Histoire et Esotérisme

De l'histoire certe, mais on va essayer de sortir des sentiers "rebattus" et de l'Esotérisme.

28 août 2007

Héroïsme et Humanité

C'était le soir de la terrible bataille de Pultava. Les Russes avaient écrasé les Suédois. La belle armée de Charles XII était taillée en pièces et ses débris n'offraient plus qu'un tableau lamentable. Les ténèbres allaient s'épaississant par degrés. Dans le froid noir on entendait des roulements de tambours, des hennissements de chevaux, des cliquetis d'armes, des cris, des appels, des claquements de fouets, des sonneries de trompettes, mille bruits confus et sourds montant ensemble dans les airs. Un spectacle imposant se déroulait sous les yeux. La terre, trépignée par les armées, ici défoncée sous le poids des canons, là, déchirée par la mitraille, partout rouge de sang, témoignait de l'acharnement de la lutte : armes, casques brisés, ceinturons et sacs jetés ça et là, affûts fracassés, hommes et chevaux étendus dans toutes les poses, crispés et raidis, un pêle-mêle affreux. Dans le lointain flottaient des panaches de fumée, signalant les dernières fusillades dont les hauteurs renvoyaient les échos. La plaine était jonchée de morts et de mourants. Sur les routes, les fuyards affolés couraient par centaines, éperdus, jetant leurs armes, cherchant un abri. Quelques-uns se répandaient dans les bois où ils espéraient échapper à la poursuite du vainqueur. Des détachements de cosaques fouillaient sans relâche les taillis, avec l'ordre de ne faire aucun quartier.
Un jeune officier suédois, blessé grièvement, était parvenu à se traîner dans un de ces bois jusqu'auprès d'une cabane habitée par des bûcherons. Mais ses forces épuisées avaient trahi son courage. Il n'avait pu atteindre la porte de la maisonnette et était tombé évanoui sur le chemin.
Quelques instants après, la fille du bûcheron avait paru au détour du sentier qui conduisait à sa demeure. Elle voit le blessé, court à lui, le soulève doucement, interroge ses traits affreusement pâles, et dans son regard à demi éteint essaie de découvrir si la mort et le destin ont fait une victime de plus.
A ce moment, deux cosaques à cheval accoururent la lance baissée. Dans leur fureur ils ne raisonnent point. Tous deux ne voient, au premier instant, qu'une importante capture à faire, le grade de l'officier suédois se reconnaissant à son costume.
- Rendez-vous ! s'écrient-ils, ne songeant point que le blessé est incapable de résister, de répondre.
Son silence les irrite, ils fondent sur lui, prêts à le percer. Hélas ! son sort est fatal ! Mais la jeune fille a eu un élan de vaillance. Elle étend le bras, saisit la lance qui va frapper le Suédois, et d'une voix ferme :
- Respect aux mourants ! s'écrie-t-elle.
Le cosaque, étonné de cette bravoure, s'arrête, la lance en suspens. Son regard se fixe sur cette scène émouvante. Ce jeune homme expirant n'est plus pour lui un ennemi, et la pitié est soudainement dans son coeur. L'héroïsme de la jeune fille lui a tout à coup enseigné que le soldat a des devoirs d'humanité. Une larme mouille sa rude paupière. D'un geste impérieux il réprime l'emportement de son compagnon et lui fait signe de descendre de cheval. Lui-même met pied à terre, et échangeant quelques mots rapides avec la jeune fille, qui leur montre sa cabane, à quelques pas plus loin, pieusement les deux Russes prennent le Suédois dans leur bras et le transportent chez le bûcheron, où des soins dévoués le rappellent à la vie.

Jean REMY

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24 avril 2007

La prise de Dôle

La guerre de 1668, où les sièges durèrent si peu, fut marquée par un plaisant épisode. On craignait d'être retardé par le siège de Dôle, place assez forte. Le comte de Grammont, courtisan spirituel et gai jusqu'à la témérité, offrit de "prendre la ville avec des mots". Le moyen n'était pas coûteux, on consentit. Le comte s'approche d'une porte ; il répond aux menaces par des plaisanteries ; les fusils s'abaissent, il plaisante encore. Cette folie si brave étonne les soldats, qui trouvent l'homme et le spectacle amusants. Pendant quatre heures, c'est un assauts de quolibets. Grammont a soif, on lui donne à boire ; il récompense généreusement son messager. Bientôt on lui ouvre la porte. Il se fait conduire aux principaux bourgeois qu'il embrasse en se nommant. Il exalte la puissance du roi, ses vertus magnanimes et sa redoutable colère. Il peint les horreurs de l'assaut et ses suites. - "N'est-ce pas, s'écria-t-il, une épouvantable opération que d'être passé net au fil de l'épée, et comme Besançon se réjouira de la prise de Dôle !". Le comte s'arrête, il a touché juste ; les Dôlois ont quelque courage, mais ils ont, avant tout, la haine de Besançon. L'idée de voir transférer à cette rivale odieuse leurs privilèges et leur Parlement les émeut ; ils demandent à délibérer ; le lendemain, ils capitulèrent. Le comte de Grammont avait tenu sa promesse.

Camille ROUSSET

dole

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