16 juin 2009
Le peintre Holbein
Peu de temps après que le roi d'Angleterre Henri VIII eut nommé l'illustre Holbein "peintre de la couronne", un matin que cet artiste était occupé dans son cabinet et avait consigné sa porte, un noble de la plus haute lignée, lord W..., insista tellement pour être introduit, qu'il finit par forcer la consigne. Tout en s'excusant poliment, Holbein affirma qu'il était en ce moment trop occupé pour le recevoir...
Lord W... l'interrompit pour lui faire remarquer qu'un personnage de son importance ne pouvait se morfondre devant une porte.
"Mais, enfin, je suis chez moi ! s'exclama Holbein. Je suis libre de recevoir qui je veux dans mon cabinet ou dans mon atelier !"
Lord W... répliqua qu'il connaissait les égards dus à son rang, à ses titres, qu'il n'entendait pas se laisser ainsi manquer de respect.
La discussion s'envenima si bien que Holbein, d'un caractère peu facile et peu paisible, saisit lord W... par les épaules et le jeta en bas de l'escalier.
Sa colère calmée, l'artiste réfléchit sur les conséquences de cette action, en comprit toute la gravité, et courut faire part de la chose au roi dont il implora la protection.
Presque en même temps, lord W... arrivait près du souverain et venait demander satisfaction de l'outrage qu'i! avait reçu.
Henri VIII l'écouta complaisamment.
Il s'efforça tout d'abord de l'apaiser.
Mais lord W... élevait de plus en plus la voix, et se montrait de plus en plus irrité et exigeant.
Piqué de ce manque de respect, le roi finit par répondre à ce seigneur :
"Milord, sur votre propre vie, je vous enjoins de ne tirer aucune vengeance de mon peintre.
- Mais, Sire, c'est à vous à me venger !
- Songez, continua le roi sans s'émouvoir de cette injonction, songez qu'il y a cette différence entre vous deux, que de sept paysans je puis, en une minute, faire autant de nobles ; mais que de sept nobles pareils à vous, je ne pourrais jamais faire un peintre comme Holbein !"
10 juin 2009
La vocation de Benvenuto Cellini
Cà ! Benvenuto, mon fils, as-tu juré de me désobéir jusqu'à ce que la tristesse ait rendu mes cheveux blanc ? Je t'avais prié d'étudier ce chant merveilleux, qu'un musicien romain a composé pour la flûte, ce chant si doux qu'il semble inspiré de quelque céleste génie, et voici qu'au lieu de te trouver l'instrument aux doigts, j'aperçois ta flûte dans un coin, ta musique par terre, et toi-même, modelant de la terre glaise sur la table. Tu veux donc me désespérer ?..."
Benvenuto se leva, confus et rougissant. C'était un garçon de quinze ans, grand, fort ; ses cheveux noirs tombaient en boucles autour de son cou ; il avait d'admirables yeux, étincelants d'intelligence, et un pli droit, entre les sourcils, donnait à ce visage d'adolescent une expression singulière d'énergie et d'entêtement.
"Père ! murmura-t-il.
- Assez ! dit avec colère Giovanni Cellini. Je suis fifre de Sa Seigneurie le cardinal de Médicis. Je pouvais aussi consacrer ma vie aux arts du dessin et à l'orfèvrerie : je ne l'ai pas fait, jugeant que la musique comporte un caractère plus élevé. Et puisque tu es né musicien, puisque, à ton âge, tu peux, par ton habileté de flûtiste, satisfaire déjà les amateurs les plus éclairés, j'exige que tu continues dans cette voie. La sculpture, la peinture, le modelage, sont des métiers malaisés, pour lesquels tu n'es point fait. J'ai dit... Prends ta flûte et travaille."
Benvenuto prit sa flûte et, pendant deux heures, tira du mélodieux instrument des sons si doux et si purs que le vieux fifre florentin en avait les larmes aux yeux.
"Et le bandit voudrait abandonner cet art !..." grommelait-il.
Tous les jours, la même scène se reproduisait. Benvenuto ne formait qu'un seul rêve : être orfèvre, ciseler des bijoux, monter des pierres fines ; il haïssait cette musique pour laquelle il semblait né.
"Il faut que cela finisse !..." songea-t-il.
