Dans les dernières années de sa vie, Louis XIV marchait difficilement, et ne sortait plus qu'en chaise à porteurs. Il s'était accoutumé aux services d'un de ses domestiques, nommé d'Aigremont, son porteur de devant, qui ouvrait et fermait toujours la portière de la chaise, et il lui témoignait une grande bienveillance. La moindre préférence accordée par les souverains au plus humble de leurs serviteurs ne manque jamais d'être remarquée.
Le roi avait fait quelque bien à la nombreuse famille de cet homme, et lui adressait souvent la parole pour s'informer de son sort ou de celui des siens.
Un abbé attaché à la chapelle de Versailles s'avisa de prier d'Aigremont de remettre au roi un placet dans lequel il suppliait Sa Majesté de lui accorder un bénéfice. D'Aigremont eut l'imprudence de se charger d'un tel message. D'un ton très fâché, le roi dit à son serviteur, lorsque celui-ci lui remit le placet :

"D'Aigremont, on te faire une chose très déplacée, et je suis sûr qu'il y a du mercantilisme là dedans."

Le roi voulait dire par là que le porteur dû se faire payer sa peine. Mais d'Aigremont ignorait le sens du mot mercantilisme, ne connaissait même pas le terme, aussi, répondit-il au roi, et d'un air très effrayé :

"Non, Sire, il n'y a pas le moindre mécanisme là dedans, je vous le jure ! M. l'abbé m'a simplement promis qu'il me donnerait cent louis pour me charger de cette commission.

- Eh bien, mais c'est ce que j'appelle du mercantilisme ! repartit le roi. D'Aigremont, ajouta-t-il, je pardonne à ton ignorance et à ta sincérité. Je te ferai donner les cent louis sur ma cassette, mais je te ferai chasser la première fois que tu t'aviseras de me présenter un placet. Ce n'est pas là ton affaire, et tu n'es chargé que de porter les brancards de ma chaise et d'ouvrir ma portière."