Le roi Louis XVIII, qui se défiait beaucoup de son ministre le prince de Talleyrand, et tenait néanmoins à le conserver, avait chargé un agent de police, réputé pour son intelligence et son habileté, de lire la correspondance et les papier du célèbre diplomate.
Voici l'ingénieux stratagème, qu'on croirait emprunté à une farce de théâtre et qui est absolument authentique imaginé et pratiqué par cet agent de police.
Chaque matin, après avoir travaillé dans son cabinet, M. de Talleyrand avait l'habitude de passer dans sa salle de bain ; avant d'y entrer; il ôtait sa robe de chambre et sa perruque, laissait l'une sur son fauteuil et posait l'autre sur son bureau.
A peine avait-il quitté son cabinet, qu'un domestique acheté par la police introduisait dans ce cabinet, par une porte dérobée, l'agent en question.
Cependant, il pouvait arriver qu'une main distraite ou indiscrète ouvrit l'autre porte, celle qui donnait sur l'antichambre et livrait accès aux visiteurs ; c'était un hasard auquel il fallait parer. On y avait pourvu de la façon suivante : avant de  s'asseoir dans le fauteuil du prince, l'agent revêtait sa robe de chambre et sa perruque, et ce n'était qu'après s'être ainsi travesti qu'il s'installait au bureau.
La porte pouvait s'ouvrir alors : à la vue de cet homme en négligé du matin, accoudé dans une attitude méditative, qui ne se serait respectueusement retiré ? Qui aurait osé troubler dans ses profonds travaux le grand diplomate ?
L'agent de police pouvait se livrer tranquillement à ses délicates investigations.