Peu de temps après que le roi d'Angleterre Henri VIII eut nommé l'illustre Holbein "peintre de la couronne", un matin que cet artiste était occupé dans son cabinet et avait consigné sa porte, un noble de la plus haute lignée, lord W..., insista tellement pour être introduit, qu'il finit par forcer la consigne. Tout en s'excusant poliment, Holbein affirma qu'il était en ce moment trop occupé pour le recevoir...
Lord W... l'interrompit pour lui faire remarquer qu'un personnage de son importance ne pouvait se morfondre devant une porte.
"Mais, enfin, je suis chez moi ! s'exclama Holbein. Je suis libre de recevoir qui je veux dans mon cabinet ou dans mon atelier !"
Holbein
Lord W... répliqua qu'il connaissait les égards dus à son rang, à ses titres, qu'il n'entendait pas se laisser ainsi manquer de respect.
La discussion s'envenima si bien que Holbein, d'un caractère peu facile et peu paisible, saisit lord W... par les épaules et le jeta en bas de l'escalier.
Sa colère calmée, l'artiste réfléchit sur les conséquences de cette action, en comprit toute la gravité, et courut faire part de la chose au roi dont il implora la protection.
Presque en même temps, lord W... arrivait près du souverain et venait demander satisfaction de l'outrage qu'i! avait reçu.
Henri VIII l'écouta complaisamment.
Il s'efforça tout d'abord de l'apaiser.
Mais lord W... élevait de plus en plus la voix, et se montrait de plus en plus irrité et exigeant.
Piqué de ce manque de respect, le roi finit par répondre à ce seigneur :
"Milord, sur votre propre vie, je vous enjoins de ne tirer aucune vengeance de mon peintre.
- Mais, Sire, c'est à vous à me venger !
- Songez, continua le roi sans s'émouvoir de cette injonction, songez qu'il y a cette différence entre vous deux, que de sept paysans je puis, en une minute, faire autant de nobles ; mais que de sept nobles pareils à vous, je ne pourrais jamais faire un peintre comme Holbein !"