger les parties, de chercher de quel côté était la bonne cause ; il trouvait avantageux qu'on lui dictât son arrêt, et qu'on lui indiquât l'article de la loi qu'il devait appliquer.
La justice mérovingienne était donc assez semblable à ce qu'avait été la justice impériale dans la Gaule. Des jugements du comte on appelait au roi, de même qu'autrefois des arrêts du gouverneur de province on avait appelé à l'empereur. La règle était la même que sous l'empire romain. Le roi mérovingien était le grand juge du royaume. Voici le formule officielle où est exprimé ce principe de droit public : "Celui à qui Dieu confie le soin du gouvernement, doit examiner avec diligence les procès des hommes ; aussi siègeons-nous au nom de Dieu dans notre palais pour entendre et décider toutes  les causes." Le tribunal du roi était constitué dans les mêmes conditions que celui du comte. Le roi ne siégeait pas sans être assisté de quelque haut personnage ; mais rien ne montre qu'il y eût là un jury indépendant. Tous ces hommes qui prenaient part au jugement étaient les agents du prince qui les avait  nommés et qui pouvait les évoquer. Il arrivait quelquefois que le roi se faisait remplacer par le maire du palais, qui était en quelque sorte son unique ministre pour les affaires civiles.

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05 février 2008

Le mariage des enfants

C'était, il y a longtemps, bien longtemps, quelques années après la mort du dernier roi polonais de la dynastie des Piasts, Casimir le Grand, ce roi des paysans au règne glorieux. Avant de descendre au tombeau dans le caveau royal creusé dans la montagne de Wabel, il choisit pour successeur le fils de sa soeur Elisabeth, le roi de Hongrie, Louis. Ce dernier avait donc à la fois les deux couronnes, et sa puissance s'étendait sur deux grands États, la Pologne et la Hongrie. Quoiqu'il eût dans ses veines le sang polonais des Piasts, ancêtres de sa mère, il n'avait rien de commun avec la patrie de ces héros. Il ne fit rien de bon pour le pays qu'il reçut de son oncle. Il ne pensait pas à la Pologne et s'occupait exclusivement de la Hongrie, et c'est dans ce dernier royaume seulement qu'on lui donna le nom de Grand. Il avait pour la Pologne des sentiments, non d'hostilité, mais d'indifférence, pareils à ceux d'une marâtre pour des enfants qui ne sont pas nés d'elle. N'ayant pas de fils, il voulut laisser la couronne de Pologne à l'une de ses filles, qui était encore en bas âge. La plus âgée s'appelait Marie, la plus jeune Edwige, et pour asseoir son pouvoir sur deux royaumes, il voulait les fiancer l'une et l'autre à quelque prince de maison royale. Les deux princesses n'avaient, il est vrai, quitté leur berceau que depuis peu de mois ; mais à cette époque, il était d'usage de célébrer les fiançailles des princes et des princesses encore enfants, et ces promesses solennelles d'hymen étaient généralement considérées comme des mariages indissolubles. Louis, dont on connaissait les prédilections pour tout ce qui était allemand, chercha ses gendres dans les familles régnantes de l'Allemagne. Il donna Marie à Sigismond, margrave de Brandebourg, et Edwige à Guillaume, fils de l'archiduc autrichien Léopold, qui mourut plus tard à la bataille de Sempach. Sachant apprécier le profit qui pouvait résulter d'une alliance avec un royaume aussi important que l'était la Pologne, Léopold mettait tout en oeuvre pour hâter l'union de son jeune fils avec la petite princesse polonaise. Déjà en 1375, les deux pères convenaient par écrit du futur mariage, quoique les enfants n'eussent alors que quatre ans ; trois ans après, quand le prince et la princesse atteignaient à peine leur septième année, le mariage fut célébré en grande pompe dans la ville autrichienne de Hainburg. C'était le jour de la Saint-Avit. Parmi les assistants se trouvaient un grand nombre de seigneurs, de chanteurs, de musiciens, de bouffons. Le cardinal Dimitri célébra la messe de mariage. Il était vêtu en archevêque et joignit les mains des deux époux comme il eût fait à un mariage entre grandes personnes. Après la cérémonie, les jeunes mariés et tous les assistants prirent place à la table splendidement servie. La gaieté régnait parmi tous les convives et tous les visages étaient souriants. On buvait dans de grands verres et on portait la santé des jeunes mariés auxquels visiblement toutes ces fêtes plaisaient beaucoup.
Après le repas commencèrent les danses, auxquelles le petit Guillaume et la petite Edwige prirent part. Ensuite les enfants, fatigués de tant de cérémonies et de fêtes inaccoutumées, demandèrent à se coucher, songeant que sans doute leur vie n'allait être que plaisirs et réjouissances comme au jour de leurs noces. Mais ces songes n'étaient qu'une illusion. La réalité fut, hélas ! bien différente. Par bonheur pour la Pologne, la main d'Edwige et la couronne ne devaient pas appartenir au prince allemand, mais au prince lithuanien Jagellon, qui eut pour mission de convertir avec l'aide de sa femme Edwige, ses sujets au christianisme et d'unir les deux royaumes qui avaient jusqu'alors été réciproquement hostile.

