Les pays qu'on appelle aujourd'hui l'Algérie et la Tunisie ont longtemps appartenu aux Arabes, et longtemps ils ont été un objet de terreur pour les états chrétiens des bords de la Méditerranée, car des pirates algériens et tunisiens attaquaient les navires chrétiens, réduisaient leurs captifs en esclavage, et empêchaient tout commerce.
Les plus puissants princes de l'Europe essayèrent vainement de faire cesser ces brigandages. Charles-Quint et Louis XIV firent bombarder Alger ; rien n'y fit, et, en plein XIXe siècle, en 1827, un navire français était encore pillé par des corsaires sur les côtes d'Algérie. Notre consul fit des réclamations au souverain d'Alger Hussein-Pacha. Celui-ci, pour tout réponse lui donna un coup d'éventail.
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C'est Charles X qui régnait alors. Le gouvernement résolut de venger cet affront. Il envoya devant Alger une flotte, qui en bombarda la citadelle, et débarqua des troupes qui s'en emparèrent aussitôt. (1830)
Mais, pour garder Alger, il fallait conquérir ce beau pays d'Algérie, habité par des Arabes divisés en tribus difficiles à vaincre, car elles n'avaient pas de demeures fixes, et elles erraient dans la vaste plaine, poussant devant elle leurs troupeaux. Dans les montagnes voisines de la Méditerranée, habitaient les Kabyles, population laborieuse et vaillante.
Pendant tout le règne de Louis-Philippe (1830-1848), la guerre dura en Algérie. Plusieurs généraux et les ducs d'Orléans et d'Aumale, fils de Louis-Philippe, s'y couvrirent de gloire. Notre plus terrible adversaire fut Abd-el-Kader, que les Arabes vénéraient comme un saint, et qu'ils appelaient émir, c'est-à-dire chef ou prince. C'était un homme éloquent et brave, qui sut réunir autour de lui les Arabes et les Kabyles, enflammer leurs courages et les discipliner à combattre contre nous. Après plusieurs années de lutte, il fut chassé de l'Algérie ; il semblait perdu, mais il trouva un refuge au Maroc, et il décidé l'empereur de ce pays à nous faire la guerre.
Le général Bugeaud, l'homme qui s'est le plus distingué dans cette guerre, battit les Marocains à la grande bataille d'Isly, à la suite de laquelle il fut fait maréchal de France et duc d'Isly (1844). Trois ans encore, Abd-el-Kader se défendit ; mais toutes ses richesses et sa famille tombèrent, après le combat, au pouvoir du duc d'Aumale. L'émir lui-même fut fait prisonnier (1847) et amené en France, où il reçut l'hospitalité généreuse de la France donné aux vaincus.
Num_riser0007A la fin du règne de Louis-Philippe, la plus grande partie de l'Algérie étaient conquise. La conquête fut achevée sour le règne de Napoléon III par la soumission de la Kabylie. De temps en temps, nous avons encore des révoltes à combattre, mais elles deviennent de moins en moins redoutables. Nous sommes les maîtres de ce pays, plus vaste que la France, et qui est si beau et si fertile. Nous y avons construit des routes et des chemins de fer.
En 1881, notre territoire algérien a été attaqué par des tribus de pillards habitant la Tunisie. A la suite d'une guerre contre ces tribus, le souverain de Tunis a été obligé de se placer sous protectorat de la France, et la France commande aujourd'hui dans ce beau pays. Ainsi, au delà de la Méditerranée, en face de nos côtes, il y a une nouvelle France, conquise par nos armes, et où nous portons notre civilisation.

Cet article est extrait d'un programme d'études de 1882.