26 mars 2008
GRENOBLE
Ce n'était, à l'arrivée de César en Gaule, qu'un village sans importance appela Cularo et appartenant aux Allobroges. Dioclétien l'entoura d'un mur et l'empereur Gratien agrandit son enceinte et lui donna le nom de Gratianopolis. A la chute de l'empire, elle fut assujettie aux Burgondes et, au siècle suivant, les Francs vinrent s'y établirent.
Vers l'an 1219 la ville faillit être emportée par une inondation subite de l'Isère et une partie de sa population périt. A la même époque, elle tomba sous le souveraineté des comtes d'Albon qui prirent le titre des dauphins de Vienne et le conservèrent jusqu'en 1349, date à laquelle Humbert II, le dernier d'entre eux, céda au roi Philippe VI sont titre et sa principauté.
Pendant les guerres de religion, le trop célèbre baron des Adrets, qui terrorisait tout le midi par ses brigandages, s'empara de Grenoble et la livra au pillage. Les tombeaux des dauphins qui ornaient l'église Saint-André furent démolis par ses ordres et profanés. Chassé par l'ancien gouverneur Sassenage, il rentra dans la ville peu après et extermina toute la garnison.
A la Saint-Barthélémy, l'élément protestant n'eut point à souffrir, grâce à de Gordes qui, à l'instar du vicomte d'Orthez, refusa d'obéir aux ordres du roi.
En 1590, Lesdiguières entra dans la place au nom de Henri IV et jusqu'à révocation de l'édit de Nantes (1685), la tranquillité y régna. Mais cette mesure de rigueur obligea beaucoup de familles locales à s'expatrier.
Pour enrayer les tentatives des parlements, qui protestaient contre les nouveaux impôts établis par Brienne, le gouvernement institua, en 1787, une cour plénière chargée des pouvoirs qu'on enlevait au cours de justice. Le parlement de Grenoble s'inscrivit en faux, le premier, contre une mesure attentatoire à ses droits et déclara traître à la nation et au roi quiconque s'inclinerait devant cette mesure. Le commandant de la province intervint par la force pour assurer l'exécution des édits ; mais le peuple, ayant à sa tête des femmes armées de bâtons, se souleva pour défendre ses magistrats et les troupes furent battues. Cet épisode, appelé "journées des tuiles", et où Bernadotte, alors simple soldat, faillit périr, est la première prise d'armes de la Révolution et c'est de Vizille que les états du Dauphiné vont proclamer la nécessité de réunir les états généraux.
En 1815, au retour de l'île d'Elbe, la ville ouvrit ses portes à Napoléon.
Par son emplacement au confluent de rivières torrentueuses comme l'Isère et le Drac, elle a été souvent dévastée par leurs débordements, notamment en 1840, 1856, 1859. Cette dernière crue fut particulièrement terrible, au point que tous les quartiers se couvrirent en quelques heures, d'une nappe d'eau de 1 m 50.
Et pourtant sa situation, au milieu de la magnifique plaine du Graisivaudan, au pied du mont Rachais, est vraiment merveilleuse et il n'y a point de ville sur notre territoire qui puisse lui être comparée pour les admirables points de vue qu'elle présente au touriste. La plume est impuissante à décrire la splendeur des paysages, l'éclat de leur végétation, l'aspect varié des montagnes, tantôt arides, sauvages, nues, coronnées de neiges éternelles.
Par sa position, Grenoble commande le passage de la vallée de l'Isère et sa proximité de la frontière italienne lui a valu un système sérieux de défense. Une enceinte la circonscrit et des forts garnissent les sommets d'alentour.
Quelques-uns de ses monuments méritent d'être cités comme les églises Saint-Laurent, Notre-Dame et le Palais de justice. Elle a également une riche bibliothèque qui renferme 600.000 volumes et un précieux musée où figurent de bons tableaux des écoles hollandaise, flamande et française.
Cette cité prospère a vu augmenter sa population dans d'appréciables proportions et la cause en est à sa très vivante industrie. La ganterie y a pris une importance exceptionnelle et plus de 25.000 personnes sont occupées, tant à Grenoble que dans les environs, à la préparation et à la découpure des peaux, à la piqûre des gants dont près de 900 mille paires sont livrées anuuellement au commerce. Pour ces objets de mode, elle gouverne à sa fantaisie le marché français et son chiffre d'affaire, en cette matière, dépasse trente millions.
Elle s'occupe aussi de la préparation du chanvre, de la fabrication des ciments, des chapeaux de paille, les liqueurs et son commerce en bois de construction, plâtre, chaux, est considérable.
Le mécanicien Vaucanson, Condillac, Mably, l'orateur Barnave, le constituant Mounier, Mme de Tencin, Casimir-Périer, Beyle, plus connu sous le pseudonyme de Stendhal, le maréchal Randon sont originaires de Grenoble ou des environs.
Population en 1896 : 64.000 habitants.
