21 novembre 2008
Le cher malade
Madame de Lesdiguière et son amie Mme de Bourbon-Busset convinrent un jour d'aller ensemble voir Mme la marquise du Deffand, femme célèbre dans le monde littéraire du dix-huitième siècle, pour lui demander des nouvelles de son parnt M. de Pont de Veyle, alors très souffrant.
Les premiers compliments terminés, Mme de Bourbon-Busset s'enquit de la santé du "cher malade".
"Eh ! mon Dieu, je n'en ai justement pas de toutes fraîches ! dit aussitôt la marquise du Deffand. Il est resté à la campagne, à une lieue d'ici ; je n'ai qu'un laquais pour le moment, et j'allais justement envoyer une de mes femmes de chambre voir comment il va.
- Il pleut à torrents, répliqua Mme de Bourbon- Busset ; aussi, pendant que nous sommes près de vous, votre femme de chambre pourrait profiter de notre carrosse pour effectuer le trajet.
- Vous êtes infiniment bonnes et je vous rends mille grâces, repartit la marquise. Mademoiselle, poursuivit-elle en s'adressant à une soubrette qu'elle avait sonnée et qui venait d'entrer, veuillez donc aller chercher des nouvelles de notre cher petit malade. Mme la comtesse de Bourbon-Busset permet que vous preniez son équipage, à cause de la pluie.
- Ne tardez pas trop, Mademoiselle, ajouta Mme de Lesdiguière. Nous ne pourrons partir qu'à votre retour...
- Je vous remercie, interrompit Mme de Deffand, tandis que la soubrette sortait, de l'intérêt que vous voulez bien porter à mon pauvre malade. Lui, d'ordinaire si aimable, si vif, si remuant, il est tout abattu, toujours roulé sur lui-même et sommeillant près du feu ; je suis allé le voir hier, il m'a bien reconnu, mais au lieu de sauter vers moi, il n'a pu que mouvoir la tête et secouer les oreilles."
Tout en écoutant ces paroles, les deux visiteuses se regardaient d'un air étonné et interrogateur. M. de Pont de Veyle avait-il donc coutume de sauter à la rencontre de la marquise de Deffand ? Etait-ce donc son habitude de secouer les oreilles pour témoigner sa joie ? On parla d'autre chose, et enfin un roulement de voiture annonça le retour de la camériste.
"Eh bien ! Mademoiselle, comment l'avez-vous trouvé ?
- Aussi bien que possible, Madame la marquise.
- Est-ce qu'il a bien voulu manger, aujourd'hui ?
- Il a bu la moitié de son lait, puis s'est mis à jouer avec un vieux chapeau qu'il tirait, mordait...
- Voilà une singulière fantaisie de malade ! s'écria Mme de Lesdiguière.
- Enfin, marche-t-il, à présent ? reprit la marquise.
- Ah ! pour cela, je ne saurais vous le dire, répliqua la soubrette ; il est toujours couché en rond ; mais il m'a bien reconnue, il secouait ses longues oreilles...
- Comme il a fait hier en m'apercevant, le cher petit ! interrompit la marquise.
- Comment, ses longues oreilles ? dit Mme de Bourbon-Busset.
- Mais elle ne sont pas longues ! continua Mme de Lesdiguière. Au contraire, M. de Pont de Veyle à l'oreille petite et fine...
- Mais qui vous parle de M. de Pont de Veyle ? s'écria Mme du Deffand. C'est de mon pauvre chien Pyrame, de notre cher petit malade qu'il est question ! M. de Pont de Veyle, lui, est tout à fait rétabli.
- C'était justement de lui que nous nous inquiétions !
- Rassurez-vous, il va maintenant tout à fait bien !"
Albert CIM
13 avril 2008
Napoléon, le maréchal de Luxembourg et Jean Bart
Napoléon ayant demandé à Chaptal pourquoi le sucre râpé ou pilé était moins bon que le sucre en morceaux, il répondit : "Sire, il existe trois substances dont les principes sont les mêmes : le sucre, la gomme, l'amidon ; ces substances ne diffèrent que par certaines conditions dont la nature se réserve le secret, et je crois que dans la collision qu'exerce le pilon, quelques parties sucrées passent à l'état de gomme ou d'amidon, et causent la différence qui a lieu dans ce cas." Et Chaptal avait raison. La chaleur résultant du choc du pilon ou de l'action de la râpe, transforma une partie du sucre savoureux en dextrine insipide.
Le maréchal de Luxembourg faisait la guerre comme Condé ; d'une santé débile dans un corps contrefait, il était, comme son maître, plein de fougue et d'élan : "Ne pourrais-je donc jamais venir à bout de ce petit bossu !" disait un jour avec dépit le roi d'Angleterre. "Comment sait-il que je suis bossu, s'écria Luxembourg en apprenant ce que Guillaume avait dit, puisqu'il ne m'a jamais vu lui tourner le dos ?"
Un jour Jean Bart conduisait le prince de Conti, qui venait d'être nommé roi de Pologne. Attaqué par les Anglais, il courut le danger d'être pris. Comme le prince lui témoignait sa joie d'être encore libre : "Nous n'avions pas à craindre d'être faits prisonniers, répondit le brave marin ; mon fils était à la sainte-barbe prêt à nous faire sauter s'il eût fallu nous rendre."