MEMOR

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17 octobre 2007

L'innocent payant pour le coupable

Jean de Carrouges, Comte d'Alençon, et son écuyer Le Gris

Ce seigneur, au retour d'un long voyage à l'étranger, appela en champs clos Jacques Le Gris, écuyer, qu'il accusait d'avoir insulté sa femme, Marie de Thibouville.
Le 29 décembre 1386, les lices furent dressées derrière l'église Saint-Martin-des-Champs de Paris, près du Temple. La foule vint au champ clos, "si nombreuse que merveille serait à penser".
Le roi et de nombreux seigneurs de la cour, richement habillés, avaient place sur des échafauds. Le Gris, qui venait d'être armé chevalier pour le combat, et Carrouges étaient assis l'un à côté de l'autre. Il étaient à peu près du même âge.
La haute et puissante dame de Carrouges assistait au combat, dans un char de deuil, entièrement vêtue de noir.
Son mari se leva, s'approcha d'elle, et lui dit, la voix grave :
- Dame, je vais aventurer ma vie et combattre Jacques Le Gris. Vous savez si ma querelle est juste et loyale ?
- Monseigneur, répond la dame, il est ainsi, et vous combattrez sûrement, car la querelle est juste.
- Au nom du ciel soit !... murmura le chevalier.
A ces mots, ému, il embrassa plusieurs fois sa femme, se signa et entra au champ.
Les deux champions furent alors placés en face l'un de l'autre par les témoins, qui leur dirent : "de faire ce pourquoi ils étaient venus".
Le signal donné, les deux chevaliers montèrent à cheval et commencèrent le combat.
Dans son char, très haute Dame de Carrouges, ne quittait pas des yeux son mari, tremblait comme une feuille et adressait à Dieu une fervente prière.
"Et vous dis qu'elle était en grandes transes, rapporte Froissart, et n'était pas assurée de sa vie ; car si la chose tournait en déconfiture pour son mari, il était sentencié que sans remède ont l'eût pendu et la dame arse (brûlée)."
Après avoir combattu pendant une heure en faisant preuve d'un grand courage, Jean de Carrouges reçoit une grave blessure à la cuisse.
Ses amis sont effrayés, sa femme pâlit affreusement ; mais lui ne descend pas de cheval et garde son sang-froid.
Bientôt il reprend l'avantage, et, se précipitant sur son ennemi, il le jette à terre, et, la pointe de son épée sur la poitrine, veut lui arracher un aveu ; mais le vaincu s'écrie d'une voix forte :
- Sur Dieu et la damnation de mon âme, je n'ai oncques commis le cas dont on me charge.
A ces mots, Carrouges lui plonge son épée dans le corps et, se tournant vers les spectateurs, il leur demande s'il a fait son devoir.
- Oui ! oui ! crie-t-on de tous côtés.
Le vainqueur se dirige vers le roi et se jette à ses pieds. Celui-ci lui ordonne de se relever, lui concède mille francs d'or et le nomme chambellan à 200 livres de gages.
Marie de Thibouville, qui s'est approchée de son mari, se jette à son cou, les larmes aux yeux, et l'entraîne à l'église de Saint-Martin-des-Champs pour rendre grâce à Dieu...
Pendant ce temps-là, le corps du Chevalier Le Gris, remis aux mains de la justice, était emmené à Monfaucon et pendu à un gibet...
Quelques mois après ce drame terrible, un écuyer de Paris, arrêté pour plusieurs crimes, avoua qu'il était l'auteur de la mauvaise action reprochée au pauvre Le Gris.
Jean de Carrouges, atterré par cette révélation, partit pour la Terre Sainte, d'où il ne revint jamais ; sa femme entra dans un couvent et mourut dans une chambre qu'elle avait fait murer complètement.

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