En 1417, les dames, en France, se coiffaient "de cornes merveilleuses"... Et avoient de chacun costé, ditNum_riser0001 Juvénal des Ursins, deux grandes oreilles si larges que quand elles vouloient passer l'huis d'une chambre, il falloit qu'elles tournassent de costé.
Dix ans après, un moine cordelier écrit ces quelques mots : "La teste qui vouloit estre cornue maintenant est mitrée. Et sont ces mitres en manière de cheminées ; et grand abus que, tant plus belles et jeunes les femmes sont, plus hautes cheminées elles ont."
Pierre des Gros, le cordelier, en veut aussi au grand "couvrechef délié", le voile, "qui monte et leur pend jusqu'au bas par derrière, signe que le diable a gagné le chasteau contre Dieu. Quand les gens d'armes gagnent une place, ils mettendt leurs éstendards au-dessus.
Ces cheminées sont les hennins, "hauts atours de la longueur d'une aune ou environ, lit-on dans les Annales de Bourgogne, aigus comme des clochers, desquels dépendoient par derrière de longs crêps à riches franges comme estendards.
Les historiens du Costume ne sont pas fixés sur la forme exacte des hennins ; et d'ailleurs les hennins, comme les coiffures de tous les temps, se modifièrent sans doute d'un an à l'autre, d'une saison peut-être à l'autre saison. Olivier de la Marche l'avoue dans son "Parement des dames"; qui répond aux règnes de Charles VII et de Louis XI.
Qu'était-ce donc le hennin ?
Un bourrelet en pain fendu dressé sur le front et soutenu par une calotte élevée avec d'autres atours ajustés en sens inverse et retombant par derrière ?
Un bourrelet montant d'abord et séparant de droite et de gauche comme la tiare du grand prêtre en Israël ?
Une carcasse, laiton ou carton, haute de trois quarts de mètre au moins, en cône, garnie de toile fine ou de gaze en quantité telle que l'étoffe formait de longs et larges appendices des deux côtés, et tombait en flot par derrière, au bas de la jupe pour les princesses, au genou pour les nobles dames, à la ceinture pour les bourgeoises ?
Etait-ce le haut bonnet de Charlotte de Savoie, pointu, un peu renversé en arrière pour soutenir le voile, avec une large passe de velours de couleurs noire couvrant le front jusqu'aux sourcils ou à peu près ?
Quelle que fût sa forme, le hennin, certainement un haut bonnet qui força plus d'une femme à se traîner sur les genous pour sortir de son appartement, le hennin encourut les censures de l'Eglise.
Les cordeliers et moines de tous les ordres l'attaquent dès qu'il paraît. En cet an 1428, aux pays de Flandres, Tournaisis, Artois, Cambrésis, Ternois, Amiénois, Ponthieu et Marches environnantes, régnoit un prescheur de l'ordre des Carmes, natif de Bretagne par les bonnes villes et autres lieux "prédications bien longues en blasmant les vices et peschés d'un chascun, et spécialement blasmoit très fort les femmes de noble lignée et autres portant sur leur teste haults atours. Quand il en voyoit une, il esmouvoit après elle les petits enfans, et les faisoit crier : Au hennin ! Au  hennin !... Iceulx enfans en continuant leurs cris couroient après, de tirer à bas lesdits hennin." Les femmes de honte d'être ainsi traitées, jetaient bas leurs atours.
Monstrelet, qui conte le fait, les compare au limaçon, "lequel, quand on passe près de lui, retire les cornes par-dedans, et quand il n'ouït plus rien les reboute dehors. Après que ledit prescheur se fut desparti du pays, elles reprinrent petit à petit le hennin tel ou plus grand mesme."
Le hennin fit son entrée à Paris en 1429 et de là passa dans toutes les provinces, et remplit de sa vogue les deux règnes de Charles VII et Louis XI.
On s'étonne un peu de la durée de cette mode qui cachait entièrement la chevelure, l'une des suprêmes beautés de la femme. Il fallait retrousser les cheveux sur le haut de la tête, les tendre fortement afin d'avoir le front dégagé et uni.
Agnès Sorel, la souveraine maîtresse du temps en l'art de la toilette, travailla certainement à la destruction de la haute coiffe, mais elle mourut. On la retrouva dans son tombeau avec un crépé de cheveux sur le front, ses propres cheveux.
Les mères de famille, les femmes sérieuse, les petites bourgeoises assez sages pour rester en leur condition, ne coiffèrent pas le hennin ; elles se contentaient du chaperon, sorte de capeline assez semblable à celles que portent les dames d'aujourd'hui pour la sortie du bal et du théâtre.
Quant à la toilette féminine au temps du hennin, c'était toujours la robe, vêtement  de dessus, en riche étoffe figurée pour les nobles dames, jupe bridée sur le devant, amples plis par derrière, longue queue, et dans le bas une bande de velours ou de laitice, fourrure blanche. La hauteur de la laitice et la longueur de la queue annonçaient le rang de la dame. Le corsage collant, taille courte et haute ceinture, s'échancrait autour du cou pour laisser place à un léger fichu de gaze, le touret, et s'ouvrait par devant sur une pièce de broderie, le tassel. Les manches demi-ajustées couvraient entièrement les bras.
Il y eut grand luxe pour les hommes, sous Charles VII, avec les fameuses houppelandes de velours brodées de perles. Mais vint Louis XI. "Or nostre roy s'habilloit si court et si mal que pis ne pouvoit. Et assez mauvais draps portoits aucunes fois, et un mauvais chapeau différent des autres et une image de plomb dessus."
"Nostre roy" voulait donner l'exemple. Les guerres avec les Anglais avaient ruiné l'industrie en France. On achetait au dehors les fourrures, les étoffes de soie, les draps fins, et on ne vendait pas. Louis XI encouragea nos villes drapantes, cré les fabriques de Lyon pour la soie, celles de Toures pour les tissus d'Orient, et s'habilla alors magnifiquement.
"Dans la fin de sa vie, il ne portoit, dit Commines, que robes de satin cramoisy, et il en donnoist aux gens sans qu'on les lui eust demandées."
Ces robes n'étaient autres que des jaquettes, vêtements assez courts, en deux pièces, le corsage et la jupe, cousues à la taille, et les deux pièces froncées, c'est-à-dire à plis s'évasant en sens inverse. Une armature intérieure, dite mahoitre, soutenait les manches en ballon, relevait et élargissait les épaules.
Une chronique rimée de 1480, célèbres les "haults bonnets et les jacquettes". Les dames de notre siècle on fait revivre, avec leurs gigots, les mahoitres du règne de Louis XI, et les Cauchoises portent encore aujourd'hui le hennin du temps jadis.

Mme BARBE - 1894