Et, avec l'énergie parfois terrible qui devait, sa vie durant, former le fond de son caractère, il prit une résolution qu'il se promit d'exécuter le soir même. Il ne se demanda pas s'il n'allait pas causer à son père un désespoir mortel : il se sentait entraîné par une vocation irrésistible, et il obéissait à son génie.
"Michelina, dit-il brusquement, je pars.
- Où vas-tu ? demanda-t-elle, très grave.
- A Pise. Je vais partir à minuit. J'y serai demain. J'y connais un orfèvre, et m'engagerai chez lui. Je ne peux plus vivre en compagnie de ma flûte !
- C'est bien, dit l'enfant. Tu as raison, Benvenuto !... Pise n'est pas loin ; j'aurai parfois de tes nouvelles. Qui sait ?... Un jour, peut-être, j'irait t'y voir."
A minuit, Benvenuto partait, sans argent, un bâton à la main...
L'angélus sonnait à la tour de Pise, lorsque l'adolescent se présenta à maître Olivieri della Chiostra, orfèvre au lieu dit Pietra del Pesce.
"Alors, conclut l'artiste à la fin de leur entretien, tu veux que je t'enseigne les secrets de mon métier ? J'y consens, si je te juge digne de les recevoir. Prends ce morceau de glaise, et façonne-le à ton gré."
Joyeux, Benvenuto prit la glaise. En moins d'une heure, il avait exécuté un masque imité de l'antique, et reproduisant l'expression terrible et majestueuse des visages de tragédie.
"C'est bien !... C'est plus que bien ! s'écria maître Olivieri. Voici qui est déjà l'oeuvre d'un maître ! Quelle assurance et quelle audace dans les reliefs ! Quelle harmonie de lignes !... Ah ! Benevuto ! tu nous donneras des leçons à tous. Tu peux abandonner la flûte sans remords, car tu feras, dans un autre art, des oeuvres glorieuses et éternelles !..."
Benevuto Cellini passa un an à Pise. Il avait écrit à son père, pour lui demander pardon :
"Il me semble, disait-il naïvement, que je suis désormais au Paradis ! je vous ferai honneur, mon bon père !..."
Et Giovanni lui avait répondu :
"Le destin, sans doute, l'a voulu. Travaille et sois heureux. Mais, je t'en supplie, n'abandonne jamais la flûte !..."
Au bout de dix mois, maître Olivieri, pour témoigner à Benvenuto toute sa satisfaction, lui fit cadeau d'un morceau d'argent assez lourd. Benvenuto le cisela à sa guise, et pour lui-même. Il en fit un fermoir de ceinture, large comme la main d'un enfant, formé de guirlandes de feuilles d'une merveilleuse finesse. La renommée s'en répandit chez tous les orfèvres toscans. Les jours s'écoulaient ainsi, à dessiner, à étudier et copier les antiques, à ciseler les métaux précieux, à monter les pierres fines.
Or, vers la fin de l'année, un messager, qui venait de Florence, remit à Benvenuto une lettre, écrite par un écrivain publique. Elle était de Michelina, qui l'avait dictée.
"Je suis désespérée, disait l'enfant. Mon père va être emprisonnée pour dettes. Ce n'est pas sa faute : il a été malade, il n'a pu travailler. Je ne sais à qui m'adresser, et c'est pourquoi, Benvenuto, j'ai recours à toi, si bon et si courageux. Je ne sais comment tu pourras nous secourir, mais je suis sûre que tu nous secouras !"
Benvenuto ne perdit pas son temps à réfléchir : ses décisions étaient vite prises.
"Maître, dit-il à Olivieri, j'ai besoin d'un congé de huit jours. Il faut que j'aille à Florence.
- Va ! dit l'orfèvre. Tu me rends trop de services pour que je te refuse ce plaisir !..."
Le soir même, Benvenuto tombait dans les bras de son père, qui pleura de joie en le voyant.
"Et la flûte ?..." fut la première question du brave homme.
Benvenuto se mit à rire.
"Il s'agit bien de flûte !... Ou, plutôt, oui... ou presque... Comme fifre de Sa Seigneurerie, n'avez-vous pas libre accès auprès du cardinal, mon père ?
- Si fait, dit glorieusement Giovanni.
