A la bataille de Guinegatte (juin 1513), plus connue sous le nom de Journée des Éperons, parce qu'un certain nombre de chevaliers français, en fuyant devant l'ennemi supérieur en nombre, se servirent plus leurs éperons que de leurs épées, le chevalier Bayard soutint pendant longtemps les efforts de plusieurs compagnies d'archers anglais ; à la fin, il fut forcé de céder et de battre en retraite, comme le restant de l'armée française.
Ayant aperçu de loin un officier ennemi, richement équipé, qui, voyant les Français en désordre, dédaignait de faire des prisonniers et avait préféré s'étendre au pied d'un arbre pour se reposer, Bayard pique droit à lui, saute à bas de son cheval, et, appuyant son épée sur la gorge de cet homme :
"Rends-toi, dit-il, ou tu es mort !"
L'Anglais, s'imaginant que, pendant qu'il se reposait ainsi sur ses lauriers, les Français avaient reçu du secours et que la victoire a tourné en leur faveur, se rend sans opposer de résistance.
"Alors ce n'est plus nous, ce sont les Français qui triomphent ? demande-t-il.
- Il n'y a malheureusement rien de changé à la bataille ! riposte Bayard.
- Mais, dans ce cas... Qui donc êtes-vous ? s'écrie l'officier anglais.
- Je suis le capitaine Bayard, qui vous rend son épée, comme vous lui avez rendu la vôtre, et qui se fait aussi votre prisonnier.
- Prisonnier l'un de l'autre !"
Cependant, quelques jours après, Bayard voulut rompre cette chaîne et s'en aller.
"Vous avez votre rançon à me payer ! dit l'officier anglais. Je ne vous laisse pas partir sans cela !
- Et la vôtre ? réplique Bayard. Vous me devez aussi votre rançon, et à bien plus juste titre, car je vous ai pris le premier ! Vous oubliez...
- Pardon ! C'est vous qui oubliez que la victoire appartient aux Anglais et aux Allemands ; par conséquent, que je suis maître de vous !
- Pas du tout ! Je vous avais pris avant de me rendre ! Vous étiez mon prisonnier avant que je sois le vôtre ! J'avais votre parole, que vous n'aviez pas encore la mienne ! Si donc vous voulez que je paye ma rançon, payez-moi d'abord la vôtre !"
Cette singulière contestation, unique peut-être dans toute l'histoire des batailles, fut portée au tribunal de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Angleterre, qui décidèrent que les deux prisonnier devaient être considérés comme mutuellement quittes de leurs promesses.