louis11Louis XI, roi de France, était craintif et superstitieux au plus haut point. Chaque fois qu'il entreprenait une affaire importante, il ne manquait pas de faire venir son astrologue pour savoir si les astres étaient favorables à son dessein.
L'astrologue de Sa Majesté Louis XI se nommait Galeotti. Il passait ses nuits à étudier le ciel, ses journées à écrire, en de gros mémoires, les observations qu'il avait faites, les prédictions qu'il avait lues.
Lorsque Louis XI voulut se rendre à Péronne afin de traiter avec Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, qui s'était révolté contre son autorité, Galeotti, interrogé par la roi, avait répondu : "Sire, tout ira bien, les astres l'ont dit."
Le roi se rendit à Péronne, confiant et plein d'espérance, mais il fut retenu prisonnier par Charles le Téméraire, et dut, pour recouvrer sa liberté, signer un traité indigne d'un roi de France. La prédiction "tout ira bien" s'était réalisée contre le roi et en faveur de son ennemi.
Revenu dans sa capitale, où tous les jours il lisait sur le visage de ses sujets la désapprobation du traité de Péronne, Louis XI pensa que, sans la prédiction de son astrologue, ce traité néfaste n'aurait pas été signé ; il résolut de châtier celui qu'il rendait responsable de son insuccès ; content d'avoir trouvé une victime à sa mauvaise humeur, il fit appeler Tristan l'Hermite, l'exécuteur de ses vengeances.
"Compère, lui dit-il, comprends-moicomprends-moi bien. Mon astrologue va venir ici ; tu écouteras notre conversation derrière cette draperie. Si, pour terminer l'entretien, je lui dis : "Il a y un ciel au-dessus de nous !" cet homme t'appartient : tu le pendras sur l'heure, haut et court. Si au contraire, je lui dis : "Allez en paix !" garde-toi de toucher un cheveu de sa tête !"
Tristan, le visage impassible, se dissimula derrière la draperie, et Galeotti, mandé par un garde, parut aussitôt dans le cabinet du roi.
Louis XI sourit méchamment, tout en fixant ses yeux perçants sur Galeotti.
"Monsieur l'astrologue, dit-il, vous qui lisez si bien dans l'avenir, avez-vous eu la curiosité de rechercher la date de votre morte ?"
Galeotti, devinant quelque perfidie à la physionomie du roi, répondit avec bonhomie.
"Sire, je ne sais pas au juste ; je n'ai pas eu le bonheur de préciser. Je sais simplement que je mourrai trois jours avant votre Majesté."
Le roi resta stupéfait. Le sourire sardonique qui plissait ses lèvres s'évanouit brusquement, et ses yeux se tournèrent, malgré lui, vers la draperie derrière laquelle se cachait Tristan.
"Pourvu que Tristan m'entende bien !" se dit le roi.
Il se leva, serrant avec effusion la main de Galeotti, étonné de tant de cordialité :
"Allez en paix, Monsieur l'astrologue, allez en paix, allez en paix !" répéta-t-il de sa voix la plus claire, tout en conduisant Galeotti sur le seuil de son cabinet.
Par cette seule réponse, Galeotti avait sauvé son existence et assuré la tranquillité de sa vie à venir.

Félix LAURENT