- Il faut me présenter à lui, demain !
- Oh ! oh !... Comme flûtiste ?
- Non... comme orfèvre."
Giovanni soupira.
"Je te présenterai..." dit-il enfin avec résignation.
Le lendemain, il présenta Benvenuto au cardinal. Très calme, un genou en terre, le jeune homme offrit à l'éminence un écrin qu'il avait apporté : dans l'écrin était le fermoir d'argent.
"Votre Eminence voudra-t-elle accepter cet hommage du plus humble de ses sujets ?..."
Le puissant seigneur poussa un cri d'admiration.
"C'est toi qui l'as ciselé ?
- C'est moi !
- Alors tu seras la gloire de Florence, la ville des arts... Demande-moi ce que tu voudras, je te l'accorderai..."
Ce que Benvenuto demanda, il n'est pas difficile de le deviner : une heure après, le pauvre père de Michelina recevait sa grâce, avec décharge de toutes ses dettes, et Benvenutto Cellini était attaché au service des Médicis. Comme l'avait prédit maître Olivieri, il fut un des plus grands artistes de ce siècle où vécurent des hommes tels que Michel-Ange, et il peupla l'Italie de ses oeuvres immortelles. Le vieux Giovanni s'enorgueillissait d'avoir un tel fils :
"Et pourtant, disait-il parfois, comme il jouait bien de la flûte !"
A. BAILLY
24 octobre 2008
Le Hennin
En 1417, les dames, en France, se coiffaient "de cornes merveilleuses"... Et avoient de chacun costé, dit
Juvénal des Ursins, deux grandes oreilles si larges que quand elles vouloient passer l'huis d'une chambre, il falloit qu'elles tournassent de costé.
Dix ans après, un moine cordelier écrit ces quelques mots : "La teste qui vouloit estre cornue maintenant est mitrée. Et sont ces mitres en manière de cheminées ; et grand abus que, tant plus belles et jeunes les femmes sont, plus hautes cheminées elles ont."
Pierre des Gros, le cordelier, en veut aussi au grand "couvrechef délié", le voile, "qui monte et leur pend jusqu'au bas par derrière, signe que le diable a gagné le chasteau contre Dieu. Quand les gens d'armes gagnent une place, ils mettendt leurs éstendards au-dessus.
Ces cheminées sont les hennins, "hauts atours de la longueur d'une aune ou environ, lit-on dans les Annales de Bourgogne, aigus comme des clochers, desquels dépendoient par derrière de longs crêps à riches franges comme estendards.
Les historiens du Costume ne sont pas fixés sur la forme exacte des hennins ; et d'ailleurs les hennins, comme les coiffures de tous les temps, se modifièrent sans doute d'un an à l'autre, d'une saison peut-être à l'autre saison. Olivier de la Marche l'avoue dans son "Parement des dames"; qui répond aux règnes de Charles VII et de Louis XI.
Qu'était-ce donc le hennin ?
Un bourrelet en pain fendu dressé sur le front et soutenu par une calotte élevée avec d'autres atours ajustés en sens inverse et retombant par derrière ?
Un bourrelet montant d'abord et séparant de droite et de gauche comme la tiare du grand prêtre en Israël ?
Une carcasse, laiton ou carton, haute de trois quarts de mètre au moins, en cône, garnie de toile fine ou de gaze en quantité telle que l'étoffe formait de longs et larges appendices des deux côtés, et tombait en flot par derrière, au bas de la jupe pour les princesses, au genou pour les nobles dames, à la ceinture pour les bourgeoises ?
Etait-ce le haut bonnet de Charlotte de Savoie, pointu, un peu renversé en arrière pour soutenir le voile, avec une large passe de velours de couleurs noire couvrant le front jusqu'aux sourcils ou à peu près ?
Quelle que fût sa forme, le hennin, certainement un haut bonnet qui força plus d'une femme à se traîner sur les genous pour sortir de son appartement, le hennin encourut les censures de l'Eglise.
