Num_riser0006Les chevaliers du guet, disons-le, étaient des hommes chargés de guetter pendant la nuit les voleurs et ceux qui troublaient le repos des honnêtes gens et ils n'avaient de commun que le nom avec les membres de la chevalerie.
La chevalerie était une institution militaire féodale réservée à l'ordre de la noblesse. Elle avait ses règles de conduite, ses lois pour la guerre et pour la paix, elle conférait des privilèges et imposait des devoirs.
Ne croyez pas qu'il était facile de devenir chevalier. Oh ! non, et celui qui postulait cet honneur avait à subir de longues épreuves et s'engageait par des voeux solennels. Formés en association et liés par un sentiment d'honneur et de fraternité, les chevaliers se défendaient mutuellement ; mais si l'un d'eux manquait à la loyauté et à l'honneur, il était déclaré félon.
On le faisait monter sur un échafaud ; on y brisait à ses yeux les pièces de son armure ; son blason effacé était attaché et traîné à la queue d'une cavale. Le héraut d'armes accablait d'injures l'ignoble chevalier. Le clergé prononçait les malédictions d'un psaume. Trois fois on demandait le nom du chevalier et trois fois le héraut d'armes répondait qu'il ignorait ce nom. On répandait alors sur la tête du patient un bassin d'eau chaude, on le tirait au bas de l'échafaud par une corde ; il était mis sur une civière et transporté à l'église, couvert d'un drap mortuaire, et les prêtres psalmodiaient sur lui les prières des morts. On montrait ainsi qu'il n'était plus digne d'être compté au nombre des vivants et que son nom ne devait plus être prononcé.
Quand vous entendrez dire qu'un homme a des sentiments chevaleresques, vous en conclurez qu'il a des sentiments nobles et généreux, dignes d'un chevalier. La chevalerie nous rappelle donc des sentiments de courage, de loyauté, de dévouement. Souvent le chevalier parcourait le monde, cherchant des torts à redresser, des oppresseurs à combattre ; il suppléait par son courage individuel à la faiblesse ou à l'absence de l'autorité suprême.
La chevalerie rendit de grands services à l'époque où elle parut ; elle imposa le respect de la justice et du droit, elle régla l'ardeur guerrière des seigneurs, et, en proclamant la trêve de Dieu, elle diminua les maux des guerres privées.
Cette institution a exercé aussi une grande influence sur les progrès de notre civilisation. c'est à elle que les Français on dû l'élégance, la distinction des manières, le bon ton, la politesse et la noble courtoisie qui les ont distingués longtemps des autres peuples.
Le respecte et la courtoisie envers les femmes étaient imposés aux chevaliers. Dans les tournois ou jeux militaires, on voyait de nombreuses dames parées de leurs plus beaux atours, et si, par hasard, un chevalier manquait de courtoisie ou de courage, il suffisait à l'une d'elles de toucher son écu -petit bouclier sur lequel étaient gravées ses armoiries- pour qu'il fût exclu du combat. Les joutes finies, les juges allaient trouver, parmi les nobles dames, celle qui paraissait la plus digne de décerner le prix et c'était elle qui le remettait au vainqueur.
Celui qui aspirait à devenir chevalier entrait d'abord au service d'un gentilhomme en qualité de page. C'était une sorte de domesticité à laquelle ne s'attachait aucune idée humiliante. Il devait avoir sept ans et passer sept autres années à ce service. Dès qu'il avait atteint l'âge de quatorze ans, il pouvait devenir écuyer, c'est-à-dire porter l'épée. Ne pouvant être chevalier avant vingt et un ans, l'écuyer restait encore sept ans dans ce noviciat avant d'être admis à entrer dans le temple d'honneur ou ordre des chevaliers.