François Ier s'étant égaré à la chasse, entra, vers les neuf heures du soir, dans la cabane d'un charbonnier. Le mari était absent, il ne trouva que la femme accroupie auprès du feu. C'était en hiver, et il avait beaucoup plu. Il demanda une retraite pour la nuit et à souper. L'une et l'autre lui furent accordés ; mais à l'égard du souper, il fallut attendre le retour du mari. En attendant, le roi se chauffa, assis sur une mauvaise chaise, qui était l'unique de la maison. Vers les dix heures arrive le charbonnier, las de son travail, fort affamé et tout trempé. Le compliment ne fut pas long. L'épouse exposa la chose au mari, qui ratifia la promesse du lit et du souper.
Mais à peint eut-il salué son hôte et secoué son chapeau tout mouillé, que prenant la place la plus commode et le siège que le roi occupait, il lui dit :
- Monsieur, je prends votre place, parce que c'est celle où je me mets toujours, et cette chaise, parce qu'elle est à moi. Or chacun est maître chez soi.
François Ier applaudit le proverbe. Il se plaça d'ailleurs, sur une sellette en bois. On soupa, on parla des affaires du temps, de la misère et des impôts. Le charbonnier eût voulu un royaume sans subsides. François Ier eut de la peine à lui faire entendre raison.
- A la bonne heure donc, dit le charbonnier, mais cette grande sévérité pour la chasse, l'approuvez-vous aussi ? Je vous crois un honnête homme, et je pense que vous ne me perdrez pas. J'ai là un morceau de sanglier, qui en vaut un autre, mangeons-le ; mais surtout bouche close.
François Ier le promit, mangea avec appétit, se coucha sur des feuilles et dormit bien.
Le lendemain il se fit connaître, paya son hôte, et lui permit la chasse.