Les cordeliers et moines de tous les ordres l'attaquent dès qu'il paraît. En cet an 1428, aux pays de Flandres, Tournaisis, Artois, Cambrésis, Ternois, Amiénois, Ponthieu et Marches environnantes, régnoit un prescheur de l'ordre des Carmes, natif de Bretagne par les bonnes villes et autres lieux "prédications bien longues en blasmant les vices et peschés d'un chascun, et spécialement blasmoit très fort les femmes de noble lignée et autres portant sur leur teste haults atours. Quand il en voyoit une, il esmouvoit après elle les petits enfans, et les faisoit crier : Au hennin ! Au hennin !... Iceulx enfans en continuant leurs cris couroient après, de tirer à bas lesdits hennin." Les femmes de honte d'être ainsi traitées, jetaient bas leurs atours.
Monstrelet, qui conte le fait, les compare au limaçon, "lequel, quand on passe près de lui, retire les cornes par-dedans, et quand il n'ouït plus rien les reboute dehors. Après que ledit prescheur se fut desparti du pays, elles reprinrent petit à petit le hennin tel ou plus grand mesme."
Le hennin fit son entrée à Paris en 1429 et de là passa dans toutes les provinces, et remplit de sa vogue les deux règnes de Charles VII et Louis XI.
On s'étonne un peu de la durée de cette mode qui cachait entièrement la chevelure, l'une des suprêmes beautés de la femme. Il fallait retrousser les cheveux sur le haut de la tête, les tendre fortement afin d'avoir le front dégagé et uni.
Agnès Sorel, la souveraine maîtresse du temps en l'art de la toilette, travailla certainement à la destruction de la haute coiffe, mais elle mourut. On la retrouva dans son tombeau avec un crépé de cheveux sur le front, ses propres cheveux.
Les mères de famille, les femmes sérieuse, les petites bourgeoises assez sages pour rester en leur condition, ne coiffèrent pas le hennin ; elles se contentaient du chaperon, sorte de capeline assez semblable à celles que portent les dames d'aujourd'hui pour la sortie du bal et du théâtre.
Quant à la toilette féminine au temps du hennin, c'était toujours la robe, vêtement de dessus, en riche étoffe figurée pour les nobles dames, jupe bridée sur le devant, amples plis par derrière, longue queue, et dans le bas une bande de velours ou de laitice, fourrure blanche. La hauteur de la laitice et la longueur de la queue annonçaient le rang de la dame. Le corsage collant, taille courte et haute ceinture, s'échancrait autour du cou pour laisser place à un léger fichu de gaze, le touret, et s'ouvrait par devant sur une pièce de broderie, le tassel. Les manches demi-ajustées couvraient entièrement les bras.
Il y eut grand luxe pour les hommes, sous Charles VII, avec les fameuses houppelandes de velours brodées de perles. Mais vint Louis XI. "Or nostre roy s'habilloit si court et si mal que pis ne pouvoit. Et assez mauvais draps portoits aucunes fois, et un mauvais chapeau différent des autres et une image de plomb dessus."
"Nostre roy" voulait donner l'exemple. Les guerres avec les Anglais avaient ruiné l'industrie en France. On achetait au dehors les fourrures, les étoffes de soie, les draps fins, et on ne vendait pas. Louis XI encouragea nos villes drapantes, cré les fabriques de Lyon pour la soie, celles de Toures pour les tissus d'Orient, et s'habilla alors magnifiquement.
"Dans la fin de sa vie, il ne portoit, dit Commines, que robes de satin cramoisy, et il en donnoist aux gens sans qu'on les lui eust demandées."
Ces robes n'étaient autres que des jaquettes, vêtements assez courts, en deux pièces, le corsage et la jupe, cousues à la taille, et les deux pièces froncées, c'est-à-dire à plis s'évasant en sens inverse. Une armature intérieure, dite mahoitre, soutenait les manches en ballon, relevait et élargissait les épaules.
Une chronique rimée de 1480, célèbres les "haults bonnets et les jacquettes". Les dames de notre siècle on fait revivre, avec leurs gigots, les mahoitres du règne de Louis XI, et les Cauchoises portent encore aujourd'hui le hennin du temps jadis.
Mme BARBE - 1894
03 avril 2008
Le petit d'Acquin
Louis-Claude d'Acquin, proche parent d'Antoine d'Acquin, premier médecin le Louis XIV, naquit d'un père qui ne lui avait laissé aucun patrimoine ; mais son génie pour un art enchanteur l'en dédommagea suffisamment. Sa bonne fortune le dispensa de faire péniblement sa réputation : la nature lui avait donné des talents pour la musique.
