26 juillet 2007
Oradour-sur-Glane
La guerre est longue, inhumaine. En 1944, les Allemands, partout en France, savent déjà que la partie est perdue. Le repli commence. Le 10 juin 1944 est un samedi pluvieux. Une date qui restera à jamais dans l'histoire comme celle du plus monstrueux des crimes commis pendant ces années de cruauté. C'est le 10 juin 1944, qu'à lieu la destruction totale du petit village d'Oradour-sur-Glane. Et le massacre de tous ses habitants.
Le 10 juin 1944 à 6 h 30 du matin, le premier tramway s'arrête à l'entrée d'Oradour-sur-Glane, un petit village sans histoire, distant de 22 kilomètres de Limoges. Un beau petit village, comme on en voit dans les livres de géographie, avec sa grande rue bordée de boutiques, son église, sa mairie, ses cafés. Un petit village où il n'était jamais rien arrivé, tout juste un cambriolage en dix ans, un petit village où tout le monde vivait heureux. Le samedi 10 juin 1944, nombreux furent les habitants de Limoges à venir passer les deux jours de repos dans le bourg où vivaient leur famille ou leurs amis. Et comme c'était le jour de la distribution de viande et de tabac, nombreux étaient les villageois des environs à être venus pour la journée dans ce calme site où l'on aimait se promener le long des rives de la Glane, la petite rivière qui serpentait derrière l'église. Et puis soudain vers 14 heures, un nuage de poussière attire l'attention des promeneurs. C'est une colonne allemande motorisée. Une dizaine de blindés suivis par des camions camouflés de feuillage qui stoppent brutalement sur la place de l'église. Des soldats allemands en descendent. Ils sont tous jeunes, le plus âgé doit avoir 25 ans environ. Deux cents hommes qui cernent immédiatement Oradour.
Des patrouilles de soldats parcourent maintenant le village. "Toute la population doit être rassemblée sur le champ de foire". Quelques minutes plus tare, une longue colonne de femmes tenant leurs enfants dans leurs bras, d'hommes, de vieillards se rend vers le lieu du rassemblement. On se parle en marchant. Que se passe-t-il encore ? Personne, à Oradour, n'est vraiment inquiet. On n'a rien à se reprocher. Il ne peut s'agir que d'une vérification d'identité... Des trois écoles du village sortent les rangs d'enfants, en bon ordre et par deux. Deux cents trois écoliers, très exactement, qui se réjouissent de cette récréation imprévue. Bientôt huit cents personnes sont réunies sur le champ de foire. D'un côté les hommes, et de l'autre, les femmes et les enfants. Un coup de sifflet retentit. Un interprète ordonne aux femmes de se diriger avec les enfants vers l'église.
Le maire, le docteur Paul Desourteaux, arrive sur les lieux. Un soldat allemand demande aux hommes de plus en plus inquiets s'ils possèdent des armes. Personne ne répond. A Oradour, personne ne possède une arme de guerre. L'Allemand s'adresse alors au maire : "Nous allons perquisitionner dans toutes les maisons. Mais avant, nous vous ordonnons de désigner cinq otages". Et le docteur Desourteaux de répondre : "Je n'ai pas cinq otages à vous indiquer ! Si quelqu'un doit être rendu responsable d'un acte quelconque je me désigne le premier. Et avec moi, mes quatre fils !" Pendant que les hommes sont divisés en quatre groupes et emmenés dans différents points d'Oradour, le pillage commence. On vole tout, le linge, l'argenterie, les bijoux, les objets sans valeur qui feront de bons souvenirs. Il est maintenant 15 h 30. Le commandant du détachement de SS donne un ordre. C'est le massacre.
Des rafales d'armes automatiques crépitent dans tout le village. Dans les rues, les maisons, les granges, les étables, les champs même. Rien n'est épargné. Les corps alignés contre les murs s'écroulent sous les balles. Ceux qui restent debout, derrière les premiers tombés sont abattus à leur tour. Puis les meurtriers s'approchent et achèvent ceux qui bougent encore. D'autres SS arrivent qui recouvrent alors les cadavres de fagots et de paille qu'ils allument. Les flammes jaillissent. Et le feu gagne les maisons, les charpentes ; les toitures s'écroulent, communiquant l'incendie aux constructions voisines. On tire sur tout ce qui bouge. Des maçons qui travaillent sur un échafaudage s'écrasent au sol. Des paysans qui labourent leur champ ne sont pas épargnés. Ils meurent sur le sillon qu'ils viennent de tracer. Un vieillard de 78 ans impotent est abattu dans son lit, et son corps est brûlé dans sa maison. Mais le plus atoce reste encore à faire. Les SS se dirigent maintenant vers l'église. L'église où sont enfermés tous les enfants et toutes les femmes du village.
Dans la belle église où l'on peut encore voir les bouquets de fleurs blanches de la communion célébrée le dimanche précédent, la foule prie. Les bébés sont tous rassemblés dans la chapelle de sainte Anne. Et le soleil filtre à travers les vitraux qui semblent annoncer l'espoir. Soudain, les visages se lèvent, terrorisé. On entend au loin le crépitement des balles. Et on comprend qu'à quelques mètre est en train de mourir le père, le mari ou l'être cher. Un cri jaillit de tous les coeurs : O Sainte Vierge Marie, priez pour nous ! Protégez-nous !