12 juin 2007
L'évêque, le roi et un jardin médiéval
Uzès est une très belle ville du Gard dont le "premier" seigneur s'appelait Elzéar (1045-1125). Vassale des comtes de Toulouse, la lignée faillit en rester là attendu qu'Elzear n'avait donné la vie qu'à une fille. L'affaire fut rattrapée par l'arrangement d'un mariage avec un certain Raymond Décan de Posquières que l'on retrouva ultérieurement aux côtés de Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, lors de la première croisade.
De cette union, naquirent huit enfants dont quatre devinrent évêque, l'un seigneur de Posquières et donc dépendant de la vicomté de Nîmes, l'une épouse d'Alphonse Jourdain et future mère de Raymond V de Toulouse et les deux derniers Bermont Premier et Béatrice à qui l'on partagea la seigneurerie d'Uzès.
La moitié de Bermont resta entre les mains de sa descendance et preuve de l'accroissement de la puissance de la famille pour raison d'alliances et de mariages savamment combinés passant de seigneurie à vicomté en 1328, duché à la renaissance et prairie quelques années plus tard.
Le duc d'Uzès devint même premier duc de France aprés l'exécution du duc de Montmorency en 1632. De ce prestigieux ancêtre reste l'hommage d'une tour du château ducal, appelée "bermonde".
L'autre moitié, aprés Béatrice et sa fille, se divisa à nouveau en deux parties, des quarts de seigneurerie en étant partagé entre Raynon II et Elzéar III.
La lignée de Raynon II revendit sa part aux évêques d'Uzès qui cumulèrent alors pour un quart les deux titres. Cette accumulation leur donna plus de puissance. Les évêques eurent l'autorisation de battre monnaie au milieu du douzième siècle. Lors de la croisade contre les Albigeois au début du treizième siècle, d'autres pouvoirs sont accordés par Simon de Monfort.
Le dernier quart fut revendu à la fin du quizième siècle au roi Charles VIII.
Le pouvoir local était donc divisé en trois et il était symbolisé par une tour ducale, une tour de l'évêque et une tour royale (il y en aurait même une seconde hors muraille construite au treizième siècle quand le roi n'était pas du partage).
En 1721 le roi cède sa part. Il ne reste plus que deux pouvoirs sur Uzès avec deux châteaux, celui des évêques et des rois que la révolution transformera en biens nationaux. Les édifices deviendront prisons jusqu'en 1926. La ville d'Uzès les rachetera quinze années plus tard. Enfin en 1995, le lieu redeviendra public et surtout accueillant avec la mise en place d'un somptueux jardin médiéval dont s'occupe avec passion une association.
La constitution de ce jardin a été le fruit de recherches précises tant pour la disposition et les plans que pour le choix des plantes cultivées.
Les "aménageurs" ont posé leur regard sur les tapisseries, les enluminures, les miniatures et autres représentations visuelles, ont lu avec application les traités et autres manuscrits relatant la botanique, de médecine, et d'alimentation, etc. et n'ont pas lésiné sur leur temps de bénévoles pour mener en bonne voie leur projet : un exemple à suivre pour celles et ceux qui parfois laissent davantage parler leurs fantasmes et leurs projections au nom d'un Moyen Âge qui n'est que fuite du monde contemporain. A Uzès, la démarche est inverse et noble, démontrant que ces temps médiévaux, il y a peu, dit obscurs, sont en réalité des réserves inépuisables de sagesse et de savoirs.
Au pied des tours du roi et de l'évêque, le jardin médévial d'Uzès réserve cependant ses surprises en toute saison comme ces magnifiques roses de Noël qui défient le froid pour mieux nous envoûter et pour nous inviter... tout simplement...
Hervé BERTEAUX
29 mai 2007
DIJON
Agréablement placée sur une faible hauteur, au conflent de l'Ouche et du Suzon, sur le canal de Bourgogne, cette ville était appelée, par sa position sur les limites de deux importants bassins, et comme étape intermédiaire entre la capitale et la Suisse, à un développement qu'elle n'a pas manqué d'atteindre.
Les auteurs ne sont pas parfaitement d'accord sur ses origines. Les uns font remonter son établissement aux Gaulois, d'autres le placent à l'époque de l'occupation romaine. Grégoire de Tours assure que les anciens attribuaient la construction de son château à Aurélien. Quoiqu'il en soit, le nom de Dijon -Divio- est un mot celtique qui signifie fontaine.
Après la soumission des Gaules au proconsul César, les villes que l'esclavage ne frappa point conservèrent le droit de vivre selon leurs coutumes et de choisir leurs magistrats. Dijon fut de ce nombre. Ces élus de la cité répartissaient les impôts, veillaient au maintien de l'ordre et leur compétence s'étendait à toutes les causes civiles et criminelles.
Au IVe siècle, les familles sénatoriales du territoire lingon y vivaient et c'est là que Gondebaud fut vaincu par Clovis qui était venu lui faire la guerre à l'incitation de Clotilde, désireuse de venger la mort de son père.
