A la Cour de France d'avant la Révolution, il existait une assez curieuse coutume : le roi et la reine s'habillaient et se déshabillaient devant les membres de leur Cour. Bien entendu, la souveraine n'était dévêtue que devant des dames.
Le respect de l'étiquette rendit parfois cette coutume fort pénible pour la reine, témoin l'anecdote suivante extraite des Mémoires de Mme Campan. La souveraine dont il s'agit n'est autre que Marie-Antoinette. Rappelons que les chambres de Versailles étaient très mal chauffées.
"Un jour d'hiver, il arriva que la reine, déjà toute déshabillée, attendait le moment de passer sa chemise. Je la tenais toute dépliée ; la dame d'honneur entre, se hâte d'ôter ses gants et prend la chemise. On gratte à la porte, on ouvre : c'est Mme la duchesse d'Orléans ; ses gants sont ôtés, elle s'avance pour prendre la chemise, mais la dame d'honneur ne doit pas la lui présenter ; elle me la rend, je la donne à la princesse. On gratte de nouveau : c'est Madame, comtesse de Provence (1) ; la duchesse d'Orléans lui présente la chemise. La reine tenait ses bras croisés sur sa poitrine et paraissait avoir froid. Madame voit son attitude pénible, se contente de jeter son mouchoir, garde ses gants, et en passant la chemise décoiffe la reine qui se met à rire pour déguiser son impatience, mais après avoir dit plusieurs fois entre ses dents :
"C'est odieux ! Quelle importunité !"

(1) C'était la belle-soeur de Marie-Antoinette, mariée au frère de Louis XVI ; le comte de Provence, futur Louis XVIII.