Quelques leçons du fameux Bernier lui suffirent pour apprendre à composer. Dès l'âge de huit ans, il entreprit une pièce à grand choeur et à symphonie. Lorsqu'il fut question de l'exécuter, son maître plaça le jeune auteur sur une table de la Sainte-Chapelle, afin qu'on le vît battre la mesure.
Dès l'âge de six ans, le petit d'Acquin eut l'honneur de toucher le clavecin en présence de Louis XIV. Le grand Dauphin lui frappa doucement l'épaule, et dans son ravissement il l'embrassa en lui disant : "Mon petit ami, je vous prédis que vous serez un jour un de nos plus habiles artistes.
A la messe de minuit de Noël, il imita parfaitement le chant vif et varié du rossignol, sans que le couplet dans lequel il le faisait entrer parût souffrir de cette addition, et la surprise du public fut universelle. Le trésorier de la paroisse envoya le suisse et les bedeaux à la découverte dans les voûtes et sur le faîte de l'église : point de rossignol. C'était d'Acquin, alors âgé de onze ans.
Telle était l'habileté de cet enfant, que, dès sa douzième année, il obtint l'orgue du petit Saint-Antoine sur une foule de compétiteurs. Quand l'âge mûri son talent, il se présenta au concours de l'église Saint-Paul, en concurrence avec le fameux Rameau. Le jeune artiste, ayant entendu la fugue de son rival, s'aperçut qu'elle avait été préparée, et que le sujet lui avait été communiqué. Il ne laissa pas d'improviser à son tour une fugue qui pouvait le disputer à celle de son antagoniste.
Cependant les suffrages furent partagés. Les arbitres consultés décidèrent qu'on demanderait aux deux candidats des morceaux à leur choix. D'Acquin remonta à l'orgue en premier ; il jeta son chapeau et son épée de dépit dans la chambre aux soufflets ; puis arrachant le rideau qui le cachait aux spectateurs, il leur cria : "C'est moi qui vais toucher." Il était hors de lui-même ; ses yeux étincelaient. Il toucha et il enleva ses auditeurs. Rameau, découragé, essaya de balancer les suffrages ; mais d'Acquin obtint la victoire.
L'année d'après, Marchand, qui est regardé comme le plus grand organiste qui ait jamais paru, vint entendre le Te Deum de d'Acquin, à Saint-Paul. La fête avait été annoncée dans les papiers publics. Paris entier y était accouru ; tout était plein, le choeur, la nef, les bas-côtés, les chapelles latérales, les chapelles éloignées, les deux sacristies, les galeries d'en haut, l'escalier de l'orgue, les passages ; le devant du portail même était encombré de curieux. Les carrosses tenaient la rue Saint-Antoine jusqu'aux Célestins. Notre organiste, plus varié, plus brillant, plus léger, plus sublime que jamais, enchanta tous les auditeurs ; et chacun emporta des impression si vives et si profondes, qu'on en parla longtemps avec enthousiasme.
Loin d'être jaloux d'un si brillant succès, Marchand sauta au cou du jeune d'Acquin sortant de Saint-Paul ; il le tint longtemps embrassé, pleurant de joie, comme si c'eût été son propre fils. C'est à des traits pareils que l'on reconnaît le vrai talent et le génie. La médiocrité seule, ayant beaucoup perdre, redoute des rivaux.
01 avril 2008
Origines de la Marseillaise
La Marseillaise est une hymne patriotique et qui est devenu de nos jours le chant national de la France. La musique en est fort belle et produit toujours un grand effet. Je vais vous raconter l'origine de ce chant de guerre.
C'était sous la Grande Révolution. Le 20 avril 1792, l'Assemblée législative décréta la guerre contre l'empereur d'Allemagne, et, le 11 juillet suivant, le président prononça d'une voix solennelle, au milieu d'un religieux silence, cette formule simple et terrible : "Citoyens ! la patrie est en danger."
Quand la déclaration de guerre parvint en Alsace - province patriotique par excellence et qui hélas ! ne nous appartient plus - elle y fut accueillie avec des transports d'enthousiasme ; des milliers de volontaires s'inscrivirent au bureau d'enrôlement pour marcher à la défense du territoire.