Le roi Robert le Pieux en fit la capitale du duché dont il dota son fils Henri.
Une charte, que Philippe-Auguste confirma, permit au duc Hugues d'établir, en 1183, une commune sur le plan de celle de Soissons. En vertu de cette décision, le maire était élui par tous les habitants pour une durée de un an. Il présidait la justice municipale, administrait les affaires de la ville, était le chef de la milice dont les gens d'église eux-mêmes faisaient partie.
Sous les ducs issus de la famille de Valois, Dijon tint un rang distingué parmi les métropoles. La cour des princes, qu'on appelait grands ducs d'Occident et qui, par leur puissance, auraient pu tenir en échec la royauté, devint un des centres politiques les plus en vue.
A la mort de Charles le Téméraire, Louis XI s'empara de cette riche province et, grâce à son habileté, la garda.
Sa capitale joua, durant les querelles religieuses, un rôle actif. Mayenne, gouverneur de Bourgogne, ent fit le dernier refuge de la Ligue et ne la céda à Henri IV qu'après que celui-ci l'eut battu à Fontaine-Française (1595).
A la suite d'une révolte, Louis XIII lui enleva ses libertés et prérogatives que Condé rétablit peu après.
Pendant la guerre de 1870, elle fut bombardée par les Prussiens qui y entrèrent le 31 octobre pour l'évacuer bientôt. Nos troupes s'y établirent, mais l'armée ennemie, sous le commandement du général Werder, la reprit et la réoccupa. C'est dans ses environs que, du 20 au 24 janvier 1871, Garibaldi livra aux Allemands plusieurs combats acharnés, heureux pour nos armes.
Ces évènements ayant révélé, par une expérience chèrement payée, quelle était l'importance stratégique de Dijon, on a transformé la ville en vaste camp retranché que gardent 8 forts, dont un placé à 584 mètres d'altitude.
Comme capitale de l'ancien duché, elle possède de fort beaux monuments et en assez grand nombre pour paraître, à distance, hérissée de tours, de coupoles, de flèches appartenant à tous les styles et à tous les âges. Ses édifices, tous de proportions plutôt restreintes, sont, pour ainsi parler, les uns sur les autres. Nous signalerons comme les plus dignes de retenir l'attention ; l'église Notre-Dame, le type le plus achevé de l'architecture bourguignonne au XIIIe siècle, duquel Vauban a dit "qu'il ne manquait qu'un écrin pour y déposer ce bijou" ; le Palais des ducs de Bourgogne dénommé aussi Palais des Etats. Reconstruit au XVIIe siècle, il ne subsiste de l'ancien que la terrasse, emplacement favorable pour un magnifique panorama, la salle des Gardes de la tour de Bar qui communiquent entre elles par une superbe galerie où étaient servis les repas somptueux "pour lesquels la cour de Bourgogne était sans rivale". Classé parmi les monuments historiques, il sert actuellement d'hôtel de ville. Le Château, achevé par Louis XII, a été prison d'Etat : la duchesse du Maine, Mirabeau, le chevalier d'Eon, le général autrichien Mack et Toussaint-Louverture y furent enfermés. Le Palais de Justice, où l'ancien parlement de la province tenait ses séances, est l'oeuvre de Louis XI. Le Musée, un des plus riches de France, a de splendides collections, entres autres unes d'estampes qui comprend plus de quarante mille feuilles. Il renferme également les tombeaux de Philippe le Hardi et du Téméraire. Ces mausolées, ornés de statuettes très poussée, de figurines exquises, des broderies de pierre les plus élégantes sont de purs chefs-d'oeuvre qu'ont produits de grands artistes des XIVe et XVe siècles.
Avec les avantages d'une situation aussi privilégiée, Dijon aurait pu croître davantage en population et en commerce. Mais tel qu'elle est, son trafic n'en est pas moins considérable, surtout par son marché de céréales, ses ventes de vins, de laines, de bois, de bétail, d'huiles, de quincaillerie. De son industrie, celle qui se rapporte à l'alimentation est la première. Sa moutarde, ses confitures, son cassis, son pain d'épices sont en faveur marquée auprès du public. On y voit encore de nombreuses brasseries, des distilleries, des tanneries, des manufactures de bonneterie, de chapeaux, des fonderies de caractères typographiques, des imprimeries, de grands ateliers de reliure, des fabriques d'instruments agricoles.
Cette cité est une de celles qui ont le mieux conservé leurs moeurs et échappé à la manie de copier Paris.
Au XVIIIe siècle, elle vivait d'une vie intellectuelle complètement indépendante et il n'est pas exagéré d'affirmer qu'elle a fait plus à elle seule que des provinces entières pour accroître la richesse nationale.
Personnalité dijonnaise remarquables : les savants Mariotte et Guyton de Morveau, l'érudit La Monnoye, Crébillon, Piron, le président des Brosses, Bossuet, le musicien Rameau, les statuaires Claudes Ramey, Rude, Jouffroy.
Population en 1896 : 67 736 habitants.