La petite porte de l'église s'ouvre en grinçant : deux SS apportent une lourde caisse. Leurs bottes résonnent lugubrement dans le silence angoissé qui s'éternise. Les deux hommes tendent de longues ficelles blanches et avant de partir, allument les mèches qui se mettent à grésiller. C'est l'horreur. On attent d'une seconde à l'autre l'explosion. Mais surprenante, une lueur bleue, phosphorescente jaillit dégageant bientôt une fumée noire. Les mères affolées, asphyxiées essaient de protéger le mieux leur enfant du gaz fatal. Mais comme la mort ne semble pas faire son oeuvre assez vite, la porte s'ouvre de nouveau, et à l'aveuglette, des soldats mitraillent l'intérieur de l'église, abattant au hasard toutes les formes qui bougent, se traînent ou esquissent un mouvement de fuite. Sous la poussée des corps, la porte de la sacristie cède, et pendant une seconde, les femmes croient avoir trouvé le salut. Mais les premières à sortir de la fournaise sont abattues. L'une d'entre elle monte alors sur un escabeau, défonce le grillage qui protège le vitrail et, sans mesurer la hauteur de sa chute, s'élance dans le vide. Derrière, une voix crie : "Attrapez mon petit, sauvez-le." La femme se retourne. Une mère envoie son bébé qui tombe sur le sol. En hurlant, la mère saute à son tour, et les deux femmes s'enfuietn en emportant le petit corps inerte. Un SS les ajuste au bout de son fusil et les abat.
A 20 heures, il ne reste plus rien du village d'Oradour-sur-Glane. Plus une maison, plus un magasin, plus une grange. Rien. C'est la désolation, la mort. Partout. Le tramway ramenant de Limoges les habitants d'Oradour partis à la ville passer la journée stoppe devant les soldats menaçants. Les villageois découvrent leur village en feu. Et les SS en riant leur crient : "Tous Kaput ! Tous Kaput !"
Huit cents personnes trouvèrent la mort ce 10 juin 1944 dans le village martyr d'Oradour-sur-Glane. Huit cents personnes dont vingt-huit seulement pourront être identifiées ! Il y eut ce jour-là une vingtaine de rescapés. Les soeurs Pinède et leur petit frère André, âgé de neuf ans qui restèrent cachés plusieurs heures sous le perron d'un hôtel. Martial Litaud, 82 ans. Marcel Belivier, 18 ans, qui a vu ses parents emmenés par les assassins. Le petit Roger Godfrin, 8 ans, qui s'est jeté dans la rivière et a nagé autant qu'il a pu. Jean Senon, qui avait une jambe dans le plâtre et qui s'est caché dans un buisson jusqu'à trois heures du matin. Et Mme Rouffanche, 46 ans, grièvement blessée qui est la seule femme à avoir pu s'enfuir de l'église. Tous ont raconté des scènes hallucinantes de sadisme, de fanatisme et de cruauté. Mais tous ceux qui sont qui sont restés en vie se posent une question. Pourquoi ce massacre ?
Cette tueris a été l'oeuvre de la division "Das Reich" composée en partie de soldats alsaciens, qui s'est rendue coupable, entre autres atrocités, du massacre de Tulle, dans la Corrèze, où des centaines d'habitants furent pendus aux balcons de la ville en signe de représailles. Mais à Oradour, de quelles représailles aurait-il pu s'agir ? Une autre explication a été donnée : une voiture de la colonne Allemande se serait arrêtée à Oradour la veille du massacre pour faire de l'essence. M. Poutaraud, le garagiste, aurait répondu qu'il n'en avait pas. Il s'en serait suivi une perquisition au cours de laquelle un stock d'armes aurait été découvert. C'est à la suite de cette découverte que l'ordre de détruire le bourg aurait été donné. Explication peu convaincante. On dit encore qu'une rixe aurait éclaté la veille entre des officiers allemands et des jeunes réfractaires. Mais jamais, ces derniers n'auraient ouvert le feu sur une colonne aussi puissante composée de deux cents hommes armés !
Alors ? L'oeuvre de fous criminels qui se savaient battus et qui n'avaient pas voulu quitter la région sans se venger de leur défaite ? N'oubliez pas que ces hommes avaient entre 18 ans et 25 ans . Que sont-ils devenus par la suite ? Ont-ils oublié leur crime atroce ?
Si un jour vous passez par Limoges, faites un détour de 22 kilomètres. Vous découvirez tel que l'ont abandonné les assassins de la division "Das Reich" le village martyr d'Oradour-sur-Glane. Les maisons sont encore là, éventrées, à ciel ouvert. On aperçoit encore des automobiles rouillées, des vélos d'enfants tordus, des machines à coudre renversées. Un message qui fait mieux comprendre que tous les mots ce qu'à réellement été le plus monstrueux de tous les crimes de la dernière guerre.