Et ceux qui allaient partir, et ceux qui devaient rester, sentaient également le besoin de se faire leurs adieux, de se rappeler à leurs devoirs, dans le langage harmonieux qui unit les coeurs en unissant les voix. Tous désiraient un chant patriotique et guerrier.
Dans la garnison de Strasbourg se trouvait un jeune officier du génie, nommé Rouget de l'Isle, né à Lons-le-Saunier le 10 mais 1760, connu pour versifier agréablement, et d'ailleurs assez bon musicien. On lui demanda s'il se sentait capable de répondre au voeu de ses concitoyens. Il s'en défendit beaucoup, alléguant que jusqu'alors il n'avait composé que de petits vers de société.
C'est chez le maire de la ville, Dietrich, à la suite d'un concert où l'exaltation patriotique avait été portée à son comble que ces instances furent faites auprès de Rouget de l'Isle. Il se retira, la tête pleine d'harmonie et l'esprit vivement préoccupé. Tout à coup, vers le milieu de la nuit, une sorte de fièvre lyrique le réveille, et l'hymne s'enfante d'elle-même dans son cerveau, musique et poésie. Il ne pouvait plus dire comment cela s'était passé.
Dès le lendemain matin, il court chez Dietrich et le prie de rassembler les personnes qui s'étaient trouvées la veille dans le salon : elles viennent. Rouget de l'Ilsle s'assied au clavecin, et exécute son oeuvre au milieu des acclamations universelles.
Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé.
Jamais popularité ne fut aussi rapide. Quelques mois après, la France entière savait le nouveau chant, et le bataillon des Marseillais l'ayant fait entendre dans la journée insurrectionnelle du 10 août, il reçut là son baptême : on le nomma la Marseillaise.
Rouget de l'Isle mourut à Choisy-le-Roi, près de Paris, le 26 juin 1836.
25 janvier 2008
La folie de la dentelle
Au XVIe et surtout au XVIIe siècle, la folie de la dentelle a frappé, sans exceptions, toutes les cours
d'Europe et les deux sexes, à condition qu'ils fussent argentés. Les dames espagnoles portaient, sous leur vertugadin de taffetas noir, au minimum 12 jupon garnis de dentelles d'or ou d'argent. Elizabeth d'Angleterre en mettait partout : à ses fraises ; à ses vestes, à ses gorgettes, à ses chemises, à ses coussins, à ses voiles, à ses amants. A sa mort, sa garde-robe regorgeait de 3 000 robes garnies de dentelles. Quant à Charles I d'Angleterre, plus de 1 000 mètres de dentelle décoraient ses habits de chasse.
En France, la passementerie s'attaque d'abord à la fraise lancée par Henri II qui voulait, ainsi, cacher une vilaine cicatrice au cou. La fraise prend de telles proportions sous Henri III qu'il est désormais impossible d'apercevoir ses pieds et de manger correctement son potage. Louis XIII lance la mode de la dentelle aux bottes et, lorsqu'il monta à l'échafaud, Cinq-Mars, coquet jusqu'au bout des orteils, avait sur ses bottes 300 ornements en dentelle. Sous Louis XV, ce sont les manchettes, appelées pleureuses, qui attrapent le virus dentellier. Manchettes flottantes, bouffantes, vaporeuses, elles permettent aux tricheurs d'y cacher des cartes à jouer. L'archevêque de Cambrai, bâtard du Régent, possédait 4 douzaines de paires de manchettes. Il avait des manchettes de jour, des manchettes de nuit et des manchettes dites tournantes de Malines ou de fine Valenciennes. Une petite fortune : une dentellière de Valenciennes pouvait, au maximum, confectionner 0,04 m de points de Valenciennes par jour. Il lui fallait 10 mois à raison de 15 heures de travail quotidien pour achever une paire de manchettes qui coûtait, au bas mot, 4000 livres. Une paille à côté de l'aube de cérémonie du cardinal de Rohan : elle valait 100 000 livres. Cette débauche vestimentaire prit de telles proportions qu'au cours du XVIIe siècle, 3 édits furent pondus, en vain d'ailleurs, par le Parlement afin de limiter cette folie de la dentelle.